Un étudiant de l’UdeM a «profité du système»

  • Forum
  • Le 5 juin 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
Nicolas Zorn mène des études doctorales sous la direction d'Alain Noël.

Nicolas Zorn mène des études doctorales sous la direction d'Alain Noël.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Étudiant au doctorat en science politique, Nicolas Zorn publie ce printemps deux livres sur les inégalités économiques et le modèle québécois de développement social.

Nicolas Zorn a «profité du système» et ne s’en cache pas, puisqu’il l’affirme dans le titre de son livre qui figure en quatrième position sur la liste des succès de librairie du Devoir (catégorie Essai québécois): J’ai profité du système. Des centres jeunesse à l’université: parcours d’un enfant du modèle québécois (Somme toute). Adolescent violent, délinquant et décrocheur, il a été pris en charge à plusieurs reprises par des intervenants des centres jeunesse et ces interventions lui ont permis de retrouver la confiance en ses moyens. Le jeune homme en est aujourd’hui à la deuxième année de son doctorat en science politique à l’Université de Montréal. Le plus drôle, c’est qu’un second livre qu’il a signé et qui reprend l’essentiel de ses travaux en économie politique, Le 1 % le plus riche: l’exception québécoise (PUM), occupe lui aussi une place de choix sur la liste des essais québécois les plus vendus (troisième position).

«Les deux livres sont sortis le même jour même si j’y travaillais de façon épisodique depuis cinq ans. Ce n’était pas voulu, mais ce n’est pas totalement accidentel non plus, compte tenu des exigences des deux maisons d’édition», explique-t-il en entrevue à Forum. Les deux ouvrages se rejoignent en ce qu’ils présentent tous les deux une réflexion sur les inégalités sociales et le modèle québécois, l’une plus scientifique, l’autre plus personnelle.

«Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’évolution de la part du revenu national du Québec captée par le 1 % le plus riche des contribuables – ses causes, ses conséquences et les moyens de mieux la contrôler –, le présent ouvrage va vous l’apprendre, écrit en préface l’économiste Pierre Fortin (qui reprend le sujet dans sa chronique de L’actualité de juin 2017). Zorn s’appuie toujours sur les meilleurs écrits scientifiques contemporains, d’ici et d’ailleurs. Il écrit dans un style simple, sans prétention et exempt de logorrhée idéologique.»

L’impulsion

Si Le 1 % le plus riche est né de la volonté du chercheur de réunir les textes produits sur ce thème dans son mémoire de maîtrise et dans un blogue qu’il a tenu pendant plusieurs années alors qu’il était analyste à l’Institut du Nouveau Monde, l’étincelle de départ de l’essai J’ai profité du système a jailli quand il a vu le documentaire Les voleurs d’enfance, réalisé par Paul Arcand et diffusé en 2005.

Installé devant son téléviseur, il est enchanté de découvrir un documentaire qui a pour objet la Loi sur la protection de la jeunesse et les milliers d’employés chargés de l’appliquer. Il reconnaît les lieux du tournage: clôtures, murs et chambres des centres jeunesse. Mais le choc est brutal. «J’ai surtout reconnu une critique démagogique et plusieurs tentatives de manipulation de l’opinion du téléspectateur, surtout l’opinion de la personne qui ignore tout de cette institution distinctement québécoise. Dès le départ, on peint la Direction de la protection de la jeunesse [DPJ] de la façon la plus sombre possible et l’on présente ses quelques échecs comme étant la norme, le produit d’un système inefficace, inhumain, dispendieux et déconnecté. Pire, on tente d’amalgamer pédophilie, enfants vulnérables et intervention de la DPJ.»

C’est précisément ce jour-là que le jeune homme a eu envie de raconter son histoire. Il le dit sans ambages: c’est le modèle québécois qui l’a sauvé. S’il avait grandi à quelques centaines de kilomètres à l’ouest ou au sud de Montréal, il n’aurait pas pu compter sur ce coûteux «filet social» que le Québec a mis en place. Oui, l’abandon des mauvaises habitudes de vie et le retour aux études demandent une bonne dose de volonté et d’autodiscipline, mais on ne peut pas y arriver seul, dit-il en substance.

«Avec le recul, écrit-il (p. 66), je crois que, sans l’apport des centres jeunesse, mais également des programmes pour décrocheurs, du système d’éducation, de la solidarité de ma société et de l’appui de mon entourage, je n’aurais jamais pu m’en sortir, me remettre dans le droit chemin pour devenir un citoyen heureux et productif.»

L’auteur a poussé le raisonnement jusqu’à calculer le coût pour la société de son «enfance à problème»: 400 000 $. Sans compter les consultations en psychologie, travail social, etc. Or, son intégration au marché du travail, de 25 à 65 ans, rapportera quelque 450 000 $ à l’État en taxes et impôts. «S’ajoute à cela le fait que je vais possiblement injecter près de 1,7 M$ de plus dans notre économie», illustre-t-il (p. 232).

Ce livre est un hommage au modèle québécois, comme le souligne le préfacier Camil Bouchard. «Nicolas Zorn nous offre un ouvrage intime, courageux, généreux et juste. Ce livre, à la fois autobiographique et savant, est empreint de bonté, de générosité et de rigueur. Il sera reçu comme une douceur par celles et ceux qui consacrent leur vie à la protection des enfances meurtries.»