Des lunettes pour les sans-abris

  • Forum
  • Le 30 octobre 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
La clinique mobile Regard collectif souhaite offrir gratuitement des examens de la vue à plus de 350 sans-abris par an.

La clinique mobile Regard collectif souhaite offrir gratuitement des examens de la vue à plus de 350 sans-abris par an.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Une clinique mobile de l’École d’optométrie offre des soins gratuits aux sans-abris de la Maison du Père.

Martin, 41 ans, dort à la Maison du Père après avoir vécu dans la rue pendant plusieurs semaines à la suite d’une dépression majeure qui lui a tout fait perdre: emploi, maison, famille. Lorsqu’on lui a dit qu’il pouvait obtenir une consultation gratuite en optométrie, il a saisi l’occasion. «Je n’ai pas eu d’examen de la vue depuis au moins 10 ans», dit le diplômé universitaire qui porte de nouvelles lunettes remises gratuitement par l’École d’optométrie de l’Université de Montréal et sa clinique mobile Regard collectif.

Initiative du professeur Benoit Tousignant, cette clinique communautaire offre des consultations gratuites aux hommes de la Maison du Père depuis le mois d’août dernier. Deux fois par mois, une équipe composée d’un professionnel et de trois stagiaires quitte le sous-sol de l’école pour se rendre dans ce lieu d’hébergement du centre-ville (voir la vidéo), où elle aménage une clinique temporaire dotée de l’équipement requis pour effectuer des examens de la vue. «Nous nous sommes efforcés d’avoir en version mobile tout le matériel qu’il faut pour maintenir des standards de qualité d’examen comparables à ceux de la Clinique universitaire de la vision», mentionne le docteur en optométrie qui supervise les activités de Regard collectif.

Le jour de notre reportage, trois finissants du doctorat de premier cycle en optométrie, Andréanne Louwet, Danielle Richard et Pier-Alexandre Vallée, prenaient place dans la camionnette remplie d’instruments divers. «C’est une bonne expérience pour nous de travailler dans un milieu communautaire. Et nous sentons que nos interventions sont appréciées», commentera plus tard M. Vallée, qui estime que ce stage est nécessaire à la formation d’un optométriste appelé à travailler en milieu urbain.

Installée dans une pièce qui sert habituellement de salle de lecture, la clinique se monte en moins d’une heure afin qu’elle puisse accueillir dès 9 h 30 ses premiers patients.

La cataracte de Frédéric

L’examen permet de révéler les changements survenus dans la vision des patients, et ceux qui ont besoin de lunettes sont invités à revenir au prochain passage de la clinique afin de prendre possession de leurs montures, dont le coût est assuré dans la plupart des cas par la couverture d’aide sociale de l’usager. Mais l’examen peut aussi permettre de déceler des problèmes plus graves. «Quand je suis venu la dernière fois, ils m’ont dit que je souffrais de cataractes, confie Frédéric, 57 ans, qui a été dirigé vers une unité d’ophtalmologie à la suite de sa visite et qui attend d’être opéré. J’aurais pu perdre complètement la vue si je n’avais pas été examiné à temps.»

D’autres problèmes de vision peuvent être diagnostiqués à la clinique Regard collectif, par exemple la rétinopathie diabétique, le glaucome ou la dégénérescence maculaire.

«Les patients sont très heureux de recevoir ces services, commente le directeur général de la Maison du Père, François Boissy, qui se déclare enchanté de ce premier partenariat avec l’Université de Montréal. Pour eux, retrouver l’acuité visuelle signifie augmenter leurs chances de retrouver une vie normale.»

Voilà précisément ce que souligne Martin. «Si je désire trouver du travail ou retourner aux études, je dois forcément être capable de lire. La vue est un sens absolument essentiel dans le processus de réinsertion sociale», indique-t-il.

Regard collectif à la Maison du Père
En lecture:

Regard collectif à la Maison du Père

D’autres lieux d’hébergement

La clinique étendra ses interventions à d’autres lieux pour personnes en situation d’itinérance comme la Mission Bon Accueil, notamment. À terme, on pense tenir de 30 à 40 cliniques par année, ce qui représente de 350 à 400 patients examinés au total. «Les besoins sont nombreux, signale M. Tousignant. On compte quelque 12 000 sans-abris à Montréal, dont la plupart n’ont pas accès facilement à des soins oculovisuels.»

En plus de constituer un espace de formation pour les finissants de l’École d’optométrie, le milieu communautaire se prête à divers projets de recherche. On pense ainsi à des travaux pour brosser un tableau plus précis de la santé oculaire des sans-abris et pour cerner l’effet des interventions d’une telle clinique sur la réinsertion sociale des itinérants.

Le financement de cette activité est assuré par l’École d’optométrie et par la société Essilor. Exeko, Hydro-Québec et Centennial Optical y sont associés comme partenaires.

  • Étudiante à l’École d’optométrie, Danielle Richard a participé à la consultation gratuite offerte aux sans-abris de la Maison du Père.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Pier-Alexandre Vallée examine un patient à la Maison du Père.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Le matériel de la clinique mobile n’a rien à envier à celui dont disposent les cabinets professionnels.

    Crédit : Amélie Philibert
  • La société Essilor est l’un des partenaires de la clinique Regard collectif.

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  • Les bénévoles de l’École d’optométrie ont apporté le matériel nécessaire aux examens de la vue.

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  • Ce test de vision des couleurs permet de déceler le daltonisme. Il a été inventé il y a un siècle par Shinobu Ishihara.

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  • La clinique mobile se tient deux fois par mois dans une maison pour sans-abris de Montréal.

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  • Les patients peuvent choisir leur monture à l’issue de leur examen.

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  • Le professeur Benoit Tousignant met lui aussi la main à la pâte.

    Crédit : Amélie Philibert