Soins de fin de vie: chercheurs, soignants et patients se penchent sur la question

  • Forum
  • Le 12 juin 2017

  • Marilou Garon
Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Le Réseau universitaire intégré de santé de l’UdeM tenait son quatrième forum sur le thème «La personne en fin de vie: qu’en est-il de ses choix, qu’en est-il de nos responsabilités?»

Chaque année, de 60 000 à 65 000 personnes meurent au Québec, de différentes causes et dans diverses conditions. Le 8 juin, plus de 400 intervenants, universitaires et patients se sont rassemblés à l’Université de Montréal pour discuter de la complexe question des soins de fin de vie à l’occasion du quatrième forum du Réseau universitaire intégré de santé (RUIS) de l’UdeM. Ce regroupement se veut le trait d’union entre l’Université et le réseau de la santé et des services sociaux.

Dans son mot de bienvenue livré dans un amphithéâtre bondé, le Dr Jean Pelletier, directeur du Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’UdeM, a défini l’objectif du forum: créer un espace-temps serein et propice à la réflexion entre soignants, chercheurs et patients, puis susciter des discussions et proposer des pistes de solution afin de transformer le système de santé.

Le forum a officiellement débuté par un panel de quatre experts. Chaque question soulevée par l’animatrice Marie-France Bazzo a pu être débattue en fonction des points de vue des invités: patient et citoyen (Vincent Dumez), médical (Dr Serge Daneault), juridique (Me Michelle Giroux) et éthique (Hubert Doucet).

Au-delà de l’aide médicale à mourir

Sans trop de surprises, les échanges ont longuement tourné autour de la loi fédérale sur l’aide médicale à mourir, entrée en vigueur en juin 2016. Si les quatre experts divergent dans leur appréciation de la loi en tant que telle, ils s’entendent tous pour souligner la part excessive qu’a prise la question de l’aide médicale à mourir dans les débats et la couverture médiatique relatifs à la loi. Comme l’ont rappelé le Dr Daneault et Me Giroux, l’aide médicale à mourir ne constitue qu’une partie de la loi, qui visait d’abord et avant tout à assurer à l’ensemble des Canadiens l’accessibilité à des soins palliatifs.

L’éthicien Hubert Doucet est allé encore plus loin en déplorant l’absence de discours entourant les soins de fin de vie de manière plus globale, au profit de débats pointus sur l’aide médicale à mourir et les soins palliatifs. Or, plusieurs personnes en fin de vie n’auront accès ni à l’aide médicale à mourir ni aux soins palliatifs, tout en ayant néanmoins besoin de soins de fin de vie.

Bien qu’il ait été question du respect de la diversité dans la mise en pratique des soins de fin de vie, les experts ont mentionné que les tensions et les questions éthiques engendrées par ces soins ne sont pas forcément issues de différences religieuses ou culturelles. Les experts ont plaidé pour une définition plus large du terme «diversité», arguant que les différences de personnalité, de caractère et de vécu déterminent plus que toute autre chose la manière dont une personne vivra sa fin de vie.

  • De gauche à droite: l'animatrice Marie-France Bazzo, l'éthicien Hubert Doucet, l'avocate Michelle Giroux, le Dr Serge Daneault et Vincent Dumez.

    Crédit : Caroline Dostie

Poursuivre le dialogue

Il ressort de ce panel d’experts un grand besoin de poursuivre le dialogue avec les patients et leur famille afin de bonifier certains aspects de la loi fédérale et de la rendre plus conforme aux besoins sur le terrain. De plus, Vincent Dumez proposait d’inclure dans la sphère de discussion non seulement les acteurs du domaine de la santé, mais aussi ceux des sciences humaines et sociales, qui se penchent naturellement sur des questions liées à la fin de vie.

Le panel a pris fin par une séance de réponses aux questions de l’auditoire, qui s’est notamment interrogé sur la formation du personnel soignant. Il est à noter que l’Université de Montréal est l’une des premières universités canadiennes à instaurer une semaine obligatoire de formation en soins palliatifs lors de l’externat des étudiants en médecine. Par ailleurs, l’UdeM amorcera dès l’automne prochain des travaux visant à intégrer dans tous ses programmes de formation initiale des professionnels de la santé et des services sociaux un bloc obligatoire d’activités de formation interprofessionnelle en soins palliatifs. Ces activités devraient être offertes à partir de l’automne 2019.

À propos du RUIS de l’Université de Montréal

Mis en place en 2003 par le ministère de la Santé et des Services sociaux dans le cadre de la modernisation du système de santé de la province, le RUIS de l’UdeM est l'un des quatre du Québec. Sa mission est de mieux répondre aux enjeux d’aujourd’hui et de demain dans les domaines des soins, de la formation des professionnels de la santé, de la recherche en sciences de la santé et de l’évaluation des nouvelles technologies et des modes d’intervention en santé.

  • De gauche à droite: le recteur Guy Breton, le Dr Eduardo Bruera, la chancelière Louise Roy et le secrétaire général Alexandre Chabot.

    Crédit : Caroline Dostie

Un doctorat honorifique remis au Dr Eduardo Bruera, sommité mondiale en soins palliatifs

Le forum aura été l’occasion pour l’Université de Montréal de remettre un doctorat honoris causa au Dr Eduardo Bruera, véritable pionnier en matière de soins palliatifs. Le recteur de l’UdeM, Guy Breton, a rappelé que le Dr Bruera a été parmi les premiers médecins à s’intéresser au soulagement de la douleur en préconisant, à la fin des années 60, une approche des soins humaniste novatrice et en marge de la médecine universitaire. «Les soins de fin de vie ne seraient pas ce qu’ils sont aujourd’hui sans la vision humaniste et sans la contribution d’Eduardo Bruera», a dit M. Breton.

Le Dr Bruera a ensuite prononcé une conférence sur les aspects clés de la mise en œuvre d’une offre de soins palliatifs. Le médecin argentin s’est adressé à l’auditoire en français; ayant travaillé pendant plusieurs années à Edmonton, il a appris le français dans le but de pouvoir soigner ses patients franco-albertains dans leur langue maternelle.

Il a notamment insisté sur l’importance de proposer des soins palliatifs plus tôt dans la trajectoire de prise en charge des patients. Il a de plus démontré de manière éloquente et à l’aide d’exemples issus de villes canadiennes que les obstacles à l’implantation de soins palliatifs ne sont pas d’ordre financier, mais relèvent plutôt des mentalités. Plusieurs études montrent d’ailleurs que les soins palliatifs permettent au système de santé de faire d’importantes économies. Son vibrant plaidoyer en faveur des soins palliatifs s’est terminé par un appel à intégrer dans chaque faculté de médecine, au même titre que les autres spécialités, un département consacré au soutien des patients.