Déforestation en Afrique: beaucoup moins étendue que les chercheurs le croyaient

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Une analyse de la situation sur 100 ans a été réalisée par des chercheurs de l’Université Yale et de l’Université de Montréal et publiée dans «Nature Ecology and Evolution».

Une nouvelle analyse de documents historiques et d’indices paléoenvironnementaux réalisée par des chercheurs de l’Université Yale et une chercheuse de l’Université de Montréal démontre que, depuis le siècle dernier, la déforestation en Afrique a été considérablement moindre que ce que les estimations précédentes envisageaient.

Selon ces précédentes estimations, la déforestation à l’échelle du continent se situerait entre 35 et 55 % depuis 1900. La récente analyse révèle plutôt que les forêts fermées ont diminué de 21,7 %, selon les conclusions publiées le 11 décembre dans la revue Nature Ecology & Evolution. Cette analyse montre toutefois que certaines forêts d’Afrique de l’Ouest et de l’Est ont été réduites de 80 à 90 %.

Julie C. Aleman

«Des études antérieures ont catalogué de manière erronée des savanes anciennes comme étant des régions ayant été récemment déforestées et donc d’origine anthropique, affirme Julie C. Aleman, auteure principale de l’étude et chercheuse invitée à l’Université de Montréal. La récente analyse devrait permettre de recentrer les efforts en Afrique.»

«Les efforts à l’échelle mondiale visent une augmentation du nombre d’arbres qui absorbent le carbone, explique A. Carla Staver, professeure adjointe d’écologie et de biologie évolutionnaire à l’Université Yale, qui a coordonné l’étude. En Afrique, le bon sens dicte d’orienter les efforts vers les régions véritablement déforestées, plutôt que vers celles qui ont toujours été des zones de savane.»

Julie C. Aleman, qui a effectué cette recherche dans le cadre d’un stage postdoctoral à l’Université Yale, et la professeure Staver ont utilisé des ressources plus traditionnelles, comme d’anciennes cartes géographiques européennes du début du 20siècle, pour estimer l’étendue des forêts africaines en 1900. L’équipe a aussi contre-vérifié les documents à l’aide de microfossiles, incluant des pollens, des phytolithes (issus de vestiges de plantes) et des macrorestes carbonisés préservés dans les sédiments terrestres et lacustres, afin de reconstruire l’écologie historique des régions tropicales d’Afrique.

La grande responsable de la déforestation continentale est la conversion des forêts pour l’agriculture dans les pays d’Afrique de l’Ouest, dont le Ghana et la Sierra Leone. Toutefois, l’équipe a aussi découvert que les forêts avaient gagné du terrain sur les savanes dans les pays d’Afrique centrale, comme la République démocratique du Congo et la République centrafricaine.

«Du point de vue de la protection de l’environnement, il nous est facile de voir dans cette étude des nouvelles encourageantes. La déforestation n’est pas aussi avancée que nous le pensions», dit Mme Aleman. La mauvaise nouvelle est que les forêts d’Afrique centrale ont été épargnées en raison des violents conflits qui y sévissent et qui ont freiné le développement économique, entraînant également des pertes de vies humaines et de moyens de subsistance, conclut la professeure Staver.

À propos de cette étude

Mme Aleman est l’auteure principale de l’étude, cosignée par Marta A. Jarzyna, de l’Université Yale. La recherche a été financée par la Fondation nationale des sciences (É.-U.), le Fonds Seessell et l’Institut sur le climat et l’énergie de l’Université Yale.

Julie C. Aleman continue ses recherches en tant que chercheuse invitée au Laboratoire de paléoécologie du Département de géographie de l’Université de Montréal. Le Laboratoire s’intéresse à la dynamique à long terme des écosystèmes et à l’influence du climat et des perturbations naturelles et anthropiques sur les trajectoires écologiques. La paléoécologie permet d’obtenir une profondeur temporelle (échelle de plusieurs millénaires) des dynamiques écologiques non accessibles autrement, et ce, grâce à l’étude de paléo-indicateurs tels que les pollens, les phytolithes, les macrorestes végétaux et les charbons.

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