20 futurs biologistes apprennent à nommer les arbres du Québec

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  • Le 29 septembre 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
«Devant vous se trouvait il y a quelques milliers d'années la mer de Champlain, qui a laissé derrière elle des sédiments qui ont favorisé une riche diversité végétale», explique le professeur Jacques Brisson.

«Devant vous se trouvait il y a quelques milliers d'années la mer de Champlain, qui a laissé derrière elle des sédiments qui ont favorisé une riche diversité végétale», explique le professeur Jacques Brisson.

Crédit : Mathieu-Robert Sauvé

En 5 secondes

Les étudiants du «Stage d’écologie forestière» étaient au parc national d’Oka pour leur sortie du 22 septembre dernier. On y trouve la quasi-totalité des variétés d’arbres du Québec.

«Que voyez-vous autour de vous?» demande le professeur Jacques Brisson à ses étudiants en sciences biologiques rassemblés dans une forêt du parc national d’Oka par cette magnifique journée ensoleillée de septembre.

La question semble banale. Nous sommes entourés d’érables majestueux et une ancienne cabane à sucre trahit la présence d’une activité humaine autrefois soutenue. Voilà justement l’indice que cherchait le botaniste, qui qualifie de «détective de la nature» le travail du biologiste.

Il explique: «Nous devrions être dans l’une des forêts les plus diversifiées du sud du Québec. Or, la forêt qui nous entoure est presque exclusivement constituée d’érables à sucre. Il y a de jeunes pousses, des adultes et de vieux arbres. Que s’est-il passé? On peut soupçonner que les acériculteurs ne sont pas étrangers à cette situation. Remontons un siècle en arrière. Quel arbre allez-vous couper pour faire bouillir votre sirop? Tous, sauf les érables à sucre… Une sélection artificielle qui va leur laisser toute la place.»

Les étudiants découvrent une forêt nettement plus variée quelques centaines de mètres plus loin, le long du sentier. On voit ici un bouleau blanc, là un frêne, un orme et plus loin un caryer cordiforme. Cet arbre de grande taille, plutôt rare au Québec, est en quelque sorte la signature des forêts matures du sud du territoire. On appelle «érablière à caryer» cette communauté forestière.

Le parc national d’Oka, à une soixantaine de kilomètres en amont de Montréal, offre une végétation exceptionnellement diverse, ce qui en faisait une destination de choix pour les étudiants inscrits au cours Stage d’écologie forestière (BIO 2703), durant lequel on explore aussi le mont Royal, la Station de biologie des Laurentides et le Haut-Saint-Laurent.

Au terme de ce cours, les étudiants auront appris à «reconnaître tous les arbres du Québec et les principales communautés forestières du Québec méridional». Et même si l’ambiance est détendue, il vaut mieux assimiler la matière. À l’examen final, les apprentis biologistes obtiennent un point par bonne réponse, mais en perdent un à chaque mauvaise réponse.

Moins de 50 espèces

La majorité des Québécois peuvent faire la différence entre un sapin et un pin, mais une infime proportion pourrait reconnaître et nommer les 46 à 49 espèces d’arbres de la province – qu’on trouve en quasi-totalité à Oka. Très caractéristique avec son écorce qui ressemble à du papier, le bouleau blanc peut avoir des airs de bouleau jaune en cours de croissance. Des étudiants ont d’ailleurs confondu les deux espèces pendant leur sortie du 22 septembre. Seriez-vous capable de le distinguer du bouleau gris ou du bouleau glanduleux?

Quant au peuplier, il est assez facile à désigner dans une forêt, mais s’agit-il du peuplier faux-tremble? du peuplier deltoïde, à grandes dents, baumier? Et qui sait repérer le tilleul d’Amérique au milieu d’une forêt? Les chênes recèlent aussi quelques pièges. Le gland du chêne rouge est celui qui a la forme la plus typique (dans le film d’animation L’ère de glace, il est l’objet de convoitise du petit écureuil). Mais comment savoir si l’on a devant soi un chêne bicolore, un chêne blanc ou un chêne à gros fruits?

En l’absence de glands, on doit recourir aux jumelles pour scruter le sommet de l’arbre. Parfois, c’est le sens tactile qui permettra de différencier les espèces; la feuille de l’orme rouge est rugueuse au toucher, alors que celle de l’orme d’Amérique est lisse. De façon exceptionnelle, il faut se servir de son odorat pour affirmer être en présence de jeunes bouleaux jaunes. Leur odeur les trahit. Ils sentent le… dentifrice.

Au début du trimestre, le professeur avait accueilli ses étudiants en leur disant que ce cours de un crédit serait «le plus utile de tout le bac». Pourquoi? Parce qu’ils auront à travailler au milieu des arbres pendant toute leur carrière. «Et l’on s’attend à ce que vous sachiez les discerner; il en va de votre crédibilité de biologistes!»

  • Les étudiants en sciences biologiques sont dans une érablière à caryer qui a subi des influences humaines subtiles qu'il faut savoir déchiffrer.

    Crédit : M-RS
  • La cupule du gland du chêne rouge (à droite) diffère de celle du chêne bicolore (à gauche).

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  • Le groupe a gravi le chemin du Calvaire d'Oka, où des édicules construits vers 1740 témoignent d'une ancienne occupation du territoire par les missionnaires venus d'Europe.

    Crédit : M-RS