Hugo Larochelle: le cerveau montréalais de Google Brain

Hugo Larochelle

Hugo Larochelle

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

L’étoile de la recherche en intelligence artificielle revient dans la métropole.

Ne vous fiez pas à l’allure de cégépien d’Hugo Larochelle. Cet homme est une des plus brillantes étoiles de la recherche mondiale en intelligence artificielle. L’indice Google Scholar fait état de 7686 citations à son sujet depuis 2012. «Il était du tout premier article sur l’apprentissage profond que nous avons écrit en 2006 et qui a eu une influence fondatrice sur ce domaine en croissance», dit de lui son directeur de thèse, Yoshua Bengio, professeur au Département d’informatique et de recherche opérationnelle de l’Université de Montréal et chef de file de la discipline.

Qu’est-ce que l’apprentissage profond? C’est une façon pour un ordinateur de simuler le genre de calculs faits par notre cerveau. Plus précisément, l’information traitée par le cerveau humain passe par les différentes régions qui le composent, chacune ayant sa fonction, sa spécialisation. Ces régions agissent comme des niveaux à atteindre (d’où le terme profond) dans l’analyse de l’information. Plusieurs décrivent cette innovation comme une révolution technologique en intelligence artificielle.

Hugo Larochelle vient d’acheter une maison à Mont-Saint-Hilaire, où il dépose enfin ses valises après plusieurs années d’errance sur la planète technologique. «C’est au Québec que je voulais élever ma famille et concevoir des projets de recherche, je suis donc enchanté de la proposition que m’a faite Google!» déclare le jeune homme de 35 ans qui a obtenu trois diplômes de l’UdeM (baccalauréat en mathématiques et informatique, maîtrise et doctorat en informatique) avant de poursuivre des études postdoctorales à l’Université de Toronto.

La proposition de la multinationale née en 1998 dans un garage de Californie et devenue la première marque mondiale, c’est de constituer à Montréal une équipe chargée de faire progresser la connaissance dans ce secteur de pointe et de favoriser les transferts technologiques. «Google avait déjà un groupe de développement à Montréal pour le fureteur Chrome, mais la mission d’Hugo est d’y ajouter un groupe de recherche de calibre mondial en apprentissage profond, et je suis convaincu qu’il y arrivera», commente M. Bengio.

L’informaticien avait à peine terminé ses études postdoctorales qu’il acceptait un poste de professeur adjoint à l’Université de Sherbrooke en 2011. Grâce à ses nombreuses publications, il n’a eu aucun mal à obtenir le statut de professeur agrégé en 2016. S’il a gardé son lien d’emploi et supervise toujours quelques étudiants aux cycles supérieurs, il consacre maintenant une partie de son énergie à son nouveau défi: être le cerveau montréalais de Google Brain.

Il était le meilleur, mais ça ne lui montait jamais à la tête. Il est devenu une étoile de la recherche en apprentissage profond. — Yoshua Bengio

Une intelligence naturelle

Google, c’est beaucoup plus qu’un moteur de recherche. La multinationale a lancé de nombreux projets pour diversifier ses opérations; elle les étend depuis 2012 aux réseaux de neurones artificiels. La division Google Brain devait avoir une tête à Montréal, considérée comme la Silicon Valley de l’apprentissage profond. Cette tête, c’est celle du jeune homme originaire d’Asbestos qui aimait les mathématiques et a su se propulser parmi l’élite mondiale de ce champ d’activité en moins d’une décennie. «Google veut travailler en partenariat avec les centres de recherche de pointe. Je me considère comme un facilitateur dans l’atteinte de cet objectif», indique cet amateur de gastronomie et de jeux vidéos.

Hugo Larochelle était une vedette du Département d’informatique et de recherche opérationnelle de l’UdeM avant même de commencer à faire de la recherche: il avait des notes parfaites à tous ses cours au premier cycle (moyenne de 4,3) et une maturité hors du commun. «Il était le meilleur, mais ça ne lui montait jamais à la tête. Il est devenu une étoile de la recherche en apprentissage profond, qui est le fer de lance des progrès tangibles en intelligence artificielle que nous voyons aujourd’hui», signale M. Bengio. De plus, ajoute-t-il, c’est un homme qui aime travailler en équipe et échanger des idées.

Au début de sa carrière, il a créé avec un collègue la société Whetlab, qui s’est hissée parmi les meilleures entreprises technologiques naissantes. Ses logiciels permettaient d’effectuer des opérations de traitement de données plus rapidement qu’auparavant; pour l’utilisateur profane, cet outil rendait possible l’accès à des méthodes avant-gardistes d’intelligence artificielle. Ce qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des géants de l’industrie. Twitter a acquis l’entreprise en 2015. Après lui avoir vendu ses parts, Hugo Larochelle y a été embauché. C’est au siège social de Twitter que le jeune homme a passé les deux dernières années. Jusqu’à ce que Google fasse appel à son cerveau… et à son cœur de père. «Ma femme et moi avons vécu pendant plusieurs années sans domicile fixe. Nous voulions offrir à nos quatre filles un milieu stable, et la langue française.»

Hugo Larochelle venait de revenir à Montréal quand Google a annoncé un investissement de 4,9 M$ sur trois ans auprès de huit chercheurs montréalais. Lui qui a reçu plusieurs bourses d’études et subventions de recherche était cette fois du côté des bailleurs de fonds.

Se disant «surpris par sa propre vie», il ne pensait pas connaître autant de succès en entamant un doctorat spécialisé en réseaux de neurones artificiels, à l’automne 2004. «C’est un peu surréaliste», concède-t-il, le sourire en coin. L’avenir? Il le voit positivement, en concentrant ses activités sur ce terrain fertile de la recherche fondamentale et des applications commerciales. «Google représente une nouvelle culture industrielle. La division de recherche en intelligence artificielle en est une bonne illustration», conclut-il.