Recherche sur la violence en milieu psychiatrique: utiliser les résultats pour s'améliorer

Pour la plupart des intervenants, le sens donné à leur travail n’a pas beaucoup changé, mais quelques-uns se sont sentis abandonnés par leurs collègues à la suite des évènements et ont depuis une opinion différente de leur équipe de travail et de leurs patients.

Pour la plupart des intervenants, le sens donné à leur travail n’a pas beaucoup changé, mais quelques-uns se sont sentis abandonnés par leurs collègues à la suite des évènements et ont depuis une opinion différente de leur équipe de travail et de leurs patients.

Crédit : Thinkstock.

En 5 secondes

Deux études publiées dans la revue «Work» lèvent le voile sur les conséquences psychologiques d’agressions physiques graves commises par des patients sur des intervenants en milieu psychiatrique.

La violence en milieu de travail est une problématique qui touche tous les secteurs professionnels, mais certains travailleurs sont plus à risque que d’autres d’être victimes ou témoins d’actes de violence grave en raison des fonctions qu’ils exercent. C’est particulièrement vrai dans les milieux hospitaliers psychiatriques. Préoccupé par les conséquences que peuvent avoir ces agressions sur les travailleurs et les soins qu’ils prodiguent, Stéphane Guay, professeur de criminologie et de psychiatrie à l’Université de Montréal et directeur du Centre d’étude sur le trauma, a mis sur pied, avec l’appui de la direction de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM – CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal), un projet de recherche sur le sujet dont les premiers résultats font l’objet de deux articles scientifiques.

Le chercheur et professeur de criminologie Stéphane Guay.

Crédit : IUSMM.

«L’objectif de ces deux études était de cerner les difficultés rencontrées par les travailleurs qui ont subi un acte de violence grave pour, à moyen terme, trouver les moyens adéquats de les aider à les surmonter, explique Stéphane Guay. Ces études nous ont fait prendre conscience que plusieurs travailleurs avaient tendance à minimiser ce qu’ils avaient vécu, évitant ainsi de prendre le temps de se remettre du choc éprouvé et de recourir à du soutien psychologique. À court terme, l’horaire de travail n’est pas perturbé, mais à moyen et long termes, le prix à payer peut être relativement élevé, que ce soit pour eux-mêmes ou pour leurs collègues et les patients dont ils prennent soin.» 

Au sein de l’organisation, Géraldine Spitz, chef de secteur, Prévention et promotion de la santé au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, est préoccupée par ces résultats, mais elle reste optimiste. «Il est très important pour nous de  participer à cette recherche. Dans un souci d'amélioration continue, nous sommes toujours en quête des meilleurs moyens pour améliorer la qualité de nos soins et de nos services, mais également le milieu de travail dans lequel nos employés se trouvent quotidiennement», affirme-t-elle.

La nature des études

Les deux études dirigées par le professeur Guay et ses collègues de l’équipe VISAGE (Violence au travail selon le sexe et le genre) ont été effectuées auprès de 15 travailleurs de l’IUSMM (11 femmes et 4 hommes) qui ont vécu, au cours des cinq dernières années, une agression grave de la part d’un patient ou d'une patiente. Ces études sont de nature qualitative, c’est-à-dire qu’elles ont été réalisées à l’aide d’entrevues individuelles menées par un chercheur de l’équipe avec chacun des participants.

Les résultats: de l’hypervigilance à la peur généralisée

La première étude avait pour but de décrire et de comprendre l’expérience de violence vécue par les intervenants. L’un de ses principaux constats est la manifestation d’une hypervigilance à l’égard du patient violent – qui se traduit par des attitudes exagérées devant permettre de détecter une menace – ou d’une peur généralisée envers l’ensemble des patients. Cette hypervigilance ou cette peur généralisée peuvent avoir des conséquences négatives sur les soins apportés aux patients, car une partie des travailleurs de l’étude ont adopté des comportements de désengagement dans leurs relations avec les patients à la suite de l’agression.

Quand le travail ne fait plus sens

La seconde étude portait sur le sens accordé au travail avant et après l’agression. Pour la plupart des intervenants, le sens donné à leur travail n’a pas beaucoup changé, mais quelques-uns se sont sentis abandonnés par leurs collègues à la suite des évènements et ont depuis une opinion différente de leur équipe de travail et de leurs patients. Autre répercussion, plus inquiétante, même si elle n’est rapportée que par une minorité d’intervenants: certains ont avoué avoir développé une apathie grandissante pour tous leurs patients. De plus, près de la moitié des intervenants affirment avoir été déçus de la réponse de leur organisation (IUSMM), la percevant comme un manque de soutien.

Quant à la motivation au travail, plusieurs intervenants ont mentionné une baisse de leur motivation et de leur désir de se surpasser au travail. Toutefois, l’autonomie et le sentiment de contribuer au bien-être de la communauté que leur procure leur emploi ont été des sources de résilience face à l’acte de violence qu’ils ont vécu. «Ce genre de constat pourrait être pris en considération pour une mise à jour des politiques de recrutement et de rétention du personnel dans les organismes de santé», conclut le professeur Guay.

«On ne pourra jamais enrayer complètement la violence vécue par certains employés, explique Mme Spitz. Cependant, on peut entreprendre des actions pour essayer de la prévenir davantage, mais aussi pour mieux gérer la prise en charge des travailleurs victimes. Tout le monde a sa part de responsabilité: les employés doivent déclarer davantage les actes de violence et les gestionnaires doivent être mieux outillés pour soutenir un employé en détresse. Nous sommes heureux de travailler en collaboration avec l’équipe de M. Guay afin de mettre en œuvre les recommandations contenues dans l’étude.»

À propos de ces études

L. Forte et autres, «Experiencing violence in a psychiatric setting: Generalized hypervigilance and the influence of caring in the fear experienced», Work, vol. 57, n1, 7 juin 2017.

J. Lamothe et S. Guay, «Workplace violence and the meaning of work in healthcare workers: A phenomenological study», Work, vol. 56, n2, 14 mars 2017.

À propos du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l'Est-de-l'Île-de-Montréal (CIUSSS-Est) regroupe l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, l'Hôpital Santa Cabrini, le CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska et l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, de même que les centres de santé et de services sociaux de Saint-Léonard et de Saint-Michel, de la Pointe-de-l'Île et Lucille-Teasdale. Affilié à l'Université de Montréal, le CIUSSS-Est conjugue les missions d'enseignement, d'évaluation et de recherche avec la formation de médecins et professionnels de la santé.

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