Kent Nagano à la barre de l’Orchestre de l’Université de Montréal

Kent Nagano

Kent Nagano

Crédit : OSM

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Kent Nagano dirige l’Orchestre de l’Université de Montréal dans un programme qui souligne les 500 ans de la réforme de Martin Luther.

Le samedi 9 décembre prochain, c’est nul autre que Kent Nagano, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), qui dirigera l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM). Une première pour le chef de renommée mondiale, ainsi que pour la formation composée d’étudiants de la Faculté de musique de l’UdeM.

«Tous les chefs que je connais et respecte sont conscients du privilège que nous avons de diriger des ensembles issus d’une si grande tradition. Il en va de notre responsabilité de transmettre cette tradition à la prochaine génération», précise M. Nagano, qui tenait à diriger l’OUM avant la fin de son mandat à l’OSM, en 2020.

Pour le chef et fondateur de l’OUM, Jean-François Rivest, cette rencontre entre ses étudiants et Kent Nagano représente une occasion dont il se réjouit. «L’OUM n’est pas tant mon orchestre qu’un être musical autonome. Les étudiants devront évidemment s’habituer au chef, comprendre sa gestuelle, mais nos étudiants jouent déjà au sein d’autres orchestres. Ils possèdent ainsi une grande capacité d’adaptation.»

Ayant lui-même travaillé avec Kent Nagano pendant plusieurs années, M. Rivest est en mesure de prévoir la direction que prendra le maestro avec les jeunes musiciens. «Nous avons eu plusieurs discussions au sujet de ce concert. Nous avons abordé autant des questions plus artistiques que d’autres plus pragmatiques comme l’emplacement des musiciens, alors j’ai une très bonne idée de ce qu’il va demander à l’Orchestre.»

Ce qui est plus difficile à deviner, et c’est là toute la beauté de la rencontre, c’est la relation qui prendra forme entre le chef et l’OUM. «C’est quelque chose de très fort, voire d’indicible, cette relation, explique Jean-François Rivest. Ce qui est merveilleux avec un orchestre, c’est que l’énergie qu’il dégage dépasse la somme de l’énergie de chacun de ses musiciens. On se laisse emporter, c’est comme une émeute, mais positive!»

Oser l’inconfort

Kent Nagano est bien placé pour comprendre ce que peut ressentir un jeune musicien devant un maître de renom. Encore aujourd’hui, il recherche les commentaires de ses confrères au sujet de son art. «Les vrais maîtres sont très critiques. Ce n’est pas toujours agréable d’être ainsi exposé, mais comment peut-on grandir comme artiste sans une part d’inconfort?»

D’ailleurs, le maestro n’hésite nullement à présenter au public des œuvres qu’on pourrait qualifier, de prime abord, d’«inconfortables». «Nous avons la chance à Montréal d’avoir un public composé d’amateurs très sensibles et aguerris. Il faut faire attention de ne pas le sous-estimer. Ce qui est prioritaire, c’est la qualité de l’exécution. Ensuite, ne pas faire de compromis uniquement dans le but de plaire.»

L’influence de Martin Luther 500 ans plus tard

Jean-François Rivest

Crédit : Amélie Philibert

C’est Kent Nagano qui a proposé à Jean-François Rivest l’idée d’un programme musical autour de la réforme de Martin Luther. «C’est à la fois génial et unique, ce qu’a fait Martin Luther, raconte M. Rivest. Il a inventé une religion où de brèves mélodies – les chorals – permettent aux fidèles de s’identifier aux concepts de ce nouveau système de croyances. Lorsqu’un luthérien entend un choral x, il sait que ça correspond au concept x dans le paysage œcuménique et spirituel.»

Maestro Nagano rappelle que la Réforme était aussi une insurrection contre la corruption au sein de l’Église de l’époque, ce thème de la corruption étant toujours d’actualité 500 ans plus tard.

Malgré le soin et la réflexion mis dans la création du programme, Kent Nagano ne croit pas qu’il est nécessaire d’en parler outre mesure. «La musique parle d’elle-même», souligne-t-il. L’attitude du chef reflète son rejet d’un certain paternalisme envers le public. «Je n’aime pas quand un serveur me décrit en détail le contenu de mon plat. J’aime encore moins lorsqu’il me dit “Je suis certain que vous allez aimer, c’est l’un de mes préférés”. Je n’ai pas besoin de tout ça… C’est à moi de goûter! C’est la même chose avec la musique: le programme musical est là pour que le public puisse l’écouter et décider par lui-même ce qu’il en pense.»

Messiaen, Bach et Mendelssohn

Ce concert hommage à la Réforme débutera par une œuvre d’Olivier Messiaen, un compositeur français… catholique. «Messiaen, c’est une espèce de faille spatiotemporelle. Avec lui, le temps s’arrête et on est obligé de faire taire l’agitation intérieure. C’est complètement méditatif comme œuvre et, dans ce sens, c’est profondément spirituel», mentionne Jean-François Rivest. Sans oublier que l’un des plus grands spécialistes de Messiaen dans le monde, c’est précisément Kent Nagano. Tant pour le public que pour les musiciens de l’OUM, Messiaen sous sa baguette promet d’être une expérience unique.

Suivra la musique du compositeur allemand Jean-Sébastien Bach, que M. Rivest qualifie de «plus grand luthérien». Le concert prendra fin avec la Symphonie no 5 «Réformation», de Felix Mendelssohn, compositeur allemand juif converti au protestantisme. L’œuvre s'achève d’ailleurs par le plus connu des chorals luthériens, Ein feste Burg.

Si la spiritualité est au cœur du concert de l’OUM que dirigera Kent Nagano, on trouve aussi des éléments de spiritualité dans la manière dont le maître aborde ses relations avec les musiciens de la prochaine génération. «Nous sommes tous limités par le temps que nous passons ici, sur terre, dit-il. Qu’on le veuille ou non, le temps passe, de nouveaux concepts apparaissent et des techniques novatrices remplacent les anciennes. Il faut absolument se confronter à ce futur si l’on veut demeurer pertinent. Sans quoi, c’est le futur qui va nous laisser derrière.»

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