Les juifs ont contribué activement à l’histoire du Canada

  • Forum
  • Le 13 décembre 2017

  • Mathieu-Robert Sauvé
Robert Schwartzwald, responsable du Programme d’études juives, a été embauché par l'UdeM en 2005, après avoir travaillé à l'Université du Massachusetts. Il a grandi à Winnipeg.

Robert Schwartzwald, responsable du Programme d’études juives, a été embauché par l'UdeM en 2005, après avoir travaillé à l'Université du Massachusetts. Il a grandi à Winnipeg.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Une exposition présentée au Carrefour des arts et des sciences présente la contribution des juifs à l’histoire du Canada.

Qu’ont en commun Leonard Cohen, les pharmacies Pharmaprix et le trophée Hart, remis au meilleur joueur des éliminatoires de la Ligue nationale de hockey? Ils portent tous la marque de la présence juive au Canada. Le premier est né de parents juifs d’ascendance polonaise à Westmount en 1934; Pharmaprix est le nom québécois de la chaîne Shoppers Drug Mart, fondée à Toronto par le juif Murray Koffler; et le convoité trophée Hart tire son nom du descendant de la première famille juive établie au Canada, David Hart. Son fils, Cecil (1883-1940), a exercé différentes fonctions au Club de hockey Canadien.

Voilà trois anecdotes présentées dans l’exposition Célébrer le Canada: l’expérience juive, qu’on peut voir jusqu’au 22 décembre au Carrefour des arts et des sciences du pavillon Lionel-Groulx de l’Université de Montréal et qui se poursuivra du 8 au 31 janvier 2018 à la Bibliothèque des lettres et sciences humaines de l’UdeM. On y découvre que les juifs ont contribué de façon variée à l’histoire du Canada, non seulement dans le monde des affaires, mais aussi dans les arts, la politique, le mouvement syndical, le milieu de la justice, l’architecture et les sports. «Cette exposition grand public souligne l’apport de la communauté juive dans les grands secteurs de l’activité humaine. J’ai moi-même appris que le rappeur canadien Drake est juif», mentionne Robert Schwartzwald, professeur au Département de littératures et de langues du monde de la Faculté des arts et des sciences de l’Université et responsable du Programme d’études juives.

«Des juifs vivent ici depuis près de 250 ans. Peu nombreux à l’origine, l’immigration a fait gonfler notre population. Nos débuts n’ont pas été faciles», peut-on lire sur le premier des neuf panneaux de l’exposition conçue par l’organisme Expérience juive canadienne et financée par des fonds privés. Après avoir été victimes «des préjugés et des barrières professionnelles, éducatives et d’immigration», les juifs d’aujourd’hui forment une communauté de quelque 400 000 personnes d’un bout à l’autre du pays. L’exposition retrace l’évolution de cette communauté et son engagement dans la nation.

Une féministe juive

Pour M. Schwartzwald, le message que les organisateurs de l’exposition ont voulu transmettre, c’est que, malgré des moments difficiles, le Canada a donné aux juifs d’ici un cadre leur permettant de s’épanouir et de réussir. «Si l’exposition fait mention du refus scandaleux du gouvernement du Canada d’accepter des réfugiés juifs de l’Europe sous l’emprise du nazisme, on voit aussi que, en dépit des manifestations d’antisémitisme au Canada, l’Université de Montréal, notamment, a ouvert ses portes aux candidats juifs alors que l’Université McGill pratiquait une politique de “quotas”», dit-il.

Il ne faut pas oublier que les juifs ont aussi participé activement aux mouvements sociaux. Par exemple, la syndicaliste juive Léa Roback (1903-2000), l’une des premières féministes québécoises, s’est engagée socialement de façon très efficace en faveur des droits des travailleurs, parfois contre les intérêts mêmes des patrons juifs. D’ailleurs, M. Schwartzwald, auteur d’une thèse de doctorat sur la littérature québécoise à l’Université Laval et qui a réalisé une étude sur les rapports interculturels au Québec dans les années 30, a constaté que certains employeurs juifs préféraient négocier avec des syndicats d’obédience catholique, jugés moins revendicateurs que le syndicat international où militait Mme Roback.

Le programme d’études juives, qu’il dirige depuis trois ans à la Faculté des arts et des sciences, est «l'occasion d'explorer de manière transversale la culture, la pensée et la tradition juives». Conçu comme un programme d’«humanités» juives, il englobe différentes disciplines, comme la littérature, la philosophie, l’histoire, la science politique, l’histoire de l’art, etc.

  • «Célébrer le Canada: l'expérience juive» présente quelques visages connus de la communauté juive canadienne, dont le poète et chansonnier Leonard Cohen.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Les juifs du Canada ont participé à la vie démocratique du pays.

    Crédit : Amélie Philibert
  • L'exposition itinérante conçue à l'occasion du 150e anniversaire du Canada termine l'année 2017 à l'Université de Montréal.

    Crédit : Amélie Philibert