Les enfants souffriront moins grâce à une fausse abeille

  • Forum
  • Le 28 septembre 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
Utilisé en milieu hospitalier pédiatrique aux États-Unis, le Buzzy prend la forme d’une abeille hémisphérique souriante.

Utilisé en milieu hospitalier pédiatrique aux États-Unis, le Buzzy prend la forme d’une abeille hémisphérique souriante.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Une équipe montréalaise teste actuellement un dispositif destiné à réduire chez les enfants la douleur associée aux actes médicaux qui impliquent une aiguille.

Une chercheuse montréalaise met actuellement à l’essai un dispositif combinant le froid et la vibration appelé Buzzy, qui pourrait permettre de réduire la douleur associée aux actes médicaux impliquant des aiguilles chez les enfants et les adolescents. «La douleur liée aux aiguilles est la plus courante en milieu hospitalier pédiatrique et nous pensons avoir trouvé un moyen de la diminuer», explique Ariane Ballard, étudiante au doctorat à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal.

Avec sa directrice de recherche, Sylvie Le May, et une équipe d’infirmières, elle en est à l’étape de la collecte de données au service des urgences du CHU Sainte-Justine. Déjà, 120 enfants ont accepté de participer à la recherche, qui consiste à comparer le Buzzy avec le traitement actuel le plus couramment utilisé pour atténuer la douleur due aux injections et perfusions: une crème anesthésiante à la lidocaïne. «Il est trop tôt pour tirer des conclusions, bien entendu, mais, selon ce que nous avons pu observer, la perception de la douleur est nettement réduite, particulièrement chez les enfants âgés de 8 à 17 ans. Toutefois, les résultats semblent, pour l’instant, mitigés chez les moins de 7 ans, puisqu’ils ont de la difficulté à faire la différence entre la douleur et la peur d’être piqués», commente Mme Ballard.

Selon la littérature scientifique, plus de 60 % des enfants ont peur des aiguilles. Le malaise peut se traduire par des réactions physiques: augmentation du rythme cardiaque, transpiration, nausées; dans le pire des cas, il y a choc vagal et perte de conscience. «Cette aversion pose un problème au personnel soignant, car le patient est extrêmement tendu ou agité au moment d’approcher la seringue. Chez les malades chroniques, c’est un cauchemar qui se répète», fait remarquer la doctorante.

Non approuvé au Canada, mais utilisé en milieu pédiatrique aux États-Unis, le Buzzy prend la forme d’une abeille hémisphérique souriante. Appliqué près du site d’insertion de l’aiguille quelques secondes avant l’intervention du professionnel de la santé, le dispositif émet une vibration et dégage une sensation de froid. Ce sont des «ailes glacées» derrière le mécanisme qui «barrent» la transmission du message douloureux au cerveau de l’enfant. «Il s’agit d’un dispositif facile d’utilisation et sans effet secondaire qui devient une solution de remplacement vraiment intéressante aux produits pharmaceutiques», illustre l’étudiante.

Un «bloqueur de douleur» prometteur

Ariane Ballard

Crédit : Amélie Philibert

Inventé il y a une dizaine d’années par la pédiatre et chercheuse américaine Amy Baxter, qui voulait trouver un moyen de réduire la douleur pédiatrique liée aux aiguilles, le drug free pain blocker («bloqueur de douleur sans médicament») a été commercialisé à partir de 2009 et est aujourd’hui employé dans 5000 hôpitaux du pays. Le dispositif, auquel on peut aussi recourir chez les adultes, a été approuvé par la Food and Drug Administration des États-Unis. La professeure Le May a obtenu quelques unités du Buzzy pour les besoins de la recherche de Mme Ballard.

Même si elle ne croit pas que son doctorat sera terminé avant l’année 2019, Ariane Ballard compte publier des articles scientifiques lorsque l’étape de l’analyse des données sera suffisamment avancée. Son étude pourra faciliter l’homologation du dispositif au Canada.

Lorsqu’elle aura soutenu sa thèse, elle espère poursuivre sa carrière dans le milieu universitaire. En attendant, elle travaille sur différents projets de recherche et elle supervise l’application de son protocole de recherche en rendant visite aux infirmières engagées dans la cueillette des données. «J’y vais aussi souvent que possible. C’est toujours très émouvant de voir les enfants réagir positivement aux solutions qu’on leur offre», dit-elle.

Du côté de sa pratique clinique, la doctorante originaire de l’Abitibi-Témiscamingue effectue mensuellement des séjours de trois à quatre jours dans la ville de Meadowbank, au Nunavut. Une entreprise minière l’a embauchée afin de procéder à l’évaluation médicale des candidats aux postes ouverts à une mine d’or de la région.