Mathieu Jacques défend la cause de Raif Badawi dans un concours international de plaidoirie

  • Forum
  • Le 8 novembre 2017

  • Martin LaSalle
Crédit : Institut international des droits de l'Homme et de la paix (2idhp)

En 5 secondes

Diplômé en droit de l’UdeM, Me Mathieu Jacques a terminé 2e au concours de plaidoirie organisé par l’Institut international des droits de l’homme et de la paix, en défendant la cause de Raif Badawi.

C’était la troisième fois que Mathieu Jacques tentait de participer au concours de plaidoirie de Jérusalem, organisé depuis 2008 par l’Institut international des droits de l’homme et de la paix. Et cette fois fut la bonne: il a non seulement fait partie des finalistes – une première pour un Québécois –, mais il a remporté le deuxième prix en plaidant la cause du blogueur saoudien Raif Badawi.

Diplômé de la Faculté de droit de l’Université de Montréal et titulaire d’une maîtrise en droit comparé de l’Université McGill, MJacques s’est aussi classé premier parmi les participants francophones de ce concours prestigieux, qui a eu lieu le 22 octobre à l’Université Al-Quds de Jérusalem. Huit finalistes – quatre arabophones et autant de francophones – ont plaidé une cause liée aux droits de l’homme devant un auditoire de 300 personnes.

L’une des particularités du concours de plaidoirie de Jérusalem est que les exposés sont traduits en arabe, «ce qui permet un plus grand rayonnement des causes que nous défendons et favorise les discussions, indique l’avocat. Et nos plaidoyers ont suscité des débats houleux chez les dignitaires français et palestiniens, qui ont délibéré pendant une heure avant de choisir les gagnants».

Raif Badawi: un cas «emblématique et horrible»

Âgé de 30 ans et avocat depuis 2012, Mathieu Jacques se passionne pour tout ce qui est de l’ordre de la relation d’aide. Ce n’est pas un hasard s’il s’est spécialisé dans les litiges relatifs aux secteurs du logement, du travail et de la famille. Et la défense des droits de l’homme est précisément ce qui l’a incité à prendre part au concours.

«Il y a des similitudes entre le fait de défendre un locataire qui bénéficie de l’aide juridique et celui de défendre une victime dont les droits sont bafoués, dit-il. Et, comme bien des gens, j’ai été touché par le témoignage d’Ensaf Haidar, la femme de Raif Badawi, à son passage à l’émission Tout le monde en parle. J’ai alors décidé que mon plaidoyer porterait sur M. Badawi.»

Pour MJacques, le drame vécu par Raif Badawi «est un cas à la fois emblématique et horrible: il a été condamné par l’État saoudien à 10 ans de prison, à 1000 coups de fouet et à une amende de 260 000 $ US pour avoir tenu sur son blogue des propos modérés en faveur d’une plus grande tolérance envers les chrétiens saoudiens, qui sont ostracisés dans ce pays».

Après avoir élaboré son projet de plaidoyer, il l’a soumis à l’Institut international des droits de l’homme et de la paix, situé à Caen, en France. L’organisme a sélectionné le candidat pour son éloquence, son originalité, sa prestance et la structure de sa plaidoirie.

D’une durée de 10 minutes, le plaidoyer de MJacques consistait essentiellement à confronter l’Arabie saoudite à ses obligations internationales. «J’ai surtout mis le pays face à ses propres contradictions: comment peut-il avoir ratifié la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et se dire moderniste et, en même temps, condamner un homme à 1000 coups de fouet? expose-t-il. Il faut aussi savoir que l’Arabie saoudite est l’un des rares pays à ne pas avoir signé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté en 1966 par l’Assemblée générale des Nations unies.»

Pour Mathieu Jacques, il est «difficile d’être optimiste pour Raif Badawi, mais on ne doit pas être apathique. Le gouvernement canadien n’est pas dans une position facile parce que M. Badawi n’est pas canadien et parce que l’Arabie saoudite est un acteur clé dans cette région du monde; on marche sur des œufs quand on la critique».

Néanmoins, il juge que le Canada ne doit pas se taire. «À quoi sert de signer la Déclaration des droits de l’homme si c’est pour ne plus en parler par la suite? demande-t-il. Il est ironique d’avoir des principes et de ne rien dire si l’intérêt national est en cause.»

Un parcours universitaire international

Mathieu Jacques a grandement apprécié l’expérience qu’il a vécue au concours de plaidoirie de Jérusalem. «En plus d’être très formateur, ce voyage a élargi mes perspectives: nous avons visité Naplouse, Bethléem, rencontré des fermiers palestiniens et des organismes qui militent en matière des droits de l’homme. Nous étions au cœur du conflit israélo-palestinien et plaider une cause touchant aux droits de la personne dans ce contexte est vraiment particulier», témoigne celui qui parle couramment six langues. 

Il se dit en outre très reconnaissant de la possibilité que l’Université de Montréal lui a donnée d’internationaliser son baccalauréat.

«C’est grâce à l’UdeM si j’ai un cursus international aussi diversifié: j’ai eu la chance de pouvoir étudier dans cinq pays, soit la Chine, la France, la Russie, la Finlande et, bien sûr, le Canada. J’ai ainsi pu acquérir un bagage solide qui a influencé le reste de mon parcours universitaire ainsi que ma carrière», conclut MJacques, qui n’a mis que deux ans et demi pour terminer ses études de premier cycle en droit!

  • Ensaf Haidar, la femme de Raif Badawi réfugiée au Québec avec ses trois enfants, lutte pour faire libérer son mari.

    Crédit : theferret.scot