Sur les pas de Paul de Chomedey de Maisonneuve

Bague trouvée sur le site.

Bague trouvée sur le site.

Crédit : Luc Bouvrette

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On connaît maintenant avec certitude l’emplacement et la forme du fort de Ville-Marie, une découverte à laquelle les chercheurs de l’UdeM ne sont pas étrangers.

L’Université de Montréal a joué un rôle de premier plan dans la mise au jour du site du bâtiment fondateur de Montréal, localisé sur l’actuel emplacement du Musée Pointe-à-Callière, dans le Vieux-Montréal. C’est en effet sous la direction de Brad Loewen, archéologue au Département d’anthropologie de l’UdeM, qu’ont été menés, de 2002 à 2014, les travaux de l’École de fouilles archéologiques de Pointe-à-Callière qui ont conduit à la découverte des vestiges du fort érigé par Paul de Chomedey de Maisonneuve en 1642.

Dès 2004, les fouilles ont permis de dégager un puits dont il était fait mention sur un acte notarié de 1658, indiquant aux archéologues qu’ils étaient au bon endroit. L’année suivante, des vestiges d’une construction secondaire, les traces de pieux d’une clôture et des dépôts de cendres et d’ossements d’animaux ont été trouvés.

C’est en 2007 que la position du fort a été confirmée, après que les chercheurs eurent mis à nu un mur de maçonnerie et des emplacements de fours avec scories ferreuses, preuve que les occupants travaillaient les métaux.

Bien qu’il n’ait pas été possible à l’époque de déterminer à quel bâtiment appartenait ce mur, «nous pouvions attester qu’il s’agissait d’une construction appartenant au fort de Ville-Marie, en raison des matériaux utilisés et de l’orientation des vestiges analogues à ceux déjà découverts», soulignait alors Brad Loewen.

Lors de la dernière année de l’École de fouilles, une section d’un bastion de la palissade a pu être repérée grâce aux traces de pieux dans le sol. Cette découverte a été complétée par la suite par le travail de firmes privées, ce qui a permis de procéder à une reconstitution du fort: de forme rectangulaire et parallèle au fleuve, il occupait une superficie d’environ 2500 m2 et était entouré d’une palissade avec bastions aux quatre coins.

Des artéfacts retrouvés

Site archéologique du fort de Ville-Marie

Crédit : Alain Vardal

Outre les traces et les fondations de bâtiments, les travaux effectués au fil des années ont permis d’exhumer de nombreux artéfacts, tirés notamment de deux dépotoirs, dont des restes alimentaires, des pièces de céramique européennes et amérindiennes, des pointes de flèches, des munitions et pièces de fusils, un cadran solaire et des objets religieux telle une croix.

On a également relevé des traces d’occupation amérindienne datant d’avant la construction du fort et même d’avant le passage de Samuel de Champlain. «La datation de sillons jardinés montre qu’on y a cultivé du maïs entre 1580 et 1610», affirme Brad Loewen. Des pointes de flèches taillées dans du cuivre et du silex européens révèlent aussi qu’il y a eu actes de commerce entre les pionniers de Ville-Marie et les Amérindiens.

Le fort de Paul de Chomedey de Maisonneuve a été démoli en 1675 et ses matériaux ont été réutilisés pour de nouveaux bâtiments, dont l’ancienne église Notre-Dame, érigée là où se trouve l’actuelle place d’Armes. Comme cette période correspond à celle de la construction du séminaire des Sulpiciens, Brad Loewen croit que des pierres du fort sont possiblement entrées dans l’édification du séminaire.

Tous les artéfacts déterrés font partie d’une exposition qui se tient dans un nouveau pavillon du Musée Pointe-à-Callière, baptisé Fort de Ville-Marie, construit sur l’emplacement même du site de fouilles et donnant sur la place D’Youville. Il a ouvert ses portes le 17 mai dernier, soit 375 ans jour pour jour après que Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance eurent foulé le sol de ce qui allait devenir Montréal.