«Pièces d’identité»

Jean Paré

Jean Paré

Crédit : Martin Blache, Université de Sherbrooke

En 5 secondes

Trois questions à Jean Paré, auteur de «Pièces d’identité».

Les diplômés: Comment pourrait-on qualifier cet ouvrage?

Jean Paré: Il réunit une quinzaine de réflexions de nature plutôt littéraire sur des choses qui m’ont passionné toute ma vie: la culture, la nature et l’environnement; le milieu humain; les interrogations des philosophes; les livres, qui permettent la nécessaire conversation au-delà du temps; le retour des religions et la menace d’une régression des libertés. En somme, à l’époque où nous vivons, les grands bouleversements culturels et un regard sur l’avenir.

LD: Pourquoi avoir choisi de l’écrire aujourd’hui?

JP: Ce sont là des sujets qui m’ont habité pendant toute ma carrière de journaliste. Mais les obligations du métier, la nécessaire objectivité, la périodicité, cet éternel recommencement, les dates de tombée, la gestion, tout cela prenait l’essentiel de mon attention et de mon temps. Avec la retraite, même si ce sont 15 années où je n’ai pas pour autant chômé, j’ai pu échapper au surf quotidien qu’est le travail dans les périodiques et à un ordre du jour déterminé en grande partie par le hasard, les puissants et les disponibilités.

LD: Quel regard portez-vous sur le paysage médiatique québécois?

JP: Un regard critique, et inquiet. Le hasard a fait que je vive au moment du passage d’une civilisation de l’écriture, de la réflexion et de l’autorité intellectuelle à une culture de l’image et de l’émotion. La culture de l’émotion, de l’instantané abolit la réflexion, suscite un sentiment de perte de contrôle et de remise en question du savoir et des identités. Et arrivent les machines logarithmées, qui agissent sans notre participation, et même sans tenir compte de nos décisions. Nous devenons de simples spectateurs du changement, nous percevons le malaise de façon aigüe, mais perdons la capacité d’intervenir. Le téléspectateur incarne bien ce nouveau paradigme. On en voit les effets dans l’anxiété des peuples, dans la consommation à tout va et dans la déliquescence de l’action publique. Le Québec vit le même bouleversement que le reste du monde, mais il ne contrôle rien de ces changements et ne dispose pas, comme d’autres sociétés, d’un grand et puissant réseau d’organisations culturelles qui permettrait d’assurer la stabilité et de traverser ce qui est possiblement une simple transition vers une civilisation à inventer.

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Pièces d’identité

Jean Paré
Médecine dentaire 1958
Leméac, 2017
376 pages, 32,95 $