Le stress: notre meilleur ennemi?

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  • Le 8 décembre 2017

  • Martine Letarte
Les invités de la 4e Conférence de la montagne ont mis en lumière les causes et les effets du stress dans nos vies.

Les invités de la 4e Conférence de la montagne ont mis en lumière les causes et les effets du stress dans nos vies.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Le stress est omniprésent dans le monde d’aujourd’hui et il a été au cœur de la Conférence de la montagne du 5 décembre, organisée pour le grand public à l’Université de Montréal.

Plus que jamais, en cette ère de performance, les gens sont stressés. De fait, plus de 25 % des Québécois se disent touchés par le stress au quotidien, d’après Statistique Canada. On souhaite souvent éliminer son stress, mais il est essentiel à sa survie! Et si l’on tentait plutôt de mieux le gérer? Voilà ce que sont venus proposer, le 5 décembre à la 4e Conférence de la montagne, Sonia Lupien, fondatrice du Centre d’études sur le stress humain et professeure au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal, Lourdès Rodriguez Del Barrio, professeure à l’École de travail social de l’UdeM, et Thierry Bardini, directeur du Département de communication de l’Université et spécialiste de la cyberculture.

On se dit stressé, mais qu’est-ce que le stress au juste? Le concept de stress a été défini dans les années 30 par Hans Selye, qui a fait carrière à l’Université de Montréal. Lorsque le cerveau détecte une menace, a expliqué Sonia Lupien, il envoie un signal aux glandes surrénales qui produisent des hormones de stress. Grâce à l’énergie, la vigilance et la mémoire ainsi accrues, on peut accomplir les deux seules actions synonymes de survie: combattre ou fuir.

«Nos ancêtres vivaient des stress absolus, comme l’arrivée d’un mammouth, qui était une menace réelle pour tout le monde, a illustré l’auteure du livre Par amour du stress. Mais aujourd’hui, dans notre monde riche, éduqué et en santé, les menaces absolues sont plutôt rares.»

Le stress, c’est relatif

Pourquoi, alors, sommes-nous si stressés? Ce serait la faute des stress relatifs, a répondu la chercheuse durant cette rencontre animée par Yanick Villedieu, qui a longtemps été à la barre de l’émission scientifique Les années lumière, à ICI Radio-Canada Première.

Chaque facteur de stress comprend minimalement l’une de ces quatre caractéristiques: faible impression de contrôle, imprévisibilité, nouveauté et menace à l’égo.

«Toutefois, chacun interprète différemment les stresseurs, donc la réponse au stress varie aussi», a affirmé Sonia Lupien.

Si un peu de stress aide le corps à atteindre le sommet de sa forme, trop de stress nuit à son fonctionnement, alors tout est une question de dosage.

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut travailler à influencer sa réponse à des agents stressants relatifs. Par exemple en considérant des situations difficiles comme des défis. Ou en élaborant des plans b. «Même si on ne le met pas à exécution, avoir un plan b calme le cerveau», a déclaré Mme Lupien.

Les institutions sociales pour réduire le stress

Si les hormones de stress se trouvent à l’intérieur de soi, notre environnement a une incidence sur les menaces auxquelles nous sommes confrontés.

Pour Lourdès Rodriguez Del Barrio, il ne faudrait pas négliger le rôle des institutions sociales qui gèrent entre autres la famille, l’école, les services sociaux et la santé. Elles apportent à ses yeux de la stabilité et favorisent une impression de contrôle sur le monde dans lequel on vit. «Les institutions sociales diminuent les menaces et sont d’extraordinaires mécanismes pour gérer le stress», a-t-elle mentionné.

Toutefois, ces institutions subissent toutes sortes de tensions et l’on assiste à certaines dérives, a-t-elle indiqué. On voit notamment une augmentation des inégalités, une dépersonnalisation des services donnés et beaucoup de solitude, ce qui n’est pas sans créer des souffrances.

«Or, la souffrance sociale doit se transformer en maladie pour être reconnue et l’on a tendance à prescrire davantage de médicaments psychotropes, comme des antidépresseurs, des anxiolytiques, au lieu d’offrir des interventions psychosociales à ces gens en situation de vulnérabilité», a déploré la chercheuse.

Les pour et les contre des médias sociaux

Internet et les médias sociaux comportent aussi leur lot de stress. Plusieurs personnes tombent maintenant dans la catégorie des compulsifs numériques.

«Ces gens sont constamment connectés, même les fins de semaine, et submergés par une masse d’informations», a décrit Thierry Bardini.

Ils souffrent de FOMO (fear of missing out), soit la peur de rater quelque chose, comme la plus récente nouvelle ou des J’aime. D’autres se sont mis à craindre les algorithmes, qui décident de plus en plus ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, tels ceux de Google et de Facebook.

En même temps, il n’y a pas que du mauvais dans les médias sociaux. Thierry Bardini a présenté des données selon lesquelles ils ont aidé 36 % des personnes de la génération Y à trouver leur identité et 22 % des gens de la génération X.

«Le stress numérique existe, mais il est très variable selon le sexe, l’âge et la situation des individus», a souligné M. Bardini, qui rêve qu’on arrive à utiliser le stress numérique quand il peut servir de moteur et à le mettre en veilleuse au besoin.

Évacuer son stress avant le trop-plein

Mieux vivre avec son stress passe inévitablement par apprendre à le reconnaître. «Je vois le stress comme un pot, a dit Sonia Lupien. S’il est presque plein, je n’ai plus de place pour des stresseurs supplémentaires, comme les mauvaises nouvelles dans les journaux qui risquent de m’amener du côté des effets négatifs du stress. Si mon pot est presque vide, je peux en ajouter, alors je lis les journaux. Il faut vider son pot de stress le plus souvent possible.»

Il faut aussi libérer l’énergie mobilisée par le stress. «Nos ancêtres la dépensaient en combattant le mammouth, mais si nous sommes derrière notre volant dans la circulation sur le pont Champlain, nous restons pris avec cette énergie», a rappelé Sonia Lupien.

Pour la canaliser, elle suggère de faire du sport, de danser, de chanter, de rire ou simplement de prendre de grandes respirations par le ventre. «Ces activités font entrer de l’air qui agit sur le diaphragme et cela envoie le signal au cerveau qu’il peut arrêter sa réponse au stress», a-t-elle poursuivi.

«Je suis convaincue qu’inclure le chant, le rire et différentes activités permettrait de prévenir beaucoup de problèmes de santé autant chez les jeunes que dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée, a fait remarquer Lourdès Rodriguez Del Barrio. On pourrait ainsi éviter certainement plusieurs prescriptions de psychotropes.»

  • Thierry Bardini est revenu sur les manifestations du stress associées aux usages d’Internet.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Le journaliste Yanick Villedieu animait la soirée.

    Crédit : Amélie Philibert
  • C'est Jean Charest, vice-recteur aux ressources humaines et à la planification, qui a présenté les conférenciers.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Lors de sa conférence, Sonia Lupien a montré comment nos propres préconceptions du stress peuvent augmenter ou diminuer notre réponse physiologique au stress.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Selon Lourdes Rodriguez del Barrio, dans des sociétés où l’impératif et l’accélération des transformations sont la norme, le concept de stress invite à poser la question des limites.

    Crédit : Amélie Philibert