«Le sud des États-Unis»

Ginette Chenard

Ginette Chenard

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Ginette Chenard présente son nouvel ouvrage intitulé «Le sud des États-Unis».

Les diplômés: À qui s’adresse cet ouvrage?

Ginette Chenard: Cet ouvrage est d’un abord facile pour quiconque s’intéresse à la complexité politicoculturelle des États-Unis. C’est aussi un livre de référence qui recense nombre d’idées reçues surannées au sujet du Sud et rend compte des formidables jeux d’influences politiques résultant des divers courants culturels qui témoignent de la diversité américaine. Il comble aussi un vide au sein de la Francophonie, car peu d’auteurs s’y sont intéressés sous l’angle de la culture politique. Par ailleurs, à bien des égards, l’élection de Donald Trump s’explique par le biais de l’expérience sudiste.

Quel portrait peut-on dresser du sud des États-Unis?

D’hier à aujourd’hui, le Sud fait généralement bloc pour imposer ses choix politiques et son «exception» culturelle fondée sur des valeurs traditionalistes et conservatrices. Le Sud contemporain demeure encore une énigme. À partir des années 60, il s’est entièrement consacré à la modernisation de son économie: il attire de gros investissements étrangers, ses infrastructures urbaines sont très modernes, la prospérité de plusieurs groupes de la société est flagrante et les changements démographiques lui sont très favorables. En revanche, le pouvoir est largement accaparé par des adeptes d’un conservatisme fiscal et social radical, autoritaire et antiétatique qui bloque les progrès de la modernité, freine la mobilité sociale, perpétue l’exclusion et creuse des dichotomies.

Vous expliquez que «le noir, le blanc et le rouge rythment l’histoire du Sud». Que symbolisent ces couleurs?

Il faut dire qu’aux États-Unis le mythe d’«un seul pays, unique et indivisible» prévaut toujours, sans doute pour éviter de raviver de profondes blessures et de se buter à de graves épiphénomènes tels que l’exclusion raciale et les inégalités sociales. Or, le Sud reproduit ces conditions de manière distinctive à travers les couleurs des rapports politicoculturels. Le rouge évoque le caractère tragique des conséquences de sa longue ambition suprématiste et de sa solidarité envers le Southern Way of Life qui font triompher la conformité, codifient la destinée du Noir et dictent la politique du Blanc. Le blanc représente la couleur du peuple colonisateur qui est débarqué à Jamestown en 1607 avec des idéaux qui symbolisent l’honneur individuel, la résistance et le pouvoir. Avec le noir, c’est le bleu de l’emblématique drapeau national, le Red White and Blue, qui s’estompe à la fois pour signaler le désintéressement à l’égard des valeurs libérales universelles et pour personnifier aussi bien la différence et la souffrance que la résilience et la défiance du peuple noir.

Références

Le sud des États-Unis. Rouge. Blanc. Noir.
Ginette Chenard
Science politique 1985
Les Éditions du Septentrion, 2016
300 pages, 44,95 $