Françoise David: itinéraire d'une Montréalaise engagée

Françoise David

Françoise David

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Alors qu’elle vient de quitter la scène politique québécoise, Françoise David évoque les origines de son engagement ainsi que son amour pour Montréal.

En janvier dernier, l’ensemble de la classe politique québécoise saluait le parcours de Françoise David, qui décidait de mettre fin à sa vie politique. Tous s’accordaient à souligner la rigueur et la constance de son engagement envers ses concitoyens les plus vulnérables.

C’est toute petite, durant son enfance à Outremont, que l’ex-députée de la circonscription de Gouin a développé une conscience de l’autre et une sensibilité pour les questions de justice sociale. «D’un côté, j’avais un père cardiologue qui vouait sa vie à ce qu’il appelait le “service public”. De l’autre, une mère engagée et cultivée, une fervente catholique qui souhaitait nous transmettre le message social de l’Évangile. Elle m’envoyait même faire des ménages dans des familles du Plateau-Mont-Royal pour que je prenne conscience qu’il y avait des gens qui vivaient moins bien que nous!»

De l’émotion à la raison

Les valeurs qui lui ont été inculquées dans le nid familial font leur chemin jusqu’à l’adolescence. «Au collège, j’étais rédactrice en chef du journal étudiant. Je me souviens d’avoir signé un éditorial intitulé “Les riches doivent partager”. L’analyse n’était pas encore présente, c’était davantage un sentiment d’injustice qui m’habitait et l’envie de faire quelque chose.»

S’ensuit un séjour de six mois au Rwanda en tant qu’enseignante, moment fort qui lui donnera non seulement le goût des voyages, mais aussi le désir de comprendre les différences et d’entrer en contact avec l’autre. «Je me suis aperçue que, au-delà des différences de langue, de culture et de religion, il y a des êtres humains qui, comme nous, rêvent d’être heureux, veulent élever leurs enfants correctement, avoir accès à des services de santé et d’éducation.»

Pendant ses études universitaires, elle va acquérir la faculté d’analyse et la capacité d’argumentation qui lui serviront tant dans le milieu communautaire que dans l’arène politique. Son choix s’arrête sur l’École de travail social de l’Université de Montréal, au moment même où l’école ajoute l’option Organisation communautaire à ses programmes. «Si cette option n’avait pas existé, il aurait fallu que je l’invente tant c’était fait pour moi!»

Une vie intimement liée à Montréal

Parler de Montréal avec la femme politique de gauche revient à évoquer la presque totalité de son existence. Un lieu en particulier aura marqué sa vie montréalaise. «Le cimetière protestant Mont-Royal est le lieu qui, de ma jeunesse à aujourd’hui, demeure le plus important pour moi. Je trouve encore que c’est l’un des plus beaux endroits de Montréal.» Son grand-père paternel l’emmenait s’y promener lorsqu’elle était enfant, avant qu’elle y entraîne elle-même ses amoureux!

«Je ne vous le cacherai pas: la diversité et la mixité de Montréal m’allument, vraiment. Je vais le dire comme je le pense: arrêtez d’avoir peur de Montréal!»

Avec celui qui partage sa vie depuis plus de 30 ans, Françoise David a élu domicile dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie. «M’installer dans Rosemont a été d’abord un choix pragmatique! Mais, de la même façon qu’on apprend à connaître la personne dont on tombe amoureux, j’ai appris à connaître et à aimer ce quartier. Je n’en changerais pas pour tout l’or du monde.» Elle nous a d’ailleurs donné rendez-vous dans un café-lavoir de la rue Beaubien Est, le Mousse Café. «Ce que j’apprécie de ce café, et de mon quartier, c’est cette mixité: des gens moins fortunés qui n’ont pas les moyens de s’acheter laveuse et sécheuse et qui viennent faire leur lessive ici; des étudiants qui viennent travailler; des enfants; des professionnels plus fortunés.»

Ville plurielle mais francophone!

En abordant le cosmopolitisme de la métropole, Françoise David s’emballe. «Je ne vous le cacherai pas: la diversité et la mixité de Montréal m’allument, vraiment. Je vais le dire comme je le pense: arrêtez d’avoir peur de Montréal! Les historiens vous le diront mieux que moi: ça fait plus de 100 ans que Montréal est une ville diversifiée avec la venue d’Irlandais, de Chinois, de Portugais, de Grecs, d’Italiens… Ce clivage entre Montréal et le reste du Québec, ce doute sur le fait que Montréal ne représente pas le Québec, ce n’est pas d’aujourd’hui… Mais oui, Montréal, c’est le Québec!»

Sa seule exigence envers Montréal? Pouvoir y vivre en français. Bien qu’elle ne croie pas que la ville se trouve dans une situation dramatique sur le plan linguistique, elle recommande toutefois la vigilance. «Au-delà de la francisation des immigrants allophones, il faut surtout distiller la fierté de parler français en Amérique du Nord et de vivre en français au Québec.»

Françoise David vient de clore un imposant chapitre d’engagement social, communautaire et politique. Le suivant n’est pas écrit. Mais il s’insérera dans un livre ouvert, plus discret certes, mais fort probablement tout aussi inspiré par ces valeurs d’égalité et de solidarité collective qui auront servi de trame narrative à l’ensemble de sa carrière.