Utiliser l'intelligence artificielle pour mieux comprendre l'autisme

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  • Le 6 juillet 2017

  • Marilou Garon
Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Par un projet de plateforme Web, le doctorant Marc-Olivier Schüle souhaite mettre l’intelligence artificielle au service de l’entourage des personnes atteintes d’un trouble du spectre de l'autisme.

Pour des parents d’enfants atteints d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA), trouver de l’information scientifique fiable sur ces problèmes neurologiques n’est pas une mince tâche. Parmi la quantité de données publiées sur le Web, on trouve notamment des renseignements erronés et des solutions douteuses. Sans compter que, du côté des intervenants, on estime que ceux-ci utilisent seulement 14 % de l’information scientifique et qu’il s’écoule en moyenne 17 ans entre la publication de résultats scientifiques et leur application.

Et si la solution résidait du côté de l’intelligence artificielle? C’est ce que croit Marc-Olivier Schüle, doctorant à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, qui, avec son équipe, travaille à la plateforme Web Myelin, dont l’objectif est de rendre accessibles aux parents et aux intervenants les meilleures et les plus récentes connaissances scientifiques en matière de TSA. Et le cœur de son projet, c’est l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle rejoint le domaine psychosocial

Marc-Olivier Schüle

Crédit : ZuniHerrera

L’alliance entre le domaine psychosocial et l’informatique est pour l’instant plutôt rare. «Jusqu’à présent, il n’y a eu que très peu d’efforts pour adapter l’intelligence artificielle au secteur psychosocial, indique M. Schüle. Cela s’explique entre autres par notre discipline: pour créer une intelligence artificielle, nous avons besoin de données structurées. Or, dans le domaine psychosocial en général, l’information est généralement peu structurée et de nombreuses questions demeurent sans réponse.»

Ce n’est cependant pas le cas de l’autisme, pour lequel on dispose d’une masse importante de connaissances établies, dont plusieurs font l’objet de revues systématiques, ainsi que des guides de pratiques élaborés par des organismes réputés. Bien que M. Schüle soit d’avis que l’usage de l’intelligence artificielle pourrait s’étendre à tous les aspects de la santé mentale, la nature des données disponibles sur l’autisme en fait un sujet de départ tout indiqué pour l’entreprise naissante.

Le projet a d’ailleurs reçu le soutien officiel de la Fédération québécoise de l’autisme (FQA), qui regroupe plus de 75 organismes au Québec. La FQA s’est engagée à faire connaître la plateforme Myelin à ses membres et à partager avec l’équipe de Myelin les besoins des personnes autistes et de leurs proches.

Des réponses concrètes pour parents et intervenants

La première étape du projet Myelin consiste à créer une base de données structurée à partir de connaissances issues d’études solides et de sources fiables. «Nous avons besoin de cerveaux humains qui abreuvent la machine de leur savoir pour lui enseigner ce qu’est la carte mentale de l’autisme. En structurant les connaissances, c’est comme si nous disions à l’intelligence artificielle: voici comment fonctionne le domaine de l’autisme.»

Le site Web permettra donc à ses usagers de poser des questions très précises et d’obtenir des réponses non seulement factuelles et fiables, mais aussi récentes. «Nous avons réalisé que les gens n’ont pas besoin d’avoir accès à des documents, ils cherchent des réponses. La logique est alors complètement différente. Au lieu de diffuser des documents, nous allons extraire des informations de ces documents pour ensuite les rendre publiques.»

Rendre l’intelligence artificielle autonome

La mise en ligne de la plateforme Web n’est cependant pas une finalité. «Avec la quantité de nouvelles données publiées chaque jour, il est impossible pour un être humain de se tenir à jour. C’est la raison pour laquelle la deuxième étape du projet est de rendre l’intelligence artificielle autonome. Nous voulons lui apprendre à reconnaître les études de qualité afin qu’elle puisse elle-même en dégager des éléments et nourrir la base de données.»

Tâche colossale qui ne peut se faire sans une collaboration étroite avec des spécialistes chevronnés. «Notre projet est multidisciplinaire. Les spécialistes en psychologie et en psychoéducation tentent d’abord de modéliser leur champ d’activité à l’aide d’études scientifiques; ensuite, ce sont les experts en sciences de l’information qui structurent ces connaissances modélisées pour s’assurer qu’elles peuvent opérer avec d’autres systèmes existants; finalement, les informaticiens conçoivent l’infrastructure qui permet d’interroger la base de données et d’obtenir des réponses», explique M. Schüle.

C’est à cette fin qu’il a soumis, conjointement avec l’École de psychoéducation, l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information et Polytechnique Montréal, un projet à l’Institut de valorisation des données afin de soutenir cette phase de développement de Myelin.

Si tout se passe comme le souhaite le doctorant, et si le financement est au rendez-vous, des humains accompagneront l’intelligence artificielle pendant environ deux années afin d’encadrer son apprentissage. Elle sera par la suite en mesure de voler de ses propres ailes. Marc-Olivier Schüle et son équipe auront alors réussi le pari de mettre l’intelligence artificielle au service des intervenants, parents et proches de personnes vivant avec le trouble du spectre de l’autisme.

«Ce projet révolutionnera profondément le monde de la santé mentale, mais surtout il changera des vies! C’est la raison pour laquelle je suis aussi engagé, confie le doctorant. J’espère sincèrement que Montréal deviendra le chef de file mondial de l’intelligence artificielle en santé mentale.»

Visionnez la conférence TEDx présentée par Marc-Olivier Schüle
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Visionnez la conférence TEDx présentée par Marc-Olivier Schüle

Une campagne de financement participatif

Pour mettre l’intelligence artificielle au service de l'entourage des personnes autistes, le projet de M. Schüle requiert un coup de pouce financier. C’est ainsi que le jeune chercheur et entrepreneur a lancé une campagne de financement participatif pour amasser une partie des 60 000 $ nécessaires à la première phase de réalisation de Myelin.

Et la campagne porte ses fruits: 33 % de l’objectif est atteint après seulement quelques semaines. «En plus de nous apporter une bouffée d’air frais sur le plan financier, une campagne de financement participatif réussie nous donne un argument de poids pour aller de l’avant avec le projet. En nous appuyant financièrement, les gens démontrent qu’on répond à un vrai besoin, mais surtout ils témoignent du fait qu’ils croient au droit à l’information scientifique.»

De plus, le financement participatif est un excellent moyen de recueillir des avis, puisque les donateurs ont l’habitude de commenter le projet auquel ils contribuent. «Nous sommes présentement à mettre au point un prototype. C’est donc le moment idéal pour intégrer les critiques et les commentaires que nous recevons par le biais de la campagne. Le prototype que nous rendrons accessible en octobre sera donc bien meilleur que celui imaginé au départ», précise le doctorant.

Découvrez le projet Myelin sur la plateforme de financement participatif La Ruche.