La face cachée d’Anne-Marie Labrecque

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  • Le 17 juillet 2017

  • Dominique Nancy
Anne-Marie Labrecque

Anne-Marie Labrecque

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

L’adjointe du doyen de la Faculté de l’aménagement conçoit elle-même la majorité de ses vêtements.

La robe noire qu’Anne-Marie Labrecque porte au moment de l’entrevue est à son image: sobre, élégante et sans prétention. «Je l’ai cousue moi-même», indique l’adjointe du doyen de la Faculté de l’aménagement. Ses créations et la qualité de leur fabrication sont dignes des grands couturiers. «Ah, merci! J’apporte un soin particulier au choix du tissu et à la finition. La majorité du temps, je prends des patrons qui existent, mais je les modifie selon mes besoins et mes préférences. Ma garde-robe est composée essentiellement de mes confections, ce qui représente environ 60 % de mes vêtements.»

Biologiste de formation (baccalauréat de l’Université de Montréal), Mme Labrecque a obtenu en 1993 une maîtrise en génie de l’environnement à Polytechnique Montréal. Mais à la fin de ses études, le marché est saturé. «Environ 60 % des entreprises en environnement sont disparues à ce moment-là. Il n’y avait pas de grand projet ni de volonté politique pour les maintenir, raconte-t-elle. Les gens comme moi se sont retrouvés à devoir faire autre chose.» Engagée par une entreprise de chasseurs de têtes qui ciblait les spécialistes des sciences au bénéfice des firmes du secteur biopharmaceutique, Anne-Marie Labrecque devient recruteuse scientifique. «La première à Montréal», mentionne celle qui travaillera ensuite en Europe pendant quelques années. Puis, en 2001, c’est le retour au Québec. Elle est alors embauchée par l’UdeM. «Je m’occupais de trouver des stages aux étudiants. J’avais constitué un très bon réseau alors que j’étais employée de la compagnie de chasseurs de têtes.»

En 2006, à 39 ans, elle décide d’entreprendre parallèlement à son emploi un DESS. Cette fois, elle opte pour la gestion et le développement des organisations à l’Université Laval. «Je voulais une formation qui mettait l’humain au cœur des décisions. Comment pouvons-nous prendre en compte le facteur humain dans la façon d’accomplir les tâches et atteindre les objectifs fixés de façon efficace et efficiente? C’est toujours ainsi que j’ai perçu mon travail», explique celle qui a été adjointe au doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal pendant deux ans avant d’entrer à la Faculté de l’aménagement.

Rencontrée un jour de juin à son bureau du 2940, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, où elle est en poste depuis 2009, Anne-Marie Labrecque s’est prêtée de bonne grâce à une entrevue pour parler de sa passion, la couture. Elle s’y adonne depuis 26 ans. Il faut dire qu’elle a un horaire chargé et qu’elle n’aime pas trop mélanger travail et passe-temps. Depuis qu’elle a lancé en 2007 son blogue (dont elle préfère taire le nom), elle connaît un franc succès sur le Web. Quelques centaines d’abonnées la suivent assidûment. «J’ai commencé à coudre alors que j’étais étudiante à Polytechnique. Ma mère cousait, tricotait et tissait beaucoup, mais ce n’est pas elle qui m’a initiée à la couture. C’est la mère d’une amie qui avait une boutique de tissus et une école de couture. Cette femme avait fait ses classes à Paris et elle m’a enseigné les techniques de la haute couture et le point à la main, des approches délaissées de nos jours avec le prêt-à-porter.»

Les dessous de la lingerie

À sa demeure d’Ahuntsic, une armoire immense est pleine à craquer d’étoffes, de textiles et de rubans. Certains proviennent de matières ayant servi aux collections de designers américains achetées en ligne; d’autres, de trouvailles faites ici et là, au gré de ses voyages. En plaisantant, Mme Labrecque dit de son armoire à trésors qu’elle relève d’une «petite obsession compulsive». «Comme toutes les couturières, j’achète beaucoup plus de tissus que je suis capable de coudre, confie-t-elle. J’ai peu de vêtements, mais j’ai beaucoup d’habits potentiels!»

Aujourd’hui, quand le jour se lève, Anne-Marie Labrecque enfile ses belles tenues de cadre qui lui donnent fière allure, mais le soir et les week-ends, elle perfectionne son art. «Combien d’heures par semaine je consacre à la couture? Difficile à dire. Le soir, je ne couds pas. Je lis sur des techniques liées à la couture et je suis parfois des cours en ligne. Mais je peux passer un samedi ou un dimanche complet à confectionner une pièce.» Récemment sur son blogue, elle révélait: «J’ai dévoré le livre de Norma Loehr, fondatrice de l’entreprise américaine Orange Lingerie. Je commence à connaître le site The Cloth Habit par cœur et le catalogue The Bra Makers Supply ne comporte aucun secret.»

Soulignons ici que le mot passe-temps tel que le pratique Mme Labrecque ne signifie pas qu’elle fabrique des pièces ne comportant aucun défi. Au contraire. Elle peut aussi bien coudre des tailleurs et des chemises avec un pied de col que de la lingerie fine avec dentelle, en passant par des robes aux drapés complexes à réaliser. Des photos de son blogue en témoignent: un magnifique trench en nylon sur lequel elle a appliqué un design à l’aide de peinture pour les murs! – «Tous ceux qui ont déjà fait des travaux de peinture à la maison savent que les taches sur les vêtements ne partent pas au lavage...» –, un bomber (veste ample) agrémenté de paillettes, sa propre robe de mariée…

«Les sous-vêtements sont les plus difficiles à faire. C’est petit et rond! Pas facile à manipuler alors que la confection doit être méticuleuse et irréprochable afin d’assurer un confort optimal. Il faut aussi absolument porter une attention spéciale aux matières et coutures. Les compétences techniques sont assez poussées», admet Mme Labrecque. Un art qu’elle possède à la perfection. Si vous pouviez voir les dessous en question, vous seriez bouche bée. La Perla peut aller se rhabiller!

Petite et menue, teint d’albâtre et chevelure cendrée, Anne-Marie Labrecque étonne par son dynamisme et son énergie. Cette adepte de plein air, qui s’entraîne hebdomadairement au CEPSUM, fait aussi du vélo et de la course. En hiver, elle est fondeuse. «Je joue dehors au moins deux fois par semaine», déclare-t-elle en riant.

Avec des vêtements de sport de fabrication maison, bien sûr!

  • Appliques faites à la peinture.

    Crédit : Anne-Marie Labrecque
  • Un vêtement de sport très pratique.

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  • Anne-Marie Labrecque fait les choses différemment. Elle se marie en bleu!

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  • C'est avec de la peinture pour les murs qu'Anne-Marie Labrecque a réalisé le design sur son trench.

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  • La doublure du trench est aussi très jolie.

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