Exercices sur ballon, accouchement moins long!

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  • Le 13 octobre 2017

  • Marilou Garon
Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Selon une étude du Département de kinésiologie, les femmes enceintes qui suivent un programme d’entraînement avec ballon d’exercice voient leur temps d’accouchement diminué.

Si l’accouchement peut constituer le moment le plus magique dans la vie d’une femme, il peut aussi apparaître comme… le plus long. D’où l’intérêt de diminuer, dans la mesure du possible, à la fois sa durée et son intensité.

D’après une étude publiée dans le Journal of Strength and Conditioning Research par Danielle Fournier et Marie-Ève Mathieu, du Département de kinésiologie de l’Université de Montréal, l’une des clés pour y parvenir résiderait dans l’activité physique. Les chercheuses montrent en effet que la durée de l’accouchement serait réduite chez les femmes qui ont fait des exercices à l’aide d’un ballon pendant leur grossesse. Et le temps d’accouchement était moins long chez celles qui s’étaient entraînées le plus longtemps.

Danielle Fournier travaille auprès de femmes enceintes depuis 30 ans. Au cours des 10 dernières années, elle a mis au point un programme d’entraînement avec ballon d’exercice dans le but de préparer le corps des femmes à l’accouchement. Dans sa pratique, elle a pu constater de nettes différences chez les femmes qui s’exerçaient avec le ballon pendant la grossesse: accouchements plus rapides, moins de césariennes.

Plus d’entraînement, plus de résultats

Danielle Fournier

Afin de valider ces constats, les chercheuses ont noté les heures d’entraînement effectuées par 30 participantes inscrites à un programme prénatal d’exercices avec ballon. Des données telles que le type d’accouchement, la durée des différentes phases et l’utilisation ou non d’anesthésiants de même que des éléments relatifs à la santé globale des femmes et à leur niveau d’activité physique avant la grossesse ont également été pris en compte dans leur analyse.

Les futures mères étaient libres de suivre de 1 à 28 cours supervisés d’une durée de 90 minutes. Ces cours consistaient en une série d’exercices d’intensité cardiovasculaire de légère à moyenne effectués en position assise, debout et au sol, mais toujours à l’aide du ballon. Les femmes étaient aussi encouragées à refaire les exercices à la maison, sans toutefois devoir respecter un nombre de minutes ou une position particulière. Les participantes devaient simplement noter leur temps d’entraînement tout au long de l’étude.

Les résultats des chercheuses ont démontré un lien significatif entre le temps total d’entraînement et la durée de l’accouchement. Combinées, les phases de dilatation du col de l’utérus et de l’expulsion du bébé étaient plus courtes chez les mères qui s’étaient entraînées davantage. «Des recherches antérieures avaient déjà établi les bienfaits de l’activité physique pendant la grossesse et, plus précisément, les avantages de l’utilisation d’un ballon d’exercice. La question de la quantité d’exercices, cependant, demeurait floue», explique Marie-Ève Mathieu.

Elles ont également constaté que le temps total d’entraînement n’avait pas influencé de manière négative ni le poids du nouveau-né ni les résultats des tests Agpar auxquels il est soumis après la naissance. «C’était important de vérifier si les femmes risquaient d’accoucher trop rapidement à la suite d’un entraînement plus soutenu, dit Mme Mathieu. On ne savait pas s’il y avait une fréquence d’entraînement au-delà de laquelle les effets deviendraient négatifs.»

De l’importance de l’entraînement supervisé

Marie-Ève Mathieu

Crédit : Amélie Philibert

Quant au type d’entraînement, les résultats indiquent que l’entraînement suivi à l’intérieur d’un cours serait encore plus efficace que celui suivi à la maison. En effet, lorsqu’elles sont analysées séparément, ce sont les heures d’entraînement supervisées qui sont associées de manière notable à une diminution du temps de travail, plus particulièrement la phase qui mène à l’expulsion du bébé.

«La pratique guidée permet aux participantes d’aller dans des zones où elles n’iraient pas si elles étaient seules. La variété de mouvements demeure plus grande dans un cours», mentionne Mme Mathieu. Loin de ne préconiser que l’entraînement supervisé, la chercheuse suggère plutôt d’intégrer les deux types d’entraînement afin de trouver un équilibre.

Solliciter des muscles peu travaillés

Comment expliquer les mécanismes par lesquels les exercices avec ballon fonctionnent? Mme Mathieu avance plusieurs hypothèses. «Les mouvements de ce programme d’exercices sollicitent de façon directe l’ensemble des muscles de la ceinture pelvienne, une partie du corps peu entraînée chez la plupart des femmes. Ce n’est pas impossible que le fait d’améliorer la flexibilité dans cette zone augmente la capacité de relâchement du plancher pelvien.» Mme Fournier pour sa part précise que, «sur le ballon, on accroît la mobilité du bassin en créant des mouvements d’asymétrie. Cette flexibilité pourrait favoriser le passage de la tête du bébé au moment où elle s’engage dans le bassin».

Le résultat semble d’ailleurs encore plus probant chez les femmes qui en sont à leur première grossesse et qui n’auraient donc jamais sollicité ces muscles.

Des données d’intérêt pour la santé publique

Quatre-vingt-cinq pour cent des participantes de l’étude disaient faire de l’exercice avant la grossesse, un taux beaucoup plus élevé que la moyenne québécoise. Marie-Ève Mathieu croit que les résultats auraient été encore plus positifs si l’étude avait été réalisée auprès de femmes qui ne pratiquent aucune activité physique. «En entraînement, il y a un principe qui tient toujours la route: plus on a du chemin à faire, plus les gains sont importants au début. Soixante minutes d’activité physique additionnelles auront beaucoup plus d’effets sur une personne qui n’est pas en forme que sur un athlète.»

Mme Mathieu rappelle également qu’un accouchement plus long requiert davantage d’assistance de la part du personnel médical et qu’il augmente l’utilisation de la péridurale. À cet égard, 46 % des femmes de l’étude ont eu recours à la péridurale, un faible taux lorsqu’on le compare avec celui de 78 % obtenu dans d’autres études de population.

Quoique relativement marginaux au Québec, les programmes d’exercices avec ballon sont bien établis en Europe, notamment en Suisse, en France et en Belgique, où Danielle Fournier se rend régulièrement pour former des sages-femmes et des doulas (accompagnantes). D’après elle, les questions de mode n’épargnent pas le milieu de l’exercice périnatal. «Si la mode est aujourd’hui au yoga, il y a quelques années, c’était plutôt l’aquaforme. Mais n’oublions pas que, il y a 40 ans, le monde médical hésitait fortement à prescrire ces cours. Les médecins craignaient la rupture des membranes dans l’eau et les compagnies d’assurance, elles, craignaient les chutes sur le bord de la piscine!»