Le réchauffement climatique: un enjeu de santé publique mondial

Les cultures de bananiers ont été détruites, et la plupart des arbres sont défoliés et abîmés.

Les cultures de bananiers ont été détruites, et la plupart des arbres sont défoliés et abîmés.

Crédit : Médecins sans frontières

En 5 secondes

De retour d’une mission en Dominique pour MSF, le professeur Patrick Cloos milite en faveur de la prise en compte de la nature, et de ses changements, dans l’approche globale en santé publique.

Le 18 septembre dernier, l’ouragan Maria frappe violemment l’île de la Dominique, dans l’archipel des Antilles. Passant de force 3 à force 5 en quelques heures, il sème la dévastation et provoque la mort d’au moins 32 personnes (50 sont toujours portées disparues). Le lendemain, Patrick Cloos communique avec Médecins sans frontières (MSF) et offre ses services pour effectuer une évaluation médicosanitaire de l’île. Il y arrive par bateau cinq jours plus tard et ce qu’il voit le bouleverse…

C’est que le médecin et professeur de l’École de travail social de l’Université de Montréal connaît bien la Dominique, qu’on nomme «île de beauté et de splendeur»: il y a agi à titre de directeur des services de santé au ministère de la Santé de 2003 à 2005.

«La Dominique est une île de nature, avec ses montagnes et ses forêts pluviales, indique le Dr Cloos. Après le passage de Maria, la verdure a fait place à un paysage brunâtre, où pratiquement tous les arbres ont été abîmés et dépouillés de leurs feuilles.»

Dans les villes et les villages où il a pu aller avec l’équipe de Médecins sans frontières, il a observé qu’environ trois quarts des habitations ont vu leurs toits endommagés ou détruits. Des routes étaient coupées et des territoires isolés, le réseau électrique était devenu inopérant et la grande majorité des habitants n’avait plus accès à l’eau potable.

«Puisque les routes étaient toutes jonchées de débris, c’est par bateau que nous nous sommes rendus dans cinq des sept centres de santé principaux de l’île, raconte Patrick Cloos. Les trop fortes vagues nous ont empêchés d’en visiter deux du côté de l’Atlantique, mais nous avons pu constater qu’ils avaient tous tenu le coup et qu’ils étaient opérationnels, avec des stocks de médicaments suffisants pour un certain temps.»

Selon lui, le système de soins de santé primaires de la Dominique est de bonne qualité et les professionnels de la santé sont compétents, ce qui a permis de continuer à offrir des soins aux personnes malades ou blessées à la suite du passage de Maria. Et, heureusement, de nombreuses organisations internationales sont intervenues rapidement afin de fournir une aide aux services gouvernementaux et à la population dominiquaise.

Risque d’appauvrissement de la population

Patrick Cloos

Crédit : Amélie Philibert

L’accès à la nourriture et à l’eau potable était difficile, sinon impossible, les jours suivant l’ouragan. L’État a dû réquisitionner les denrées disponibles sur l’île pour assurer leur redistribution auprès des quelque 72 000 habitants que compte le pays.

Les réseaux de distribution d’eau, d’électricité et de communication sont à reconstruire. Pis encore, l’ouragan a «mis à terre» l’activité économique de la Dominique, qui repose principalement sur l’agriculture – l’industrie bananière est la plus importante –, le tourisme et les manufactures, dont certaines ont été réduites en miettes.

«C’est tout un pays qui a été balayé: les dommages structurels sont importants et ils prendront du temps à être réparés, ce qui risque d’aggraver la situation socioéconomique d’une partie de la population, dont 30 % vivait déjà sous le seuil de pauvreté», s’inquiète le spécialiste en socioanthropologie de la santé.

Qui plus est, la Dominique a vu des centaines de personnes quitter l’île avec leur famille pour permettre à leurs enfants de continuer à aller à l’école, puisque les établissements scolaires n’ont pas échappé aux forces des vents, qui ont atteint jusqu’à 300 km/h.

Réchauffement climatique: pour un rôle accru en santé publique

L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des ouragans, qui guette cette région du monde et qui serait causée par le réchauffement climatique, préoccupe particulièrement Patrick Cloos au même titre que les experts de la question.

«Nous sommes au début d’une période où les perturbations climatiques se feront sans doute de plus en plus sentir et toucheront de nombreuses populations, avec les risques d’épidémies et de migrations humaines qui s’en suivront», prévient-il.

À ce chapitre, il craint qu’un petit pays comme la Dominique, qui contribue peu aux changements climatiques, en subisse les conséquences de plein fouet.

Aussi juge-t-il qu’il devrait revenir aux dirigeants de la santé publique du monde entier de jouer un rôle de leader pour «rassembler les décideurs autour d’une approche intégrée» à la lumière des objectifs de développement durable des Nations unies.

«Il faut prendre en compte et mieux comprendre les interactions entre les activités humaines et l’état de la nature afin d’atténuer les effets de ces activités, notamment sur les changements climatiques qui, au bout du compte, risquent de se traduire par plus de pauvreté et d’inégalités sociales de santé», insiste Patrick Cloos.

Soutenant avec fermeté que «le savoir doit servir à agir pour la transformation sociale en vue d’un développement durable des sociétés», le professeur entend d’ailleurs retourner en Dominique au cours des prochains mois afin de jeter les bases d’un projet de recherche englobant les disciplines de la santé, des sciences sociales et de l’environnement.

«L’objectif est de s’inscrire dans la réflexion sur la manière dont la santé publique et les sciences sociales peuvent collaborer et se situer dans le contexte des changements climatiques pour limiter les effets des catastrophes sur les populations, ainsi que sur l’environnement», conclut celui qui est affilié au Laboratoire caribéen de sciences sociales et qui est membre d’un comité sur les investissements responsables à l’UdeM.

  • Le Jardin botanique de Roseau, la capitale de la Dominique, quelques jours après le passage de l’ouragan Maria.

    Crédit : Médecins sans frontières
  • Le réseau électrique de l’île est à refaire presque complètement.

    Crédit : Médecins sans frontières
  • À court d’eau potable, des résidents s’approvisionnent directement des sources.

    Crédit : Médecins sans frontières
  • Des Dominiquais transportent ce qu’ils ont pu récupérer des débris.

    Crédit : Médecins sans frontières
  • Des débris partis en mer ont échoué sur les plages.

    Crédit : Médecins sans frontières
  • Malgré la catastrophe, la fierté dominiquaise n’est pas ébranlée.

Pour faire un don

Patrick Cloos suggère aux personnes désireuses de faire un don pour venir en aide aux Dominiquais de s’adresser à l’Association culturelle Île Dominique de Montréal, aux numéros suivants: 514 484-4849 ou 514 833-9759.