Lili-Anna Pereša: «Nous devons tous partager cette utopie de vouloir changer le monde!»

Lili-Anna Pereša

Lili-Anna Pereša

Crédit : Olivier Hanigan

En 5 secondes

À l’occasion de la campagne Centraide à l’Université, rencontre avec la présidente et directrice générale de Centraide du Grand Montréal, Lili-Anna Pereša, diplômée de l’UdeM.

Bien que sa carrière se soit presque entièrement déroulée au sein d’organismes humanitaires et communautaires, la présidente et directrice générale de Centraide du Grand Montréal, Lili-Anna Pereša, se définit clairement comme ingénieure. «Je pense comme une ingénieure. Je suis une personne pragmatique, et j’aborde l’enjeu de l’exclusion sociale et de la pauvreté comme un problème pour lequel existent des solutions à plusieurs facettes», précise la diplômée en génie électrique de Polytechnique Montréal.

À l’époque où elle étudiait à l’école de génie, on trouvait peu de femmes dans les cohortes de finissants. «Être une minorité, quelle qu’elle soit, nous oblige à nous adapter à notre environnement. Ce fut le cas à Polytechnique en tant que femme, en Afrique en tant que Blanche et même à la petite école en raison de mon nom de famille peu commun dans un milieu exclusivement québécois de souche.»

Ce nom de famille, Pereša, elle le tient de son père croate, qui a fui le régime communiste de l’ex-Yougoslavie en 1958. Ce n’est qu’à l’adolescence qu’elle visitera pour la première fois le village natal paternel de Šajini, dans la presqu’île de l’Istrie. «Un voyage marquant. Il n’y avait ni eau courante ni téléphone, et l’électricité était intermittente. Ce fut un choc de constater que des personnes n’avaient pas accès aux mêmes commodités que moi.»

Au même moment, un enseignant lui fait découvrir l’Afrique et elle caresse le rêve de partir électrifier le continent. Les études de génie lui semblent donc parfaites pour allier les sciences avec son désir d’aide humanitaire. Après son baccalauréat, les projets humanitaires sont mis en veilleuse le temps d’un emploi chez Bell comme ingénieure électrique. Mais le drame de Polytechnique viendra la frapper de plein fouet. «Ça m’a réveillée, en quelque sorte. Je me suis questionnée sur le sens que je voulais donner à ma vie.» Le fruit de sa réflexion fut son départ en tant que volontaire au Malawi pour enseigner les sciences.

S’en est suivie une longue et impressionnante suite de mandats en coopération internationale, en travail humanitaire et en philanthropie: au Burkina Faso, au cœur du conflit armé en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, à la fondation One Drop, chez Amnesty International France, aux petits frères des Pauvres et au Y des femmes de Montréal.

Si Lili-Anna Pereša est revenue s’installer à Montréal après plusieurs missions à l’étranger, c’est notamment pour élever ses deux enfants. Selon elle, l’exemplarité compte pour beaucoup lorsque vient le temps d’éduquer ses enfants pour qu’ils deviennent engagés et fassent preuve de compassion. «J’ai fait du bénévolat avec eux pour qu’ils réalisent qu’ils avaient des privilèges que d’autres n’avaient pas. Et le nombre de fois que je leur ai dit, lorsqu’ils ne terminaient pas leurs assiettes, que des enfants ne mangeaient pas à leur faim…, se rappelle-t-elle en souriant. Les enfants reproduisent ce que nous faisons. Ils en sont conscients, lorsqu’on s’engage dans sa communauté, et ils en sont fiers. C’est difficile de le savoir quand ils sont petits, mais je crois que le message passe.»

La cause des petits est d’ailleurs l’un des champs d’action dans lequel Centraide investit le plus. «Il faut intervenir le plus tôt possible dans la vie des enfants pour briser le cycle de la pauvreté. Dans les quartiers défavorisés, un enfant sur trois n’est pas prêt à faire son entrée à la maternelle. Et quel facteur fait en sorte qu’un bébé va grandir en santé et devenir outillé pour l’école? Le diplôme d’études secondaires de sa mère.» Comme quoi tout est lié.

Autant la Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que toute personne possède des droits, autant elle stipule que toute personne a l’obligation de redonner à la communauté, à la mesure de son potentiel.

Lili-Anna Pereša plaide pour que les universités jouent un rôle dans la lutte contre les inégalités. «Un établissement comme l’Université de Montréal se doit de sensibiliser ses étudiants et ses employés aux enjeux de la communauté à laquelle ils appartiennent. Il se doit également de partager avec cette communauté tout ce bagage de connaissances qu’il enrichit. Par exemple, plusieurs étudiants effectuent des stages au sein d’organismes qui répondent aux besoins du quartier de Côte-des-Neiges, et je crois que ce type de formation devrait faire partie intégrante de tous les cursus.»

Est-ce épuisant, à la longue, de tout faire pour changer le monde? «Encore aujourd’hui, je crois sincèrement que chaque personne peut contribuer à faire bouger les choses, soit par de simples gestes quotidiens, soit par des actions plus ambitieuses. Ce qui est difficile, parfois, c’est de se sentir submergé par l’ampleur du défi. Mais j’espère que, en tant qu’êtres humains, nous partageons tous cette volonté de changer le monde!»

Contribuer à la campagne Centraide à l’UdeM.