Fête des récoltes: l'agriculture urbaine à la puissance MIL

Les percussions du groupe ivoirien Gotta Lago ont accompagné les participants de la Fête des récoltes des Projets éphémères.

Les percussions du groupe ivoirien Gotta Lago ont accompagné les participants de la Fête des récoltes des Projets éphémères.

Crédit : Magalie Dagenais

En 5 secondes

Le 23 septembre, la Fête des récoltes des Projets éphémères a réuni quelque 800 personnes venues célébrer en musique la fin de la troisième saison de cette aventure d’agriculture urbaine.

Quand on entre dans les jardins aménagés sur le chantier du futur campus MIL, la ville semble loin. En ce samedi 23 septembre, l'été joue les prolongations. Il fait beau et chaud et le bourdonnement des insectes emplit l'air. Des centaines de personnes sont venues assister à la 3Fête des récoltes. Une jeune fille joue du piano, des enfants surgissent en courant, certains admirent les plantations, tandis qu'à l'ombre d'autres sont regroupés autour d'un verre de kombucha.

«En nous lançant dans ces projets éphémères, nous voulions d’une part créer des liens forts avec les habitants des quartiers avoisinants et d’autre part amener la population, les Montréalais, à fréquenter un lieu de la ville qui avait été mis de côté depuis très longtemps», dit Stéphane Béranger, coordonnateur au développement durable à l'Université de Montréal. «Les projets d’agriculture urbaine allaient bon train sur le campus de la montagne, alors on a décidé d’exporter l’idée au campus MIL. J'aimerais qu'on ait réussi à insuffler quelque chose et que, chaque fois qu'on lance un chantier, à l’UdeM ou ailleurs à Montréal, on puisse mettre en pratique ce genre d’idée… Mais je rêve peut-être un peu», conclut-il en riant.

Kiosque d’information sur le réchauffement climatique, séances de yoga, jeux pour les enfants, marché artisanal, la Fête des récoltes oscille entre art et écologie, amusement et réflexion. «Il est important d'avoir des activités vraiment festives en matière d'environnement. Il faut sortir des cadres établis», commente Laurie Archambault, l’une des coordonnatrices de la Fête. «Personne n'a envie d'être sermonné, renchérit Sara Maranda-Gauvin, coordonnatrice des Projets éphémères. On montre un autre mode de vie, des façons différentes de consommer et de produire, mais avec un esprit ludique.»

«Je trouve cette initiative assez avant-gardiste»

Les jardins réunissent 21 partenaires, parmi lesquels la coopérative Bioma, présente depuis le début de l'opération. Alexandra Nadeau a travaillé pour l'entreprise cet été. Aujourd'hui, elle propose des légumes aux formes irrégulières, des tomates parfumées et des roulés aux herbes. «Je veux bien un peu plus de fleurs de capucine, ça donne un petit côté piquant», demande Carole-Anne, professeure d'anglais qui habite le quartier Parc-Extension. «Je vis à côté, alors ce qui se déroule sur ce terrain m'intéresse beaucoup et je trouve cette initiative assez avant-gardiste», souligne-t-elle. «C'est vrai que ces projets éphémères donnent aux gens la possibilité de se réapproprier le lieu, ajoute Mme Nadeau. Sans les jardins, l'endroit ne serait qu'un îlot de chaleur. Avec cet aménagement, on dit aux habitants: venez, amusez-vous, expérimentez!»

Au fil du temps, les jardins ont donc su fédérer des hommes et des femmes de tous les horizons. Marie-Loup Tremblay fait partie des artisans présents à cette fête des récoltes. Fondatrice d'Uka protéine, elle commercialise des aliments à base d'insectes. «Des gens qui osent se réunir pour se lancer dans l'agriculture urbaine, c'est une clientèle favorable à l'innovation et par conséquent à notre produit», indique la jeune femme. Même son de cloche du côté de Camille Prégent, venue présenter Camiélla, son entreprise de savons zéro déchet. «Je trouve que c'est une bonne façon de travailler ensemble à rendre les villes un peu plus écologiques.»

Tandis que la nuit tombe sur les jardins, les percussions du groupe ivoirien Gotta Lago se font entendre. Les familles sont rentrées et des groupes d'amis s'approchent de la scène. D'abord timides, les badauds se prennent vite au jeu et se mettent à danser. «Je suis là par curiosité. J'aime cette ambiance, c'est le genre d'activité qui rend optimiste», s'amuse Victor, la vingtaine. «J'étais venu pour la musique et je me suis laissé tenter, j'ai acheté un sac de semences», confie Olivier, étudiant en physique. Ce soir, c'est le film Inhabit, de Costa Boutsikaris, qui clôture la soirée. Une dernière projection sous les étoiles avant de se donner rendez-vous l'année prochaine, à la réouverture des jardins.

 

Laurianne de Casanove
Collaboration spéciale