«L’ange et le destin» ou la fascination des extrêmes

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  • Le 6 octobre 2017

  • Hélène Roulot-Ganzmann
Jean-François Rivest, Guillaume Levy et Mary-Elizabeth Brown.

Jean-François Rivest, Guillaume Levy et Mary-Elizabeth Brown.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Pour son retour à la direction de l’Orchestre de l’Université de Montréal, le chef Jean-François Rivest offre un programme riche et varié.

Jean-François Rivest est un chef heureux. Heureux de revenir à la direction artistique de l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM) après une année sabbatique. Heureux de préparer ce premier grand concert avec des étudiants que, pour la plupart, il ne connaissait pas il y a quelques semaines. Heureux de constater qu’ils ont la même fraîcheur, la même générosité que leurs prédécesseurs, cette même soif d’apprendre, de recevoir et de donner. Heureux enfin de leur offrir la possibilité de se produire sur la scène de la salle Claude-Champagne dans un répertoire que lui-même juge rempli de défis.

«Lorsque je prépare un concert avec les étudiants, je me mets plus dans la peau d’un professeur d’escalade que dans celle d’un chef d’orchestre, illustre-t-il. Je dois les amener à gravir une grosse montagne. Si je leur dis qu’on va monter le mont Royal, ça n’a rien de très stimulant. Ce concert, c’est un gros challenge. Il faut qu’ils y mettent tout leur cœur.»

Une science musicale inouïe

La pièce centrale du programme est le concerto pour violon À la mémoire d’un ange, d’Alban Berg. Une pièce sombre, écrite au cours de l’été 1935, alors que l’Allemagne vient de basculer dans le nazisme. Mais ce n’est pas tout. Alors qu’il a commencé à composer, Berg apprend la mort de Manon Gropius, qui souffrait de poliomyélite, à l’âge 18 ans seulement. C’est la fille de son amie Alma Mahler. Profondément secoué, il décide de dédier son concerto à la mémoire de cette jeune fille aimée de tous dans le petit milieu de la grande musique.

«C’est comme le rêve tourmenté d’un compositeur, raconte la violoniste Mary-Elizabeth Brown, gagnante du troisième prix du Concours de concerto 2016 de l’OUM et soliste dans cette pièce. Berg est au crépuscule de sa vie lui aussi. Il est choqué par la mort de cette jeune fille, mais sa propre fin le préoccupe. C’est comme un adieu au monde.»

Jean-François Rivest n’hésite pas quant à lui à qualifier cette œuvre de plus grand concerto du 20e siècle. Ses harmonies, son écriture, son orchestration, l’utilisation à la fois de la musique savante et de la musique plus populaire, les fugues, les canons, les crescendos: le chef parle de «science musicale inouïe».

«Berg nous livre une synthèse de toute la musique germanique de Bach jusqu’au 20e siècle», analyse-t-il.

Rachmaninov et Beethoven

Mary-Elizabeth Brown et Jean-François Rivest se connaissent bien, la première ayant mené son doctorat en interprétation sous la direction du deuxième. Elle apprécie le dialogue, la conversation qu’il rend possible et qui permet d’amener l’œuvre toujours plus loin. Pour Guillaume Levy, lauréat du deuxième prix du Concours de concerto 2017 de l’OUM, c’est en revanche une première collaboration avec le chef. C’est lui qui interprétera l’autre pièce au programme, le Concerto pour piano no 4 de Rachmaninov. Et il savoure cette occasion qui lui est offerte de jouer avec l’Orchestre, alors même que la vie de pianiste est d’ordinaire plus solitaire.

«Il s’agit du concerto le moins connu de Rachmaninov, même s’il est de plus en plus joué ces dernières années, indique-t-il. Il est ancré dans le romantisme, mais est également empreint de modernité. C’est une facette plus méconnue de l’artiste. Il y a un grand défi à le mettre en place avec l’Orchestre parce qu’il est tout en contretemps. Mais on ressent une telle énergie, une telle volonté. Ça donne envie de se surpasser.»

Outre ces deux pièces dont nombre de spectateurs feront la découverte, ce premier concert de la saison de l’OUM présente la Cinquième Symphonie de Beethoven. Un classique parmi les classiques.

«C’est tout simplement l’œuvre la plus jouée de tous les temps, affirme Jean-François Rivest. C’est le fun de faire découvrir au public un répertoire peu connu, mais c’est intéressant aussi pour les étudiants de se confronter aux plus grandes partitions. Nous avons là une œuvre si riche, si parfaite. Le défi est grand parce que si vous n’êtes pas aligné, ça paraît tout de suite.»

Ces trois chefs-d’œuvre plongeront chacun à leur façon le public de la salle Claude-Champagne dans les remous de l’existence. Dans un désespoir si profond que l’être ne peut ensuite que rebondir et gravir des sommets. Ces fameux sommets vers lesquels Jean-François Rivest s’est promis d’accompagner ses étudiants.

  • Crédit : Amélie Philibert

Informations

Concert L’ange et le destin, le samedi 14 octobre 2017 à 19 h 30 à la salle Claude-Champagne, 220, av. Vincent-D'Indy à Montréal. Billets: 12 $, entrée gratuite pour les étudiants. Billetterie Admission: 1 855 790-1245.