Le recteur répond aux questions de la communauté

Pour Guy Breton, «être au courant de ce que les gens pensent permet de mieux représenter, défendre et faire progresser l’Université».

Pour Guy Breton, «être au courant de ce que les gens pensent permet de mieux représenter, défendre et faire progresser l’Université».

Crédit : Leslie Schachter

En 5 secondes

Le recteur Guy Breton répond aux questions posées par la communauté universitaire à la suite de sa déclaration annuelle.

En conclusion de son allocution annuelle, le recteur Guy Breton avait invité les membres de la communauté universitaire à lui faire part de leurs interrogations et préoccupations. Une quarantaine de questions lui auront été posées en quelques semaines sur des sujets aussi variés que le statut de la recherche à l’UdeM, les conditions de travail à l’Université ou bien encore la transformation institutionnelle. Il a accordé une entrevue à UdeMNouvelles afin d’y répondre.

À la suite de votre déclaration annuelle, vous avez invité les membres de la communauté à vous poser des questions. Quel est, pour vous, l’intérêt de ce genre d’exercice?

Je pense que, dans mes fonctions, avant de parler il faut écouter. Être au courant de ce que les gens pensent me permet de mieux représenter, défendre et faire progresser l’Université. La collégialité passe par cette capacité de discuter avec tous pour faire les bons choix et aller plus loin.

L’UdeM vient de se hisser parmi les meilleurs employeurs au Canada. Des employés vous interpellent cependant au sujet de la conciliation travail-famille, notamment sur le télétravail et les horaires adaptés. Que peut faire l’Université pour la favoriser?

C’est un sujet très important pour nous. Heureusement, la technologie facilite aujourd’hui grandement le travail délocalisé, en particulier dans un environnement comme le nôtre. Il faut cependant être conscient de la diversité des emplois à l’Université – il y a plus de 1000 fonctions répertoriées à la Direction des ressources humaines! Un employé des Services d’entretien des immeubles ne peut évidemment pas faire de télétravail. À l’inverse, quelqu’un qui monte des dossiers ou prépare des demandes de subvention peut effectuer une partie de ses tâches sous cette forme. Devant une telle variété de professions et de métiers, il est impossible pour l’Université d’appliquer une règle à l’ensemble de ses campus. Il faut s’en remettre au bon jugement des gestionnaires. Et je fais totalement confiance à nos équipes de gestion pour que chaque responsable d’unité démontre une ouverture quand un employé lui demande d’assouplir son horaire.

Plusieurs questions concernent le statut de la recherche et des employés de soutien affectés à la recherche. Nombre d’entre eux soulignent les différences qui existent entre leurs conditions d’emploi et celles du personnel régulier. Comment les expliquer?

Nous sommes actuellement en période de négociations avec les employés de la recherche, je ne traiterai donc pas de relations de travail en entrevue. Cela étant dit, je crois qu’il faut bien comprendre que le personnel de la recherche travaille en soutien à des projets qui ont un début et une fin. Ces projets sont financés par des organismes subventionnaires: ce sont nos professeurs qui reçoivent le financement et ce sont eux qui engagent du personnel. Aucun de ces projets n’étant pérenne, on ne peut donc pas trouver la sécurité d’emploi qui existe pour le personnel rémunéré sur fonds courants. Ce qui n’empêche pas que certains employés de la recherche travaillent à l’UdeM depuis 25 ans! Peut-on faire mieux? Nous sommes en négociations et allons donc regarder comment nous pouvons améliorer cette situation.

Des membres de la communauté déplorent les effets du sous-financement universitaire et des compressions, par exemple sur l’offre de programmes à Longueuil ou encore sur l’état des infrastructures. Comment l’UdeM peut-elle être alors fidèle à sa mission?

C’est un fait, nous sommes moins financés que dans le reste du Canada: nous dépensons chaque année 30 000 $ par étudiant, enseignement et recherche confondus, contre 60 000 $ à l’Université de la Colombie-Britannique. Le problème, c’est que nous sommes bons et que ça ne paraît pas trop: avec moins de ressources, nous obtenons des résultats comparables, voire supérieurs, aux autres universités et nous nous maintenons dans le un pour cent des meilleurs établissements du monde. Le sous-financement chronique nous oblige à faire des choix judicieux, à être créatifs, à «trouver des trucs»: la créativité, combinée avec le talent et la passion des gens, permet de faire des choses formidables. Mais ça ne peut pas durer éternellement. Et je suis attristé de voir que je ne peux pas soutenir nos professeurs et nos étudiants autant que je le voudrais parce que l’État ne nous soutient pas à la hauteur de ce qui existe dans les autres provinces.

Vous invitiez d’ailleurs la communauté de l’UdeM, dans votre déclaration, à alerter l’opinion sur cette situation.

Tout à fait. Je pense que chaque membre de la communauté peut avoir un effet multiplicateur sur ce que je dis en expliquant à son voisin, son grand-père ou sa députée que nous souffrons de sous-financement, que nous réussissons bien mais que c’est difficile. Chacun peut aider la cause en illustrant les succès mais aussi les contraintes que nous avons. La promotion de l’éducation est le combat de tous.

Comment envisagez-vous l’avenir à ce sujet?

Je suis un homme optimiste, mais j’attends une confirmation des signaux. Je ne peux pas dire qu’au moment où je vous parle j’ai des signes clairs que le financement sera au rendez-vous. Mais on ne parle pas ici de quelque chose d’inatteignable. Si, au Québec, la subvention des universités était majorée de un milliard de dollars, nous rejoindrions la moyenne canadienne. Ce milliard représente un pour cent du budget du gouvernement du Québec. Je crois que c’est un objectif raisonnable sur quelques années.

L’avenir, pour l’UdeM, c’est aussi le campus MIL, qui doit accueillir ses premiers étudiants à l’automne 2019. Un employé demande si la rampe d’accès qui reliera la station de métro Acadie au campus verra bien le jour. Comment ce chantier se porte-il?

Il va très bien! Les échéanciers et les budgets sont respectés, les bâtiments sont sur le point d’être fermés, ce qui permettra aux employés d’y travailler cet hiver. Il n’y a que de bonnes nouvelles au sujet de ce projet, qui est, rappelons-le, le plus grand chantier en matière de recherche et d’enseignement au Canada. Je vous confirme qu’au 1050, avenue Beaumont les travaux sont en route de façon que la rampe d’accès soit accessible à la fin de 2018, ce qui facilitera le passage entre la station Acadie et le campus. Cet aménagement, je le redis car la question m’a été posée, n’entraîne aucun coût pour l’Université, puisqu’une réserve budgétaire est prévue à cet effet dans le plan de viabilisation du site Outremont, financé par les trois ordres de gouvernement.

Une question concerne l’aménagement d’un bâtiment au 1000, avenue Beaumont destiné à accueillir des employés qui travaillent actuellement au 7077, avenue du Parc. Ce projet se réalisera-t-il?

Nous sommes actuellement en discussion avec le gouvernement pour savoir comment nous allons prendre en charge le personnel de l’avenue du Parc, où les locaux sont loués, et comment nous pourrions les reloger au 1000, avenue Beaumont, qui pourrait effectivement accueillir un nouveau bâtiment.

Que souhaitez-vous dire à ceux qui travailleront et étudieront sur le nouveau campus?

Qu’ils vont faire des jaloux, car ce campus sera extraordinairement beau, bien pensé, moderne, agréable, écologique, ouvert! Beaucoup vont l’envier. C’est pour cette raison que nous commencerons, dès 2018, à planifier les mises à niveau des bâtiments qui n’abriteront plus certaines des unités, à savoir les pavillons Roger-Gaudry et Marie-Victorin. Tout le secteur de la santé, actuellement situé sur l’avenue du Parc, pourra ainsi réintégrer le pavillon Roger-Gaudry.

En parlant d’infrastructure, vous confirmiez, dans votre allocution, l’ouverture prochaine du tunnel de la rampe…

J’ai été étonné de ne recevoir aucune question à ce sujet! L’accès au tunnel devrait pouvoir se faire dans les jours qui viennent. Et vous allez voir, c’est merveilleusement beau.

Plusieurs questions concernent la transformation institutionnelle. Comment ce chantier progresse-t-il?

C’est un projet qui avance bien parce que je crois qu’un nombre croissant de personnes se rendent compte qu’elles peuvent avoir des idées à partager et faire bouger les choses à l’Université. Que ce n’est pas juste la haute direction qui décide, mais qu’elles-mêmes peuvent réfléchir sur différentes thématiques, de nature administrative ou relatives à l’enseignement et à la recherche. Plus de 200 personnes travaillent en groupe pour faire évoluer l’Université. La transformation institutionnelle n’est pas un exercice de déconstruction-reconstruction. C’est un exercice d’impulsion pour faire avancer de petites, moyennes et grandes choses qui touchent tout le monde, autant les étudiants que les employés de tous les secteurs.

Certains s’interrogent sur l’esprit de ce projet et se demandent comment on peut «transcender les frontières» alors que l’Université est un environnement fragmenté et hiérarchisé. Que leur répondez-vous?

Notre environnement est peut-être fragmenté, mais nous avons des projets communs. Comme le développement durable. Pour qu’il devienne réalité, il faut que les gens se sentent à l’aise de collaborer avec d’autres ailleurs sur les campus. C’est en travaillant ensemble, et en faisant la démonstration qu’il est possible de travailler ensemble par-delà nos frontières administratives et disciplinaires, que la transformation institutionnelle va devenir, bien au-delà d’un mot, une réalité culturelle. Elle est déjà une réalité, par exemple dans le travail que nous effectuons collectivement, sous la responsabilité des vice-rectrices Louise Béliveau et Marie-Josée Hébert, sur les thématiques transversales. Ou encore dans l’intégration de l’Association des diplômés afin de nous rapprocher de nos anciens.

Pour terminer, les sujets abordés par les membres de la communauté dans leurs questions vous ont-ils surpris?

Ce sont les grands sujets qui touchent actuellement notre université. Ce que je peux dire, c’est que ces questions confirment la nécessité d’être à l’écoute, de faciliter les échanges pour pouvoir, quand c’est possible, influencer les choix et les priorités, mobiliser des équipes, pour que nous soyons demain mieux que ce que nous étions hier.

Cinq questions adressées au recteur

Q. En tant que père de famille, je pense que la première chose que l'Université doit à ses étudiants est la sécurité. Ne serait-il pas opportun d’accorder la priorité à la sécurité dans le plan de transformation institutionnelle?

R. La question de la sécurité est centrale sur un campus qui accueille chaque jour une population équivalente à celle d’une ville. L’Université est en train de mettre la dernière main à un processus, lancé il y a plus d’un an, pour acquérir un système d’alerte de masse en cas d’urgence majeure. Ce système tiendra compte des derniers développements technologiques en ces matières, mais aussi de la géographie particulière de notre campus de la montagne et de nos campus satellites. 

Q. En quoi consistera concrètement le passage au numérique dont vous avez fait mention? Des ressources seront-elles allouées à cette transition?

R. L'évolution numérique bouleverse les pratiques de la communauté universitaire. L'Université de Montréal a décidé de profiter de ces bouleversements pour se doter, en avril dernier, d’une stratégie numérique. Cette stratégie est axée sur l’usager et vise notamment à diminuer les écarts de ressources numériques observés entre les unités. Côté ressources, justement, des fonds ont été réservés pour soutenir les Technologies de l’information, les TI, et ce, même en période de restrictions: le budget 2017-2018, adopté au printemps dernier, accordait 4,5 M$ supplémentaires au financement des projets TI et à la restructuration du service. Pour moi, il ne fait aucun doute que nous nous dirigeons vers un campus numérique, qui sera l’un des visages les plus tangibles de la transformation institutionnelle en cours.

Q. La campagne de financement de l’UdeM aura permis d’amasser plus de 600 M$… c’est inespéré! N’est-il pas possible de consacrer ne serait-ce qu’une partie de cette somme à consolider les équipes de recherche?

R. Les dons, tout comme les subventions de recherche, sont attribués selon des modalités précises et leur allocation est limitée dans le temps. Cela dit, l’Université de Montréal déploie d’importants efforts pour financer la recherche et pérenniser ce financement dans la mesure du possible. D’abord en engageant des chercheurs de renom qui se verront accorder des subventions par des organismes. Mais aussi à travers des campagnes philanthropiques: 58 % de tous les fonds récoltés au cours de notre grande campagne visent à financer la recherche – nettement plus que l’objectif de 35 %. Nos donateurs auront soutenu financièrement 333 projets de recherche, à hauteur de près de 200 M$.

Q. L'opinion des étudiants sur les différents projets ou au sujet de leur domaine d'études est-elle recueillie de manière continue? Ils sont créatifs et conscients de plusieurs enjeux qui préoccupent la société!

R. Il y a deux principaux mécanismes d’enquête auprès de nos étudiants. Le premier, c’est bien entendu tout le processus d’évaluation de l’enseignement et des programmes: dans ce cas, nos étudiants sont sondés sur leur satisfaction aussi bien quant au contenu des cours qu’à l’encadrement, au développement de leurs compétences ou encore aux ressources allouées à leur formation. L’autre mécanisme de consultation est pancanadien, voire panaméricain: il s’agit de la National Survey of Student Engagement pour les étudiants de premier cycle et de l’Enquête canadienne auprès des étudiants à la maîtrise et au doctorat. Ces deux enquêtes permettent aux établissements non seulement de connaître l’appréciation des étudiants relativement à leur expérience d’études, mais aussi de se situer dans le paysage universitaire canadien, ce qui facilite la prise de décision. Pour ce qui est de la position des étudiants sur les projets de l’UdeM, nous avons de très bonnes relations avec les représentants étudiants, ils siègent à plusieurs instances et notre porte est toujours ouverte pour entendre leur vision des choses.

Q. Plusieurs personnes transsexuelles sur les campus de l’UdeM ne peuvent pas modifier leur prénom dans les dossiers de l'Université. Cela fait en sorte qu’elles sont constamment nommées et genrées incorrectement sur les plateformes Web, mais également par leurs professeurs, pairs et autres dans leur quotidien à l’Université, comme lors des examens avec la carte étudiante. Qu'allez-vous faire pour régler ce problème?

R. Comme la plupart des grandes organisations, l’UdeM s’adapte à la réalité des personnes trans. Nous avons aménagé des toilettes non genrées au cours des dernières années et nous les avons même répertoriées dans le plan de notre campus en ligne. En ce qui concerne les renseignements personnels inscrits au dossier étudiant, le problème qui est soulevé ici est complexe et nécessite l’intervention de plusieurs unités, comme le Bureau du registraire, les TI, la Direction des finances, les facultés, etc. La registraire de l’UdeM dirige actuellement un groupe de travail mandaté pour faire des recommandations facilitant la vie des personnes trans sur nos campus.