Soutenir les jeunes chercheurs étrangers en droit à l’Université de Montréal

Ejan Mackaay, surnommé «le juriste sans frontières», a enseigné à la Faculté de droit pendant plus de 35 ans.

Ejan Mackaay, surnommé «le juriste sans frontières», a enseigné à la Faculté de droit pendant plus de 35 ans.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Important donateur à la Faculté de droit, Ejan Mackaay, professeur émérite, a créé un fonds qui vise à aider les étudiants venus de l’étranger poursuivre des études supérieures en droit à l’UdeM.

Quadrilingue et diplômé en droit de l’Université d’Amsterdam, Ejan Mackaay a 24 ans lorsque le gouvernement des Pays-Bas le recrute comme guide pour le pavillon néerlandais d’Expo 67. Au cours de cet été mémorable, il tombe amoureux de Montréal, «une ville éblouissante où tout était possible», se souvient-il.

Intéressé par les défis que représente pour le droit l’arrivée des nouvelles technologies de l’information, il obtient rapidement un poste de recherche à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Installé avec sa conjointe dans un appartement du carré Saint-Louis, «en face de chez Pauline Julien», il est le premier membre de la faculté dont la langue maternelle n’est pas le français ou l’anglais.

Le doyen de l’époque, Jean Beetz, lui souhaite la bienvenue en des termes qu’il n’oubliera jamais. «Il y a une place pour vous ici, lui dit le futur juge de la Cour suprême du Canada. Prenez-la et soyez fier de la langue française, utilisez-la pour rayonner sur la scène internationale.» 

Cinquante ans plus tard, c’est pour témoigner de cet accueil qu’il est devenu un important donateur et qu’il a créé un fonds d’aide aux étudiants venus de l’étranger pour poursuivre des études supérieures en droit à l’UdeM. En plus de ses nombreuses contributions, il a récemment confirmé un don testamentaire affecté à ce fonds. Un geste qui assurera la pérennité du fonds d’aide qui porte son nom.       

«Nous recevons beaucoup de dons à la faculté, explique-t-il, mais aucun ne vise à aider les chercheurs venus de l’extérieur du pays, qui n’ont pas accès à nos bourses et dont les conditions de vie deviennent difficiles.»     

Marqué par les valeurs d’ouverture incarnées à Expo 67, M. Mackaay est un partisan de l’Europe que «le Brexit fait pleurer» et un citoyen du monde que l’attentat contre les croyants de la mosquée de Québec a horrifié. À une époque où nos sociétés tendent à se refermer sur elles-mêmes, il fait appel à ceux qui partagent son esprit de tolérance pour qu’ils se joignent à lui dans ce geste modeste de solidarité.  

«Je me suis engagé à verser 60 000 $ à la faculté, et j’invite d’autres personnes à grossir ce capital pour qu’on puisse distribuer des bourses généreuses.»

Surnommé «le juriste sans frontières», Ejan Mackaay a enseigné à la Faculté de droit pendant plus de 35 ans. Il a dirigé le Centre de recherche en droit public de 1999 à 2003 et le Centre de droit des affaires et du commerce international de 2005 à 2008.       

Ses recherches ont toujours visé à améliorer l’accessibilité au droit, notamment par le recours à des sciences voisines: l’informatique, les sciences sociales et l’économie. Son enseignement était lié à ses travaux de recherche et touchait aux domaines des contrats et de la propriété intellectuelle. Il visite fréquemment, à titre de professeur invité et de conférencier, de nombreuses universités au Québec, au Canada, aux États-Unis et en Europe. Il est correspondant de l’Académie royale néerlandaise des arts et des sciences et avocat à la retraite du Barreau du Québec.     

Défenseur de la diversité, il milite en faveur d’une faculté de droit francophone, mais membre à part entière de la communauté internationale. «L’apport des chercheurs étrangers constitue un enrichissement pour la Faculté de droit, un préalable si l’on veut rejoindre les cinq facultés de droit francophones les plus importantes du monde.»

Et, pour garder ces juristes ici, rien ne vaut l’accueil. «Faisons confiance aux immigrants, lance-t-il. Ces citoyens aux cultures multiples veulent s’intégrer.»   

Et il se revoit, jeune immigrant soucieux d’appartenir à sa nouvelle famille, visitant Québec et Sherbrooke, lisant les classiques de la littérature québécoise, s’abonnant plus tard aux concerts de l’Orchestre symphonique de Montréal.   

«Ce fonds, conclut-il, reflète ma gratitude à l’égard d’une société qui m’a accueilli à bras ouverts. C’est un coup de pouce aux étudiants venus d’ailleurs, une incitation à embrasser notre société, notre université, à s’y sentir bien.»

 

Hélène de Billy
Collaboration spéciale