Pour Anne-Lise Routier, les plantes sont des «matériaux intelligents»

  • Forum
  • Le 13 septembre 2017

  • Dominique Nancy
Anne-Lise Routier

Anne-Lise Routier

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

La biophysicienne fait son entrée à l’IRBV à titre de professeure.

Chétive et frêle, l’arabette des dames (Arabidopsis thaliana) pousse discrète en bordure des chemins et est considérée par plusieurs comme une mauvaise herbe. Mais cette plante est une vedette dans les laboratoires de biologie végétale. «Elle représente l’équivalent de la drosophile, un insecte utilisé pour de nombreux travaux scientifiques», dit la biophysicienne Anne-Lise Routier pour montrer à quel point cette plante est incontestablement importante.

Pour cette nouvelle professeure engagée par le Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal et chercheuse à l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV), les plantes ne sont ni plus ni moins que des «matériaux intelligents». Flexibles, leurs racines peuvent s’allonger pour suivre la direction de l’eau; elles parviennent même à pénétrer dans des interstices… «Étudier la morphogenèse et les propriétés mécaniques et cellulaires des plantes est fascinant», affirme Mme Routier. À l’IRBV, elle poursuivra ses travaux sur l’arabette des dames, mais aussi ceux sur la tomate et le tournesol. «Je veux continuer d’utiliser les méthodes que j’ai élaborées pour mieux comprendre comment les cellules communiquent entre elles, modulent leurs propriétés physiques sur le plan individuel et influencent la croissance et la posture de l’organe dans son ensemble», explique la chercheuse.

Sauvetage et sondes chirurgicales

Titulaire d’un mastère en biophysique de l’Université Paris Diderot, d’un doctorat en biologie de l’Université de Silésie, en Pologne, et de deux postdoctorats (Institut Max-Planck de biophysique, en Allemagne, et Université de Berne, en Suisse), Anne-Lise Routier a conçu une méthode originale pour mesurer la force mécanique des cellules végétales vivantes. Sa technique, mise au point durant son postdoctorat en Suisse, utilise un robot et une fine aiguille pour étirer la surface de chaque cellule de manière contrôlée. Un capteur de forces très sensible enregistre la résistance de la cellule à la déformation. Les données relatives à la force révèlent l'élasticité de la cellule, son niveau de pression interne et sa géométrie.

Avec plusieurs collègues de Suisse et d’Allemagne, elle a aussi collaboré à l’élaboration d’un logiciel d’images en 3D nommé MorphographX, qui permet de suivre la croissance des organes ainsi que les gènes et hormones exprimés dans les cellules des plantes et des animaux. Les géométries cellulaires extraites grâce au logiciel peuvent être exportées et utilisées comme modèles pour les tests de simulation, fournissant une plateforme puissante afin d’étudier les interactions entre la forme, les gènes et la croissance.

Ses travaux ouvrent des perspectives inédites en agronomie et en biologie fondamentale, notamment en permettant de mieux comprendre comment les plantes employées en agriculture peuvent résister au vent et aux intempéries ou encore comment les racines peuvent s’adapter en fonction des sols. «Il pourrait même y avoir des applications en robotique, croit-elle. On peut imaginer par exemple la fabrication de robots souples et forts capables de se faufiler telles des plantes dans des décombres après un tremblement de terre. On peut aussi penser à la fabrication de sondes flexibles pour la chirurgie…»

Mère de deux jeunes enfants, cette Française d’origine voit son nouvel emploi à l’Université de Montréal comme une belle occasion qui lui permettra d’enseigner et d’élargir son champ de recherche dans un environnement exceptionnel. Arrivée dans la métropole il y a quelques semaines avec sa famille, elle s’est installée sur Le Plateau-Mont-Royal, à mi-chemin entre l’Université et l’IRBV. «J’ai de la chance, puisque mon mari vient lui aussi d’être embauché par l’IRBV.»