Jouer à des jeux 3D sur console pourrait améliorer les fonctions cognitives chez les aînés

  • Forum
  • Le 6 décembre 2017

  • Martin LaSalle
Pendant six mois, cette personne a pris part à l'étude de Gregory West et de ses collègues visant à mesurer les bienfaits cognitifs des jeux vidéos commerciaux auprès de gens âgés de 55 à 75 ans.

Pendant six mois, cette personne a pris part à l'étude de Gregory West et de ses collègues visant à mesurer les bienfaits cognitifs des jeux vidéos commerciaux auprès de gens âgés de 55 à 75 ans.

Crédit : Simon Coutu/Québec Science

En 5 secondes

Une recherche du professeur Gregory West, de l’UdeM, indique qu’il est possible d’améliorer les fonctions cognitives des personnes âgées grâce aux jeux vidéos 3D.

Les personnes âgées de 55 à 75 ans pourraient avoir intérêt à jouer à des jeux 3D de console – comme Super Mario 64 et Tetris – pour améliorer leurs fonctions cognitives et possiblement prévenir la maladie d’Alzheimer et la déficience cognitive légère.

Il ne s’agit pas ici d’un placement de produit ni d’une publicité masquée, mais bien des résultats d’une étude publiée dans la revue scientifique PLOS ONE. Elle a été menée par les professeurs Gregory West, Sylvie Belleville et Isabelle Peretz, du Département de psychologie de l’Université de Montréal, en collaboration avec l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, leur collègue Benjamin Rich Zendel, de l’Université Memorial de Terre-Neuve, et trois chercheurs de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas.

Différentes études, dont deux effectuées en 2013 et en 2014 auprès de jeunes adultes dans la vingtaine, ont démontré qu’un entraînement avec des jeux vidéos en 3D de logique ou de casse-tête, tels Super Mario 64 et Tetris, augmente la matière grise dans l’hippocampe.

L’hippocampe est le siège de la mémoire spatiale et épisodique – un facteur clé de la santé cognitive à long terme –, et la matière grise qu’il contient est un marqueur de plusieurs désordres neurologiques pouvant survenir au cours de la vie, dont la maladie d’Alzheimer et la déficience cognitive légère.

Aussi, Gregory West et ses collègues ont voulu vérifier si pareils résultats pouvaient être obtenus chez des gens âgés en bonne santé.

Expérimentations chez des aînés… dans le confort de leur foyer

Gregory West

Crédit : Amélie Philibert

Pour ce faire, ils ont recruté 33 personnes âgées de 55 à 75 ans qu’ils ont réparties dans trois groupes distincts: pendant six mois, les participants ont soit joué à Super Mario 64 à raison de 30 minutes par jours, cinq jours par semaine, soit suivi des cours de piano (pour la première fois de leur vie) selon la même fréquence. Ceux du troisième groupe n’avaient aucune tâche particulière à accomplir.

Les sujets n’ont pas eu à se déplacer: les consoles et les pianos – tous achetés par le groupe de recherche – ont été installés chez eux; chaque personne a ainsi pu s’entraîner dans le confort de son foyer.

Pour évaluer l’effet des entraînements sur le cerveau des participants, les chercheurs ont utilisé deux instruments de mesure au début de l’expérience et à la fin, six mois plus tard: des tests de performance cognitive et l’imagerie par résonance magnétique (IRM), qui permet de mesurer la variation du volume de la matière grise. Grâce à cette méthode, ils ont pu observer les activations cérébrales et les modifications du cerveau survenues dans:

  • le cortex préfrontal latéral, responsable de la planification, de la prise de décision et de l’inhibition;
  • le cervelet, qui joue un grand rôle dans le contrôle moteur et l’équilibre;
  • et l’hippocampe, siège de la mémoire spatiale et épisodique.

Augmentation du volume de la matière grise

Les tests d’IRM ont montré que seuls les participants du groupe de la console de jeu vidéo avaient vu leur matière grise augmenter dans l'hippocampe. Ces personnes ont également connu une augmentation de leur mémoire à court terme.

Ces tests d’imagerie ont aussi révélé une hausse du volume de la matière grise du cortex préfrontal latéral et du cervelet chez les participants qui avaient suivi des cours de piano. Parmi les sujets passifs du groupe témoin, il y a plutôt eu une atrophie des trois régions du cerveau.

Par quels mécanismes l’entraînement à l’aide de Super Mario 64 peut-il accroître le volume de la matière grise dans l’hippocampe?

«Les jeux vidéos 3D exigent de l’hippocampe qu’il crée une carte cognitive, c’est-à-dire une représentation mentale de l’environnement virtuel des jeux que le cerveau apprend, et plusieurs recherches indiquent que la stimulation de l’hippocampe engendre une augmentation de l’activité fonctionnelle et du volume de la matière grise», mentionne le professeur West.

Par contre, si l’on ne demande pas au cerveau de faire de nouveaux apprentissages au fur et à mesure qu’on avance en âge, la matière grise s’atrophie. «La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de renverser cet effet et les jeux qui activent l’hippocampe, comme Super Mario 64, possèdent ce potentiel», poursuit M. West.

Selon Sylvie Belleville, «ces résultats constituent aussi une avenue qui sera intéressante à explorer dans des travaux qui porteront sur la prévention de la maladie d’Alzheimer, puisqu’il y a un lien entre le volume de l’hippocampe et les risques de souffrir de cette maladie».

«Il nous reste maintenant à déterminer si ce sont spécifiquement les activités faisant appel à la mémoire visuospatiale qui procurent ces effets positifs sur la plasticité du cerveau ou si c’est simplement le fait d’apprendre quelque chose de nouveau qui est en cause», conclut Gregory West.