L’UdeM souhaite accélérer le débat mondial sur le libre accès aux données

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  • Le 13 septembre 2017

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Marie-Josée Hébert, Daniel Lajeunesse et Tanja Niemann insistent sur l’importance du libre accès aux données et aux résultats de la recherche.

Marie-Josée Hébert, Daniel Lajeunesse et Tanja Niemann insistent sur l’importance du libre accès aux données et aux résultats de la recherche.

Crédit : Amélie Philibert

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En organisant la 10e conférence de Research Data Alliance, l’UdeM reconnaît l’importance et la portée accrue du libre accès aux données et aux résultats de la recherche.

À l’initiative de l’Université de Montréal et de Données de recherche Canada, la 10e conférence de l’organisation internationale Research Data Alliance se tiendra à Montréal du 19 au 21 septembre. Près de 500 personnes en provenance principalement d’Amérique du Nord et d’Europe sont attendues à cette rencontre qui permettra à l’UdeM d’accélérer le débat mondial sur le libre accès aux résultats et aux données de la recherche et leur partage.

Les explications de Marie-Josée Hébert, vice-rectrice à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation; Daniel Lajeunesse, vice-recteur adjoint et directeur du Bureau Recherche – Développement – Valorisation; et Tanja Niemann, directrice générale d’Érudit.

En quoi la conférence de Research Data Alliance est-elle importante pour l’UdeM?

Marie-Josée Hébert: Elle est importante pour l’UdeM, mais aussi pour le Québec et pour le Canada en entier. Parce qu’on y fera avancer les travaux sur le partage des données de la recherche, leur valeur et leur qualité. Il sera question également de la responsabilité que nous avons de rendre accessibles les données de la recherche, de nous assurer de leur bonne gestion, deux facteurs essentiels pour statuer sur la validité et la reproductibilité des résultats de la recherche. Parce que la valeur de la recherche ne repose pas seulement sur la publication des résultats, mais aussi sur sa portée et sa capacité à changer le monde! Les résultats et les données de la recherche doivent donc être de qualité et largement diffusés. L’université a un rôle citoyen à jouer dans le domaine. 

Tanja Niemann: C’est important que les universités prennent une place dans l’écosystème mondial de la publication et de la diffusion savantes, largement dominé par quelques grands éditeurs commerciaux qui contrôlent le système de la communication savante et demandent souvent aux chercheurs de déposer à la fois leurs articles et leurs données. Il y a un risque ici que les données ne soient pas diffusées dans la société. On doit reprendre des moyens pour conserver un accès aux articles ainsi qu’aux données recueillies lors des projets de recherche qui sont réalisés à partir du financement public et qui peuvent être utiles pour les décideurs publics et pour les citoyens.

Daniel Lajeunesse: Dans le modèle du 20e siècle, les chercheurs devaient publier leurs articles dans certains journaux réputés de leur discipline et c’était suffisant pour qu'ils soient reconnus. Maintenant, on leur demande d’être lus, donc leurs articles doivent être accessibles. On leur demande aussi de partager leurs données pour qu’elles soient validées et réanalysées sous d’autres angles et avec d’autres méthodes. Les universités doivent s’assurer de mettre en place des processus et appuyer leur communauté de recherche de manière à conserver ces données, être garantes de leur qualité et les rendre accessibles. On ne peut pas laisser cette responsabilité uniquement aux éditeurs commerciaux.

Il y a 20 ans naissait, notamment sous l’impulsion de l’UdeM, Érudit. Comment ce consortium a-t-il pris de l’ampleur et comment vient-il changer la donne pour les chercheurs québécois francophones?

Tanja Niemann: L’offre de service d’Érudit a rapidement été étendue à d’autres revues que celles de l’UdeM et c’est certainement un effet du passage au numérique. Maintenant, nous accueillons des revues nationales de tout le Canada. Même si nous diffusons principalement des articles en sciences humaines et sociales en français, nous ne sommes pas fermés aux publications anglophones, que ce soit au Canada ou ailleurs. La consultation des articles sur Érudit, qui sont indexés dans Google et d’autres outils de découverte, se fait à 70 % de l’étranger, et 95 % des publications sont en libre accès. Notre modèle permet donc vraiment de faire rayonner les chercheurs par la diffusion de leurs travaux.

Marie-Josée Hébert: Alors que plusieurs chercheurs francophones peuvent se demander s’ils devraient publier en anglais pour accroître la visibilité de leurs travaux et être davantage cités, Érudit joue un rôle de diffusion très important pour faire rayonner à l’étranger les recherches menées en français par les chercheurs québécois.

Les Bibliothèques de l’UdeM prennent-elles également parti sur ce sujet?

Marie-Josée Hébert: Oui. Elles ont mis sur pied il y a plus de 15 ans le dépôt institutionnel Papyrus, où nos chercheurs déposent leurs articles afin de les rendre accessibles à tous. Ce n’est pas nouveau, mais il faut mieux faire connaître l’outil et son importance auprès des chercheurs. 

Quelle direction souhaite prendre l’UdeM, au cours des prochaines années, quant au libre accès aux résultats et aux données de la recherche?

Marie-Josée Hébert: L’UdeM mène actuellement une réflexion institutionnelle sur la gestion des données de la recherche, le libre accès et le dispositif interne et interinstitutionnel à mettre en place. Nous avons créé, en janvier dernier, le Bureau de la conduite responsable en recherche et adopté une vision d’appui à la communauté de recherche. Nous voulons être très actifs en formation notamment, plutôt qu’uniquement instaurer des règles. Nous croyons qu’il est nécessaire de concevoir des outils pour que nos chercheurs, nos étudiants et notre personnel hautement qualifié comprennent mieux le cadre dans lequel ils travaillent et étudient. Les enjeux liés à l’accès aux données comme moteur important de changement dans les sociétés ne sont en effet pas connus de tous.

Nous avons également pour projet la préparation d’un plan stratégique visant à mieux outiller notre communauté sur les questions d’intégrité et de qualité des données, de protection de la vie privée, de reproductibilité, de visibilité, de rayonnement et, ultimement, de service à la société. Pour y arriver, nous travaillerons en concertation avec plusieurs acteurs incontournables, comme nos bibliothèques, les chercheurs et Érudit.

Les enjeux sont complexes, mais essentiels à considérer pour que la science devienne encore davantage un vecteur de changement social. 

Martine Letarte

Collaboration spéciale