Les incendies de forêt ne sont pas exclusifs aux climats chauds ou tempérés

Des preuves d'incendies, datant de 20 000 ans, ont été découvertes dans le massif du Queyras, dans les Alpes françaises, à 2240 m d’altitude.

Des preuves d'incendies, datant de 20 000 ans, ont été découvertes dans le massif du Queyras, dans les Alpes françaises, à 2240 m d’altitude.

En 5 secondes

Une étude franco-canadienne démontre qu’il y avait des incendies de végétation à l’époque glaciaire dans les Alpes

Si les incendies de forêt et de végétation sont communs en été sous notre latitude tempérée de la forêt boréale, il est inattendu de découvrir des preuves d’incendies en haute montagne et de surcroît à une époque glaciaire. Cependant, de telles preuves, datant de 20 000 ans, ont été découvertes dans le massif du Queyras, dans les Alpes françaises, à 2240 m d’altitude par les professeurs Christopher Carcaillet, de l’École Pratiques des Hautes Études (Paris) au Laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés (CNRS/Université Lyon 1/ENTPE), et Olivier Blarquez, du Département de géographie de l’Université de Montréal, et ont fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique New Phytologist.

«Cette découverte n’est pas anecdotique, souligne le professeur Blarquez, car elle fait écho aux récents incendies dans les toundras de l’Arctique, qui sont de plus en plus envahies par les arbres; cette situation a des conséquences importantes sur le cycle du carbone, ce qui interpelle la communauté scientifique. Les changements de couvert boisé en haute montagne, sous l’effet du réchauffement climatique, et surtout de l’abandon de terres agricoles, risquent d’accentuer la propagation des feux dans les prochaines années», prévient-il.

L’étude a permis de reconstituer la fréquence des incendies de végétation et la composition des boisements durant les 20 000 dernières années, incluant le dernier maximum glaciaire, c’est-à-dire l’époque où les calottes glaciaires ont pris le plus d'expansion. Elle apporte la preuve d’un refuge glaciaire d’arbres et d’incendies associés à ce refuge. Elle décompose aussi les interactions à long terme unissant de manière complexe les incendies, la végétation et le climat.

«Les incendies de végétation se propagent lorsque du combustible est disponible et que le climat est sec, illustre le professeur Carcaillet, qui est aussi codirecteur du Laboratoire international associé franco-canadien MONTABOR. Il est donc contre-intuitif d’imaginer des incendies de végétation en zones périglaciaires, subpolaires ou montagnardes. C’est pourtant ce que des sédiments lacustres de haute montagne ont révélé. Des incendies certes rares, mais bien attestés par des charbons de bois, y compris pendant des époques glaciaires et postglaciaires.»

Les incendies en haute montagne à l’époque glaciaire: le pin cembro et le mélèze en cause

Des incendies ont pu avoir lieu dans le massif du Queyras (à cheval entre la France et l’Italie) parce que des arbres y ont survécu en pleine époque glaciaire. En atteste la présence de macrorestes comme des feuilles, des graines, etc. Toutefois, un autre endroit situé plus au nord, dans le massif de la Vanoise (région Auvergne–Rhône-Alpes), où se sont accumulés des sédiments au dernier maximum glaciaire, ne présente pas de traces de végétation. Cette absence de végétation empêchant l’éclosion des incendies, aucun indice de feux n’a été relevé.

Dans le Queyras, le site découvert a donc hébergé un refuge glaciaire de pins cembro et de mélèzes en isolement, «telle une île au milieu d’un océan de glace». Ces arbres en situation de refuge durant le dernier maximum glaciaire pourraient être à l’origine des lignées génétiques de pins cembro et de mélèzes qui occupent aujourd’hui les vallées internes des Alpes occidentales. En outre, le régime de feu s’est modifié simultanément avec le changement de dominance du couvert d’arbres. Au début de l’Holocène (vers 10 700 ans), le climat devient plus chaud et plus humide: le pin cembro, qui dominait en période glaciaire (froide et sèche), où la fréquence des incendies était faible, a été remplacé par le mélèze, associé à des incendies plus nombreux.

«Cette étude montre donc qu’un climat périglaciaire n’exclut pas les incendies, résume le professeur Carcaillet. Des arbres, dans le cas qui nous occupe le pin cembro, sont nécessaires aux incendies en haute montagne, et si le climat influe sur la fréquence des feux, ces derniers, en retour, agissent sur la diversité des arbres.»

À propos de cette étude

L’article «Fire ecology of a tree glacial refugium on a nunatak with a view on Alpine glaciers», de Christopher Carcaillet et Olivier Blarquez, a été publié en ligne le 7 août 2017 dans le New Phytologist. doi: 10.1111/nph.14721.

À propos de l’École Pratique des Hautes Études (France)

L’École Pratique des Hautes Études (EPHE) est un établissement d’enseignement supérieur et de recherche de renommée internationale. La spécificité de l’établissement réside dans sa méthodologie de formation par la recherche et dans des enseignements originaux, associant un degré de spécialisation important. L’EPHE délivre le master, le doctorat et l’habilitation à diriger des recherches. Elle prépare aussi à ses diplômes propres: diplôme de l’EPHE et diplôme postdoctoral.

À propos du CNRS (France)

Le Centre national de la recherche scientifique est un organisme public de recherche, placé sous la tutelle du ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Il produit du savoir au service de la société. Avec près de 32 000 personnes, un budget primitif pour 2015 de 3,3 milliards d’euros, dont 769 millions d’euros de ressources propres, une implantation sur l’ensemble du territoire national, le CNRS exerce son activité dans tous les champs de la connaissance, en s’appuyant sur plus de 1100 unités de recherche et de services. Avec un portefeuille de 5629 familles de brevets, 1281 licences actives, 21 accords-cadres avec des sociétés du CAC 40, 376 contrats de copropriété industrielle, 851 contrats de copropriété institutionnelle, plus de 1200 start-ups créées, plus de 120 structures communes de recherche CNRS/entreprises, 152 laboratoires impliqués dans 27 Instituts/Tremplin Carnot et 433 dans les pôles de compétitivité, 43 000 publications en moyenne par an, 21 Prix Nobel et 12 lauréats de la Médaille Fields, le CNRS a une longue tradition d’excellence, d’innovation et de transfert de connaissance vers le tissu économique.

Relations avec les médias