«Les Juifs du Québec: In Canada We Trust»

Victor Teboul

Victor Teboul

En 5 secondes

3 questions à Victor Teboul, auteur de l’ouvrage «Les Juifs du Québec: In Canada We Trust».

Les diplômés: Pourquoi avez-vous écrit cet essai?

Victor Teboul: Établi au Québec depuis plus de 50 ans, après avoir vécu mon enfance et mon adolescence dans d’autres pays, j’ai voulu comprendre pourquoi, contrairement à la plupart des sociétés où les Juifs se sont établis, la symbiose entre les Juifs du Québec et les Québécois francophones ne s’est pas réalisée.

Quelle place la communauté juive occupe-t-elle au Québec?

Cette absence de relation symbiotique avec la société francophone québécoise est assez paradoxale, car les Juifs occupent une place très importante au Québec, non seulement par leur présence plus que bicentenaire, mais aussi par leur participation active dans pratiquement tous les secteurs socioéconomiques.

Je me suis donc penché sur de nombreux ouvrages, notamment d’historiens francophones et anglophones, afin de tenter de comprendre cette situation pour le moins singulière. J’ai découvert au fil de mes recherches que les Juifs ne partagent pas la mémoire commune des francophones québécois, même s’ils parviennent à faire usage de la langue française et qu’ils font partie de l’histoire du Québec. Cette mémoire est constituée, comme on le sait, d’expériences communes qui permettent de concevoir un projet collectif. Or, la grande majorité des Juifs, pour des raisons qui relèvent de l’histoire du Québec, se sont intégrés, comme d’autres groupes ethnoculturels, à la communauté anglophone et ont adopté sa vision fédéraliste.

Quel rapport la communauté juive entretient-elle avec le nationalisme québécois?

Ayant épousé une vision fédéraliste et multiculturelle de la société, une vision dont ils sont aussi les promoteurs, les Juifs entretiennent des rapports courtois avec le mouvement souverainiste, mais qui ne sont pas dénués de tensions dès qu’un gouvernement indépendantiste détient le pouvoir à Québec.

J’examine cependant aussi dans mon essai la tendance prévalant chez les nationalistes de se percevoir comme les gardiens de la mémoire québécoise, une mémoire plutôt axée sur la défensive. Je propose à cet effet – bien humblement! – certaines pistes afin que le mouvement souverainiste délaisse quelque peu le discours victimaire et mette en valeur des figures ayant lutté pour l’obtention de droits universels et non pour la seule défense du nous.      

Références

Les Juifs du Québec: In Canada We Trust. Réflexion sur l’identité québécoise
Victor Teboul
Études françaises 1982
L’ABC de l’édition, 2016
280 pages, 24,95 $