Nez arrachés, oreilles sectionnées, visages défigurés… Des reconstructions réussies grâce à la microchirurgie

  • Forum
  • Le 29 novembre 2017

  • Martin LaSalle
Les microchirurgies effectuées pour reconstruire des parties amputées au visage ou à la tête sont un succès total dans 72 % des cas, selon une étude dirigée par le Dr Alain Danino, professeur au Département de chirurgie de l’Université de Montréal.

Les microchirurgies effectuées pour reconstruire des parties amputées au visage ou à la tête sont un succès total dans 72 % des cas, selon une étude dirigée par le Dr Alain Danino, professeur au Département de chirurgie de l’Université de Montréal.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

La réimplantation par microchirurgie de parties du corps comme le nez ou les oreilles est une pratique vieille de 50 ans qui, dans 72 % des cas, s’avère être un succès.

Peu d’études traitent de la réimplantation par microchirurgie de parties amputées au visage ou à la tête, qui existe pourtant depuis 50 ans. Or, ces opérations délicates sont très largement couronnées de succès pour les patients.

C’est ce qu’a relevé une équipe de chercheurs dirigée par le Dr Alain Danino, professeur au Département de chirurgie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, dans une revue de la littérature publiée récemment dans la revue Microsurgery.

«Il y a un grand nombre d’études sur la chirurgie de réimplantation de membres inférieurs ou supérieurs sectionnés, mais il y en a beaucoup moins qui font état des prouesses de la microchirurgie en matière de réimplantation urgente de parties amputées à la tête ou au visage, explique le Dr Danino. Et nous avons cherché à savoir quel est le taux de succès de cette spécialisation.»

Morsures d’animaux, coupures, déchirures…

Le Dr Alain Danino

Crédit : CHUM

Son équipe et lui ont recensé 113 études menées spécifiquement sur des interventions urgentes de réimplantation de parties du corps par microchirurgie craniofaciale effectuées sur 208 patients à la suite de traumatismes causés principalement par des morsures de chiens ou d’autres animaux, ou même par des humains, des accidents de travail (chevelures prises dans des machines industrielles), des accidents de la route ou des coupures diverses.

En tout, ces études rapportaient des microchirurgies sur les parties du corps suivantes:

  • 90 cas de cuir chevelu,
  • 56 oreilles,
  • 34 lèvres,
  • 26 nez,
  • 1 sourcil,
  • 1 visage.

Dans chacun de ces cas, les chirurgiens ont eu à greffer ou à réparer des vaisseaux sanguins et des nerfs très abîmés et dont les lésions étaient invisibles à l’œil nu. Il s’agit d’opérations où le chirurgien rattache – en regardant à travers un microscope – des vaisseaux sanguins avec des sutures dont le diamètre est souvent inférieur à un millimètre, soit plus petit que la largeur d’un cheveu.

«Il y a de nombreux cas où, avant même d’entrer au bloc opératoire, les chirurgiens constataient que les fragments étaient trop abîmés pour être remis en place, mais notre analyse indique que, lorsque les patients étaient admis en salle d’opération, les greffes ont permis un rétablissement complet dans 72 % des cas, dit le Dr Danino. Un rétablissement partiel a aussi été observé dans 20 % des cas.»

D’après le chirurgien, qui est chef du service de plastie du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), le taux de succès de ces interventions d’urgence qui exigent une revascularisation permet aux patients de guérir rapidement et réduit le nombre de chirurgies reconstructives ultérieures.

Le Québec en exemple

Dans la discussion concluant leur revue de la littérature, le Dr Danino et ses collègues mentionnent à quel point le succès d’une réimplantation repose sur la réduction du délai entre le moment où l’accident causant le traumatisme survient et l’arrivée dans la salle d’opération – notamment par un transport et un triage rapides des patients.

«La centralisation des cas en un lieu où sont regroupées toutes les ressources destinées à ce genre d’opérations, comme le Centre d’expertise en réimplantation du CHUM, favorise les chances de réussite des replantations», affirme Alain Danino.

Initialement créé pour traiter les amputations de doigts, de mains et de pieds, le Centre d’expertise en réimplantation du CHUM soigne annuellement quelque 150 personnes ayant subi des amputations en tous genres.

«Nous couvrons l’ensemble du territoire québécois et nous traitons plusieurs types d’amputations en urgence, de sorte que nous sommes désormais un modèle d’organisation dans le monde», conclut le Dr Danino.