Michel Chrétien: «Il faut défendre la recherche et la liberté de la recherche»

Michel Chrétien a consacré sa carrière aux sciences biomédicales.

Michel Chrétien a consacré sa carrière aux sciences biomédicales.

Crédit : Amélie Philibert

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Le Dr Michel Chrétien, professeur émérite de la Faculté de médecine de l'UdeM, évoque l’histoire et l’avenir de la recherche biomédicale, alors que l’IRCM célèbre son 50e anniversaire.

Le Dr Michel Chrétien connaît l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) comme sa poche. Et pour cause. Voilà près d’un demi-siècle qu’il en arpente les couloirs! C’est en 1967, alors jeune chercheur, qu’il décide de rejoindre les rangs du tout jeune institut de recherche déjà affilié à l’Université de Montréal et fondé depuis peu par le Dr Jacques Genest, son professeur à l’UdeM. Une poignée d’autres chercheurs de l’Université le suivent alors: Roger Boucher, André Barbeau et Jean Davignon notamment.

Le fondateur de l’IRCM a choisi de privilégier une approche axée sur la recherche translationnelle, c’est-à-dire la recherche biologique fondamentale mise au service de la pratique en clinique. Michel Chrétien raconte que son ancien professeur avait été inspiré par les façons de faire du célèbre Rockefeller Institute for Medical Research, à New York, où il avait effectué un séjour d’études dans les années 40. Une expérience qui lui a ouvert les yeux sur les déficiences de l’enseignement des sciences biomédicales au Québec et sur les lacunes de l’organisation de la recherche médicale dans les universités de langue française. Pour redresser la situation, l’adoption d’une approche arrimant la recherche fondamentale à la pratique de la médecine lui paraissait être la voie à suivre.

Le Dr Chrétien est aujourd’hui persuadé que l’idée était bonne. «En adaptant les principes de base qui ont permis au Rockefeller Institute for Medical Research d’obtenir autant de succès, l’IRCM a réalisé de nombreuses avancées dans le traitement de l’hypertension et de l’hypercholestérolémie, mais aussi du cancer et du sida, et en matière de neurosciences, affirme-t-il. En regroupant dans un même lieu des chercheurs fondamentalistes et des cliniciens, le Dr Genest a favorisé les contacts entre eux et donc l’interaction sur le plan des connaissances.»

Autonomie de la recherche

Le chercheur aujourd’hui âgé de 81 ans est une figure incontournable de l’IRCM. Il y a en effet exercé les fonctions de directeur de laboratoire pendant plusieurs années avant d’en tenir les rênes durant 10 ans, puis il est redevenu directeur de laboratoire et y a ensuite travaillé à titre de professeur invité. Sous sa direction, le champ scientifique de l’institut de l’avenue des Pins ainsi que l’orientation vers de nouveaux secteurs de pointe ont été élargis.

Le professeur émérite de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, qui vient tout juste de faire son entrée dans Le Petit Larousse illustré, exprime son attachement à la liberté des chercheurs. «À l’IRCM, on prône l’indépendance de la recherche. L’autonomie est un droit absolu: chaque directeur de laboratoire est le patron de son unité et est entièrement responsable de la recherche qui y est effectuée. En effet, nous sommes convaincus que le rendement de la recherche est proportionnel à la liberté des gens qui la font.» Il souligne d’ailleurs que les chercheurs, à qui l’on fournit des installations performantes, sont recrutés pour leur potentiel de réussite et ont aussi la responsabilité de décrocher des subventions pour financer leurs travaux. 

Assurer la pérennité de la recherche biomédicale

Pour assurer la pérennité de la recherche translationnelle, l’endocrinologue indique qu’il faudra continuer à appliquer les principes qui lui ont permis de prendre son essor. «Il faut défendre la recherche ainsi que la liberté de la recherche. Or, ce concept n’est pas toujours facile à promouvoir, car d’une certaine façon, c’est une sorte de chèque en blanc donné aux chercheurs, mentionne-t-il. Les autorités qui financent la recherche doivent donc voir ces subventions comme un investissement à long terme. Il faut se souvenir que les entreprises qui investissent en recherche et développement en récoltent les fruits. C’est la même chose ici.»

Le Dr Chrétien rappelle toutefois que la recherche ne se programme pas et qu’on ne peut pas en prévoir les résultats. «Il y a beaucoup de sérendipité dans ce domaine. En tant que chercheurs, nous pouvons nous glorifier de nos résultats, mais n’oublions pas que dans 90 % des cas, la découverte repose non seulement sur le talent, mais aussi sur une part d’intuition.»

L’IRCM en quelques chiffres

  • 34 directeurs de laboratoire
  • 277 étudiants (stages, maîtrise, doctorat) et stagiaires doctoraux en formation en date du 31 mars 2017
  • Cinq axes de recherche: biologie intégrative des systèmes et chimie médicinale, cancer et maladies génétiques, immunité et infections virales, maladies cardiovasculaires et métaboliques et neurobiologie et développement
  • 5 cliniques spécialisées: cholestérol, diabète, hypertension, dyslipidémie héréditaire et immunodéficience primaire
  • 5700 patients et 13 130 visites de patients (du 1er avril 2016 au 31 mars 2017)