Un minimum d’anxiété pourrait aider à réussir

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  • Le 30 août 2017

  • Daniel Baril
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Selon une nouvelle étude dirigée par Frédéric Nault-Brière, professeur à l’École de psychoéducation, les élèves très peu ou trop anxieux au début du secondaire sont à risque de décrochage.

Les élèves dont le niveau d’anxiété est faible au début du secondaire courent 40 % plus de risques de ne pas avoir obtenu leur diplôme deux ans après l’échéance normale des études secondaires que ceux qui ont un niveau moyen d’anxiété, une proportion qui atteint 30 % chez les élèves qui présentent un niveau élevé d’anxiété.

C’est l’une des principales constatations qui ressort d’une étude longitudinale effectuée auprès de 5469 élèves d’écoles francophones québécoises situées en grande partie dans des milieux défavorisés.

«Nous nous attendions à une relation linéaire entre le degré d’anxiété et le risque de décrochage, c’est-à-dire un risque accru de décrochage pour une anxiété plus grande, mais nous avons plutôt découvert une courbe en U. C’est la première fois qu’une telle relation est observée», mentionne Frédéric Nault-Brière, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et principal auteur de cette recherche publiée dans The British Journal of Psychiatry.

Le fait que les élèves avec une vive anxiété sont davantage à risque de décrochage n’étonne pas le chercheur et recoupe ce que d’autres études sur le sujet ont trouvé. La relation entre une faible anxiété et le décrochage est plus inattendue.

«Ce résultat pour les élèves sans anxiété est intrigant et n’est pas expliqué par des facteurs socioéconomiques ou des difficultés scolaires et de comportement, affirme le chercheur. Notre hypothèse est que ces élèves sont peut-être plus sujets que d’autres à l’ennui ou à ressentir peu d’émotions en général, ce qui peut remettre en cause leur engagement à l’école. Comme pour les performances sportives ou d’autres tâches cognitives, une certaine dose d’anxiété ou de stress semble aider à maintenir l’engagement scolaire et favoriser la réussite.»

Les études sur le décrochage ont jusqu’ici surtout cherché les causes du côté des difficultés scolaires ou des troubles de comportement et très peu ont porté sur des problèmes d’internalisation telle l’anxiété. Selon Frédéric Nault-Brière, les précisions révélées par cette nouvelle étude peuvent faire la lumière sur les résultats parfois contradictoires observés entre décrochage et difficultés psychologiques dans d’autres études.

«Il faudra désormais prendre en considération la possibilité d’une relation curvilinéaire plutôt que linéaire entre problèmes psychologiques et décrochage», déclare le professeur.

La dépression: un facteur de risque chez les bons élèves

La deuxième partie de cette recherche a porté sur les liens entre la dépression et le décrochage. Un autre fait étonnant est apparu: «La dépression est un facteur de risque de décrochage, mais seulement chez les élèves dont les notes et l’engagement scolaire sont au-dessus de la moyenne au début du secondaire», indique le professeur.

L’hypothèse de l’équipe de chercheurs est que les symptômes dépressifs augmentent peu le risque de décrochage chez les élèves déjà soumis aux facteurs de risque classiques du décrochage, soit des difficultés scolaires ou des problèmes de comportement. Par contre, «chez les élèves non exposés à ces risques, les symptômes dépressifs pourraient amener un changement inattendu de trajectoire susceptible de conduire au décrochage», estime Frédéric Nault-Brière.

Comme pour l’anxiété, ce résultat n’est pas expliqué par les facteurs socioéconomiques et le risque de décrochage en cas de dépression chez les bons élèves est aussi de 40 % supérieur à celui chez les autres élèves.

Pour le chercheur, cette augmentation du risque n’est pas énorme, mais doit être prise en considération dans les mesures de prévention afin de pouvoir intervenir efficacement auprès de l’ensemble des élèves. «On ne se préoccupe pas suffisamment de ce groupe, dit-il. Les élèves plus agités ou en difficulté d’apprentissage sont pris en charge, mais il faudrait aussi être proactif dans le dépistage auprès de ceux qui sont plus discrets.»

Au Québec, le taux de décrochage au secondaire est de 15 à 20 %. Dans la cohorte suivie pour cette étude, un élève sur cinq a quitté l’école secondaire sans y revenir au cours des six années qu’a duré la recherche. Toute mesure d’atténuation auprès de tout groupe à risque peut avoir un effet significatif.

L’étude a été réalisée au sein du Groupe de recherche sur les environnements scolaires, dirigé par le professeur Michel Janosz, de l’École de psychoéducation de l’UdeM.