Santé mentale au travail: coup d’œil sur le terrain

Pour plusieurs organisations, les problèmes de santé mentale sont la première ou la deuxième cause d’invalidité.

Pour plusieurs organisations, les problèmes de santé mentale sont la première ou la deuxième cause d’invalidité.

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Cinq questions à Michèle Parent, diplômée de l’UdeM et directrice des services-conseils en santé chez Morneau Shepell.

Michèle Parent

Crédit : Morneau-Shepell

Michèle Parent est directrice des services-conseils en santé chez Morneau Shepell, société de service et de technologie dans le secteur des ressources humaines. Cette titulaire d’une maîtrise en santé du travail, d’un baccalauréat en sciences biologiques de l’UdeM (1982) et d’un diplôme en sciences administratives de HEC Montréal (1991) rencontre régulièrement des employeurs qui veulent améliorer la santé mentale des salariés de leur organisation. Nous lui avons posé cinq questions.

Les diplômés: Les employeurs demandent-ils davantage de soutien pour gérer les enjeux de santé mentale au travail?

Michèle Parent: Oui, absolument. Lorsque je suis arrivée sur le marché du travail, il y a plus de 30 ans, on parlait encore très peu de santé mentale au travail, sinon pas du tout. Maintenant, les employeurs ont un plus grand intérêt pour la question. Pour plusieurs organisations, les problèmes de santé mentale sont la première ou la deuxième cause d’invalidité. Cela représente des coûts importants pour les entreprises.

LD: Pourquoi les employeurs devraient-ils porter une attention particulière à la redéfinition des tâches?

MP: Notre plus récente enquête annuelle sur la santé mentale, réalisée en 2016 auprès de plus de 1000 Canadiens, s’est penchée sur l’effet des changements organisationnels. Elle a révélé que celui qui était le plus associé aux congés de maladie pour des raisons de santé tant physique que mentale était la redéfinition des tâches. Notre hypothèse est que la définition des tâches est plus personnelle, elle est au cœur de ce que l’employé fait chaque jour et a une influence sur son succès; la redéfinition peut aussi par exemple amener des changements dans votre horaire et ainsi avoir des répercussions sur votre vie personnelle. Lorsqu’on a demandé aux travailleurs ce qu’ils auraient souhaité pour améliorer les choses, ils ont d’abord indiqué qu’ils auraient aimé être plus informés et consultés dans les décisions.

LD: Cette enquête montre également que les 30 ans et moins sont deux fois plus susceptibles de prendre des congés de maladie liés à la santé mentale que les employés de plus de 30 ans. Que doit-on comprendre de ce constat?

MP: On croit que les travailleurs de plus de 30 ans ont élaboré plus de stratégies pour gérer leur stress. Les plus jeunes auraient donc davantage besoin d’aide pour acquérir de meilleures capacités d’adaptation. Il est profitable pour les employeurs d’offrir des ateliers sur le sujet et un programme d’aide aux employés afin que ceux-ci puissent consulter un professionnel en toute confidentialité en cas de besoin.

LD: Soixante-quinze pour cent des répondants à votre enquête considèrent que le problème prioritaire à résoudre en matière de santé mentale au travail est lié à la culture d’entreprise. Que veut-on dire exactement?

MP: La culture d’entreprise doit mettre l’être humain au centre de l’organisation. Les gestionnaires doivent s’assurer qu’ils mettent en place des pratiques de gestion qui créeront un bon environnement de travail. La formation et la sensibilisation des gestionnaires à la santé mentale sont entre autres souhaitables, afin qu’ils soient outillés pour mieux reconnaître et aider un employé aux prises avec des problèmes de stress. Aussi, ils doivent être sensibilisés à l’influence qu’eux-mêmes peuvent avoir sur le stress de leurs employés. Les travailleurs sondés qui considéraient que la culture d’entreprise chez leur employeur favorisait une bonne santé mentale étaient moins susceptibles d’avoir pris des congés de maladie au cours des deux dernières années.

LD: Quelle première action un employeur qui souhaite améliorer le climat de travail pour avoir un effet bénéfique sur la santé mentale des employés devrait-il accomplir, selon vous?

MP: À mon humble avis, tout part d’en haut! Ça prend un dirigeant qui en fait une priorité. Qui sait que son organisation ne pourra survivre sans des employés en santé et que le service à ses clients dépend du bien-être de ses employés.