Intelligence artificielle: pour un développement assujetti aux impératifs démocratiques

Le Forum sur le développement socialement responsable de l’intelligence artificielle réunira, les 2 et 3 novembre, des experts canadiens et américains de divers domaines.

Le Forum sur le développement socialement responsable de l’intelligence artificielle réunira, les 2 et 3 novembre, des experts canadiens et américains de divers domaines.

En 5 secondes

Les avancées en intelligence artificielle se répercuteront sur la vie des gens et il importe que ceux-ci aient un droit de regard sur le monde que cette technologie leur prépare.

Et si, dans quelques années, il appartenait à un robot d’effectuer un diagnostic médical, de décider d’accorder un prêt bancaire ou pas, ou encore de choisir ou de rejeter une candidature pour l’obtention d’un emploi… Sur quelle base et de quel droit donnera-t-on le pouvoir de décider de notre sort?

Tel est le type d’enjeu qui sera soulevé au Forum sur le développement socialement responsable de l’intelligence artificielle, qu’organise l’Université de Montréal les 2 et 3 novembre au Palais des congrès de Montréal, en partenariat avec les Fonds de recherche du Québec.

Pendant deux jours, des experts canadiens et américains de divers domaines – des sciences pures aux sciences humaines et sociales – débattront pour qu’une essentielle réflexion collective s’engage autour des grandes questions que suscitent les avancées en intelligence artificielle, principalement au chapitre de:

• la cybersécurité,

• la responsabilité juridique et sociale liée à ces progrès technologiques,

• la psychologie morale de l’intelligence artificielle,

• la façon dont y réagiront les systèmes démocratiques, tels le marché du travail, l’éducation, la santé, la justice et l’organisation des villes intelligentes.

Des innovations à baliser

Ce n’est pas la première fois que les sociétés font face à des innovations technologiques qui posent des questions éthiques fondamentales, qu’on pense à l’énergie nucléaire ou à la recherche en génétique et en génomique.

«Or, la spécificité de l’intelligence artificielle, c’est de nous placer devant des machines et des algorithmes qui sont de plus en plus capables de simuler l’intelligence humaine et de prendre des décisions pour lesquelles les humains n’ont pas le contrôle», mentionne Marc-Antoine Dilhac, professeur au Département de philosophie de l’UdeM, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éthique publique et membre du comité organisateur du Forum.

Ayant pour objectif de fixer des balises pour que le développement de l'intelligence artificielle soit à la fois responsable, vecteur de progrès social et garant de l'égalité entre les individus et d’une justice accessible à tous, la rencontre permettra d’aborder entre autres la notion de responsabilité.

«Qui sera responsable d’une bonne ou d’une mauvaise décision que prendra la machine? demande M. Dilhac. C’est une question majeure qui demeure en suspens, et nous devons encourager la participation de l’ensemble de la société aux délibérations qui découleront du Forum à cet égard afin que toutes les parties puissent s’entendre sur la direction à prendre.»

Le rôle des experts et éthiciens présents consistera à dégager les enjeux du développement de l’intelligence artificielle pour désigner les directions éthiques à prendre et éviter les pièges d’un développement non réfléchi sur les plans social et éthique.

Deux enjeux paraissent fondamentaux aux yeux des organisateurs du Forum. «Il nous faut amorcer une large discussion autour de l’éthique concernant l’avènement de l’intelligence artificielle, car elle aura des effets sur la vie des gens, et il faut que son développement soit soumis à des impératifs démocratiques, que les populations aient un droit de regard sur le monde qu’on leur prépare.»

Vers une déclaration sur l’éthique du développement de l’intelligence artificielle

Marc-Antoine Dilhac

Crédit : Amélie Philibert

Pour que cette large discussion puisse prendre forme au fil des mois à venir, le Forum sera aussi l’occasion de dévoiler la déclaration de Montréal pour un développement éthique de l'intelligence artificielle.

Sous la responsabilité de Christine Tappolet, professeure de philosophie à l’UdeM et directrice du Centre de recherche en éthique, un comité de travail interdisciplinaire – composé notamment des professeurs Yoshua Bengio et Pascale Lehoux – proposera des principes et des questionnements qui serviront de base à un processus réflexif à moyen et long terme.

«La déclaration sera un point de départ et restera ouverte, précise Marc-Antoine Dilhac. Nous commencerons un travail dont l’issue est à moyenne, voire à longue échéance, qui évoluera en fonction des innovations et des échanges, et ce, par le biais d’une plateforme et de groupes de recherche.»

De cette façon, les organisateurs estiment que la déclaration de Montréal aura une plus grande légitimité, puisqu’elle reposera sur des principes établis en concertation, alimentés par des experts ayant comme valeurs communes la transparence dans la recherche, la responsabilité à l’égard des innovations technologiques, de même que la promotion de l’universalité, du progrès social, des connaissances et du partage de celles-ci.

«Nous avons tous les ingrédients d’une véritable entreprise démocratique et d’encadrement éthique et, en ce sens, la déclaration aura une valeur consultative et publique qui permettra d’orienter les décideurs publics et politiques, conclut Marc-Antoine Dilhac. Nous souhaitons que la déclaration soit à l’origine d’un dialogue général qui se traduira sur les plans législatif, règlementaire et juridique, comme ce fut le cas pour la recherche en génétique ou en matière d’euthanasie.»