Premier essai clinique pancanadien sur les traitements de la dépendance aux opioïdes d’ordonnance

Dans le cadre de cet essai clinique, les chercheurs évalueront comment les patients répondent à deux modèles de soins, soit la méthadone ou l’association buprénorphine-naloxone.

Dans le cadre de cet essai clinique, les chercheurs évalueront comment les patients répondent à deux modèles de soins, soit la méthadone ou l’association buprénorphine-naloxone.

Crédit : Thinkstock

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L’étude OPTIMA, dirigée par Didier Jutras-Aswad, du Département de psychiatrie, comparera deux modèles de soins pour le trouble lié à l’usage des opioïdes d’ordonnance.

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) et l’Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances (ICRAS), de concert avec d’autres partenaires canadiens, lancent le tout premier essai clinique national pour comparer deux modèles de soins pour le trouble lié à l’usage des opioïdes d’ordonnance.

Le recrutement de participants vient de débuter pour cette étude nommée OPTIMA (Optimiser les soins centrés sur le patient: essai contrôlé randomisé pragmatique comparant des modèles de soins pour la prise en charge du mésusage d’opioïdes sur ordonnance). Il s’agit d’un essai contrôlé randomisé pragmatique comparant différents modèles de soins pour la prise en charge du trouble de consommation d’opioïdes d’ordonnance. L’étude se déroulera dans sept sites cliniques au pays, regroupant des cliniques et des établissements de recherche à Montréal, Toronto, Sudbury, Edmonton, Calgary et Vancouver.

L’utilisation des médicaments opioïdes prescrits a considérablement augmenté au cours des dernières années au Canada, entraînant une augmentation du nombre d’hospitalisations et des cas de surdoses accidentelles et fatales. Selon l’Agence de la santé publique du Canada, il y a eu 2458 décès liés à des surdoses d’opioïdes en 2016. On s’attend à ce que ce nombre soit encore plus élevé en 2017, car le fentanyl et d’autres opioïdes mortels peuvent facilement être achetés sur le marché des drogues illicites. Au Canada, les surdoses causent maintenant plus de décès que les accidents d’automobile.

«Il y a un besoin urgent de solutions thérapeutiques centrées sur les besoins des patients et s’appuyant sur des données probantes pour répondre à la crise dévastatrice des opioïdes au Canada. OPTIMA va générer des données cruciales pour cet enjeu qui est devenu une priorité nationale majeure de santé publique. Il ne fait pas de doute que cela aidera les prestataires de services de première ligne à mieux aider les individus confrontés à un trouble lié à l’usage des opioïdes d’ordonnance», affirme le Dr Didier Jutras-Aswad, investigateur principal d’OPTIMA, chercheur et psychiatre au Centre hospitalier de l’Université de Montréal et professeur au Département de psychiatrie de l'UdeM.

On dispose d’un nombre limité de traitements médicamenteux (appelés agonistes opioïdes) pour le trouble d’utilisation des opioïdes d’ordonnance. Ces traitements sont prescrits aux personnes ayant un trouble de l’usage des opioïdes (par exemple la morphine, l’oxycodone et le fentanyl). Dans le cadre de cet essai clinique, les chercheurs de l’ICRAS évalueront comment les patients répondent à deux modèles de soins, soit la méthadone ou l’association buprénorphine-naloxone (commercialisée sous le nom de Suboxone).

Les défis posés par la méthadone

Actuellement, la méthadone est le traitement médicamenteux le plus prescrit au Canada pour la dépendance aux opioïdes. Les études ont montré qu’elle est efficace à la fois pour ce qui est du respect du traitement par les patients et pour éliminer l’utilisation des opioïdes illicites. Cependant, la méthadone pose plusieurs défis. Pour en prescrire, les praticiens doivent obtenir un permis spécial dans le cadre de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. De plus, les patients sous méthadone doivent dans les premiers mois du traitement se présenter tous les jours à la pharmacie pour recevoir leur médicament, ce qui rend l’accès au traitement difficile. La méthadone présente enfin un plus grand risque d’interaction avec l’alcool et d’autres substances que la buprénorphine-naloxone.

Les données scientifiques indiquent que la buprénorphine-naloxone est plus sécuritaire, car les probabilités de surdose fatale, d’effets indésirables et d’interactions médicamenteuses sont plus faibles qu’avec la méthadone.

Les chercheurs de l’ICRAS espèrent déterminer si une démarche plus souple offerte grâce à la buprénorphine-naloxone est aussi efficace que la méthadone pour le traitement du trouble d’utilisation des opioïdes délivrés sur ordonnance, tout en étant davantage centrée sur les besoins du patient, plus sécuritaire et moins contraignante. La grande majorité des études qui ont évalué ces traitements visaient surtout les utilisateurs d’héroïne plutôt que les utilisateurs d’opioïdes sur ordonnance. OPTIMA vise à combler cette lacune dans la recherche dans le but d’améliorer les traitements, et faciliter la prise de décision pour les patients et les fournisseurs de soins de santé.

Au total, 276 patients seront recrutés au cours des deux prochaines années. Au Québec, en plus du CRCHUM, où est coordonnée l’étude pancanadienne, l’équipe du programme CRAN du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal participe à l’étude. L’objectif principal est d’étudier l’utilisation globale des opioïdes au cours d’une période de 24 semaines.

OPTIMA est la première étude de l’ICRAS, un réseau de recherche national sur l’utilisation des substances qui se concentre plus particulièrement sur une recherche pouvant être mise en œuvre pour l’amélioration de la santé publique. Ce réseau regroupe plus de 500 chercheurs, prestataires de services, décideurs politiques et individus ayant souffert de dépendance aux opioïdes d’ordonnance, issus de la Colombie-Britannique, des Prairies, de l’Ontario, du Québec et des provinces de l’Atlantique. Soutenue par les Instituts de recherche en santé du Canada, l’ICRAS se consacre à la recherche et à l’application des interventions fondées sur des données probantes dans la pratique clinique, dans la prévention communautaire, dans la réduction des effets néfastes et dans l’adaptation du système de santé.