Le sédentaire court à sa perte!

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  • Le 25 mai 2017

  • Dominique Nancy
Après 65 ans, le maintien d’un «bon état de santé cognitif» varie selon le mode de vie.

Après 65 ans, le maintien d’un «bon état de santé cognitif» varie selon le mode de vie.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Grâce à la chaire Mirella et Lino Saputo, Louis Bherer poursuivra ses travaux sur l’interaction entre l’activité physique et les troubles cognitifs à l'Institut de cardiologie de Montréal.

Ascenseur, tapis roulant, voiture, bus, métro… Tout est à notre disposition pour nous faire gagner du temps dans nos déplacements. Et avec l’avènement de loisirs sédentaires, nos dépenses énergétiques et efforts musculaires diminuent sans cesse. Trop, estime Louis Bherer. «En ne faisant plus d’exercice, l’homme court à sa perte!» lance-t-il.

Nouvellement recruté par le Département de médecine de l'Université de Montréal et l'Institut de cardiologie de Montréal (ICM), le chercheur vient de se voir confier la Chaire de recherche Mirella et Lino Saputo en santé cardiovasculaire et prévention des troubles cognitifs de l’UdeM à l’Institut. Louis Bherer aménagera prochainement son laboratoire de recherche au Centre EPIC de l’ICM, reconnu pour son leadership international dans le traitement et la prévention des maladies cardiovasculaires. Il y poursuivra ses travaux sur les interactions entre la santé cérébrale et l’exercice. «Le programme de la chaire de recherche vise une détection plus précoce et une prise en charge des troubles cognitifs associés aux maladies cardiaques, vasculaires et cardiométaboliques», précise Louis Bherer.

Sur ce point, il est formel: «Notre santé mentale est fragilisée par l’inactivité», dit le chercheur, qui étudie le phénomène depuis une dizaine d’années. Il rappelle qu’en étant trop sédentaire on accroît le risque de souffrir de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de la maladie d’Alzheimer. La bonne nouvelle: le risque diminue avec l’activité physique. «Par exemple, on peut réduire le risque de démence jusqu’à 30 %. C’est énorme! Il n’y a, à ce jour, aucun médicament aussi puissant», affirme M. Bherer.

Plusieurs chercheurs ont parlé des bienfaits de l’exercice et confirmé ce qu’on savait déjà: la pratique d’activités physiques fait du bien. Mais l’équipe du professeur Bherer est l’une des premières à avoir démontré que l’exercice pratiqué de façon régulière a un effet bénéfique sur la cognition des personnes âgées. «Elles sont rajeunies, observe M. Bherer. Leurs résultats dans certaines tâches sont comparables à ceux des jeunes.»

Son but désormais est de comprendre comment l’activité physique permet de diminuer les affections sur le plan cérébral et d’étudier plus spécifiquement ce que les experts appellent la «relation dose-réponse». «On sait que, à partir d’un volume d’activité équivalant à 30 minutes par jour à raison de deux fois par semaine, on obtient un effet positif sur de nombreux paramètres de santé, indique Louis Bherer. Le gain est particulièrement élevé chez les sujets sédentaires qui deviennent modérément actifs.»

Mais une activité d’intensité plus grande comporte-t-elle un avantage supplémentaire? Combien d’exercice faut-il faire par jour pour qu’il y ait un effet direct sur le cerveau? Doit-on courir ou simplement marcher? L’entraînement doit-il être intensif? Si oui, quelle est l’intensité optimale? Quel est l’effet de l’exercice lorsque celui-ci est variable dans le temps? Voilà autant de questions sur lesquelles la chaire de recherche du professeur Bherer se penchera. «J’ai plusieurs projets. Ce laboratoire sera très actif, croyez-moi.»

  • Le professeur Louis Bherer au centre EPIC en présence d'une participante à une étude et d'une chercheuse.

    Crédit : Amélie Philibert

Le facteur de risque numéro un

Après 65 ans, le maintien d’un «bon état de santé cognitif» varie selon le mode de vie. L’obésité, la sédentarité, le tabagisme et les problèmes vasculaires augmentent le risque de troubles cognitifs. Tous ces facteurs sont également annonciateurs de cette condition. Additionnés, ils seraient responsables d’environ 50 % des cas de la maladie d’Alzheimer dans le monde. Or, les coûts directs et indirects totaux associés aux troubles cognitifs sont énormes, selon l’Organisation mondiale de la santé, qui les a estimés à 604 milliards de dollars en 2010.  

«De nos jours, on vit plus longtemps, mais l’espérance de vie en bonne santé ne s’accroît pas aussi rapidement, mentionne M. Bherer. Avec le vieillissement accéléré de la population et l’espérance de vie actuelle qui va au-delà de 80 ans, de plus en plus de gens souffriront de troubles cognitifs.»

À l’origine de cette prédiction? Le nombre de personnes âgées bien sûr, mais surtout le fléau de la sédentarité, qui sévit partout dans le monde industrialisé. Selon le professeur Bherer, l’essentiel du problème est là! «On sait tous qu’il suffit de bouger, mais peu de gens le font, déplore M. Bherer. C’est pourtant la pilule miracle à prendre pour demeurer en santé!» Résultat? Le sédentaire grossit, ce qui favorise le risque de diabète ou d’hypertension, et nuit à son système cardiovasculaire; puis son état de santé se détériore… «Tout le monde pense que la maladie d’Alzheimer est inévitable après 65 ans, souligne Louis Bherer. Dans les faits, un peu plus de 1 personne sur 10 présente une démence à cet âge. Les autres n’en souffrent pas, mais elles ont souvent diverses maladies chroniques ou encore elles sont sédentaires. Nous, on travaille auprès de ces gens-là pour voir comment leur style de vie influe sur le vieillissement de leur cerveau.»

Ce neuropsychologue de formation tente avec ses travaux d'intervenir en amont, soit 10 ou 15 ans avant que les individus manifestent des troubles cognitifs. L'objectif: déceler un éventuel déclin cognitif caractéristique de l’apparition d’un trouble. «J’ai un intérêt clinique pour la conception d’outils de dépistage plus sophistiqués afin de pouvoir faire des interventions préventives, signale le chercheur. Un meilleur contrôle des maladies cardiovasculaires et métaboliques ainsi qu’un style de vie impliquant la stimulation cognitive, l’activité physique et la prise en charge des facteurs psychosociaux pourraient aider à réduire le risque de troubles cognitifs et de démence.»

Des cerveaux entraînés

Dans son laboratoire de recherche, les personnes âgées ne font pas que des exercices d’aérobie et de musculation. Le chercheur convie aussi les sujets à un entraînement cognitif informatique à partir de programmes sur ordinateur ou tablette électronique. À son avis, les exercices de cognition sont favorables aux aînés, qu’ils soient en santé ou non. «Il n’y a pas d’âge pour apprendre», déclare Louis Bherer, suggérant qu’il est possible de stimuler le cerveau compte tenu de sa plasticité, c’est-à-dire sa capacité de créer de nouvelles connexions synaptiques selon ses apprentissages. Même après 65 ans!

Selon le professeur Bherer, le caractère convivial des technologies numériques faciliterait la pratique des exercices de cognition, mais elles ne peuvent à elles seules renverser les effets du vieillissement. «Associé à des activités physiques, l’entraînement cognitif peut toutefois favoriser l’amélioration des capacités intellectuelles comme la mémoire et le traitement de l’information, voire le recouvrement de certaines fonctions», note le chercheur. Son laboratoire est l’un des rares à combiner les deux types d’entraînement.

Les résultats de ses études ont fait l’objet de plus d’une centaine de publications, dont plusieurs dans des revues scientifiques prestigieuses. «Nos travaux menés auprès de patients à risque de souffrir de pertes cognitives, comme les sédentaires ou les gens atteints de maladies cardiovasculaires, montrent que les exercices cognitifs et l’activité physique sont des outils prometteurs pour améliorer la cognition des personnes âgées», conclut-il.

Création de la Chaire de recherche Mirella et Lino Saputo

C’est le 23 mai qu’avait lieu l’activité de reconnaissance pour la création de la nouvelle Chaire de recherche Mirella et Lino Saputo, dirigée par Louis Bherer. La Fondation Mirella et Lino Saputo et Saputo inc. a en effet remis 10 M$ à la Fondation de l’ICM dédiés à la prévention. Une partie de cette somme a été allouée à la création de la Chaire. «Vieillir avec un cœur en santé est très important et vieillir avec toutes ses facultés l’est tout autant. La Chaire de recherche dirigée par Dr Bherer permettra de mener d’importantes recherches sur la prévention des troubles cognitifs et sur la santé cardiovasculaire» a déclaré M. Saputo.

Cette activité se déroulait en présence notamment de Denis Roy, président-directeur général du CIUSSS de l'Est-de-l'île-de-Montréal, de Mélanie La Couture, directrice générale de la Fondation de l'ICM, du recteur Guy Breton, et de la doyenne de la Faculté de médecine de l'UdeM, Hélène Boisjoly.

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