L'Université de Montréal: une histoire de familles

En 5 secondes

Ils sont frères et sœurs et ont le même employeur: l'Université de Montréal. Rencontre avec quatre fratries de la grande famille de l'UdeM.

Annie, Bernard et Jean-François Angers: «Pour nos parents, il était hors de question de ne pas aller à l’université.»

Jean-François Angers fréquente les couloirs de l’Université de Montréal depuis maintenant 27 ans. Celui qui exerce aujourd’hui les fonctions de vice-doyen et de secrétaire de la Faculté des études supérieures et postdoctorales a commencé sa carrière à l’UdeM au Département de mathématiques et de statistique en 1990. C’est au Département de sciences biologiques que son frère Bernard enseigne depuis 2001. Sa sœur Annie l’y a retrouvé deux ans plus tard.

Ces trois Saguenayens d’origine ont fait leurs études à l’Université de Sherbrooke. Jean-François y a même été professeur quelques années avant de choisir l’UdeM, notamment parce que les étudiants «y sont très performants et veulent travailler».

Les membres de la fratrie ont déjà pu collaborer les uns avec les autres à l’Université de Montréal. «J’aime bien travailler avec Annie, nous avons d’ailleurs un certain nombre de publications en commun», explique Bernard, qui a eu l’occasion de superviser des étudiants à la fois avec son frère et avec sa sœur. «Chacun avait sa propre expertise, raconte Annie. Ce n’était donc pas si différent que d’assurer une supervision avec d’autres professeurs.» En dehors de ces collaborations, pas facile de se retrouver en famille sur le campus. «La dernière fois qu’on a essayé de dîner ensemble, il nous a fallu trois mois pour trouver un moment qui convienne à tous», observe Jean-François.

Les Angers l’avouent, le fait qu’ils sont trois à enseigner à l’UdeM ne laisse pas indifférent autour d’eux. «Les gens trouvent ça amusant, indique Annie. Des étudiants me demandent parfois, tous gênés, si je suis “la sœur de”.» Bernard renchérit. «Ça surprend souvent les gens que, juste par hasard, un frère et une sœur se retrouvent dans le même département. Alors, quand on leur dit qu’on a également un autre frère à l’UdeM, ils sont encore plus étonnés!»

Lorsqu’on leur demande d’où leur vient cette passion commune pour la science et l’enseignement, Annie et ses frères admettent que leurs parents n’y sont pas étrangers. «Ils nous ont incités à étudier. Pour eux, il était hors de question de ne pas aller à l’université.» Bernard abonde dans le même sens. «Papa répétait souvent: “Vous allez aller à l’école pour ne pas finir à l’usine, comme moi, et vous allez faire des études.”» M. Angers leur a d’ailleurs donné l’exemple. Lui qui avait arrêté d’étudier en sixième année a réussi à terminer, par les cours du soir, sa cinquième secondaire.

L’Université de Montréal semble être dans l’ADN de la famille Angers! Leurs trois conjoints travaillent en effet sur le campus et leurs enfants regardent déjà attentivement les programmes offerts par l’UdeM. «On leur dit que les cours sont bons et diversifiés… et les profs excellents», conclut Annie en riant.

  • Bernard, Jean-François et Annie Angers

    Crédit : Amélie Philibert

Fanny et Julie Duval: «Nous sommes particulièrement choyées à l'UdeM.»

Originaire de Caen, en Normandie, Fanny Duval emménage à Montréal en 2005 pour ce qui devait être une année d’études à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’UdeM. «J’ai rencontré l’amour, alors je suis restée!» dit-elle. En France, sa sœur Julie et son conjoint avaient depuis longtemps le projet d’aller vivre à l’étranger. La présence au Québec de sœurette et d’un ami les a incités à choisir eux aussi la Belle Province: ils arrivent à Montréal cinq ans après Fanny.

Mais pour ce qui est de s’installer à l’UdeM, c’est tout le contraire: Julie y est entrée en premier, en 2011, en tant que technicienne en coordination du travail de bureau (TCTB) à la Faculté de droit. Elle est aujourd'hui assistante de direction au Vice-rectorat aux finances et aux infrastructures. «Quand j’ai quitté la France, j’en avais assez des horaires à rallonge associés à mon poste de gestionnaire de copropriétés. Je voulais un emploi stable pour pouvoir passer plus de temps avec mon garçon de deux ans. Une connaissance m’a dit que l’UdeM cherchait toujours des gens pour sa banque de candidatures.» 

Des besoins similaires guideront Fanny quelques années plus tard, alors qu’elle perd son emploi dans le privé peu avant la naissance de son bébé. «Ma sœur a voulu m’aider et elle m’a dit à son tour que l’Université de Montréal cherche toujours du monde! Je suis ainsi entrée au Département de kinésiologie en 2013 comme TCTB.» Depuis 2016, elle poursuit son parcours au Bureau des communications et des relations publiques en tant que coordonnatrice.

Cette conciliation travail-famille qu’elles recherchaient, les sœurs Duval l’ont bel et bien trouvée à l’Université de Montréal. «Je suis gâtée, confie Fanny. J’ai un horaire agréable, de bons collègues avec qui il est facile de nouer des liens. Et en tant que Française, je me suis toujours sentie bien accueillie.» Même son de cloche chez Julie, qui considère que les employés de l’UdeM sont particulièrement choyés. «Ce qui est aussi extraordinaire, c’est la possibilité que nous avons de bouger et d’évoluer au sein de cette miniville qu’est l’UdeM.»

Les deux sœurs comptent bien cheminer au sein de l’Université, et c’est à cette fin qu’elles ont entamé des études supérieures: en relations industrielles pour Julie et en sciences de l’éducation pour Fanny «C’est grâce à l’UdeM, précise Fanny. On côtoie ici tant de gens intéressants qu’il se produit une sorte d’émulation qui nous pousse à nous dépasser. Si je n’étais pas employée de l’Université de Montréal, je ne suis pas certaine que je serais retournée aux études.»

  • Fanny et Julie Duval

    Crédit : Amélie Philibert

David, Laurent et Paul Lewis: «L'université est un milieu collégial. C’est peut-être le côté le plus sympathique du métier!»

Les frères et sœurs Lewis ont grandi dans une famille où l’éducation faisait office de priorité. Le père, statisticien, et la mère, normalienne, valorisaient fortement l’éducation et ils y ont consacré d’importantes ressources, emplissant la maison de livres et de jeux éducatifs, notamment. «Je pense qu’il n’a même jamais été question qu’on n’aille pas à l’université, se rappelle Paul. C’était une évidence!» Comme de fait, les sept enfants ont suivi des études universitaires.

C’est le benjamin, David, qui a mis les pieds à l’Université de Montréal en premier. Aujourd’hui chargé de cours à la Faculté des arts et des sciences (FAS), il y a d’abord fait ses études de maîtrise en physique dans les années 80. Peu de temps après, le sixième enfant, Laurent, y est engagé comme professeur de physique à la suite de ses études postdoctorales à l’Université Cornell. Ce sera au tour de Paul, le quatrième de la famille, d’y entrer en 1988. Boursier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, il quitte alors un poste de fonctionnaire pour entamer un doctorat en aménagement. En 1993, il devient professeur à la Faculté de l’aménagement.

Si leurs formations et leurs champs de recherche diffèrent, le travail des trois frères comporte néanmoins un fil conducteur: l’engagement au-delà de l’enseignement comme façon de faire avancer l’établissement: David, qui a été membre du comité de direction du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UdeM pendant cinq ans, siège à l’Assemblée universitaire (AU); Paul siège également à l’AU et termine un mandat de quatre ans comme doyen de la Faculté de l’aménagement; et Laurent vient d’être nommé vice-recteur associé à la recherche, après avoir été vice-doyen à la recherche à la FAS pendant près de 10 ans.

«C’est en quelque sorte du service à la communauté, une façon de donner à notre tour, explique Laurent. Il y a ici beaucoup de gens qui souhaitent que l’Université fonctionne bien.»

  • David, Laurent et Paul Lewis

    Crédit : Amélie Philibert

Denyse et Diane Baillargeon: «Il arrive même qu’on nous confonde!»

Déjà toutes petites, Denyse et Diane Baillargeon dévoraient les livres. Au point où les voisines qui les voyaient lire sur le balcon au lieu de jouer avec les autres enfants dans la rue demandaient à leur mère si elles étaient punies. Quelques décennies plus tard, les deux sœurs partagent toujours cette passion de la lecture. Et elles la vivent dans leur quotidien, à l’Université de Montréal. Alors que Denyse enseigne l’histoire des femmes au Département d’histoire, Diane dirige la Division de la gestion de documents et des archives de l’UdeM. Pour elle, qui travaillait à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), faire de l’Université son nouvel employeur a été un choix réfléchi. «Je me disais souvent que le seul endroit qui me ferait quitter BAnQ, ce serait l’Université de Montréal. Parce que le service des archives a une excellente réputation.»

Dans le petit milieu des archives et de l’histoire, on connaît bien les sœurs Baillargeon. «Ce qui est drôle, c’est que beaucoup de mes collègues connaissent ma sœur et que beaucoup de ses collègues me connaissent», explique Denyse. Il arrive même qu’on les confonde! «Je me rappelle que, quand Diane est arrivée à l’Université, je recevais des courriers ou des appels téléphoniques pour elle, des gens laissaient des messages que je ne comprenais pas, poursuit-elle en riant. Et le fait d’avoir les mêmes initiales n’aide pas!»

Les deux sœurs, qu’on sent très complices, avouent ne pas avoir l’occasion de se rencontrer souvent sur le campus parce que leurs pavillons sont éloignés et que leurs rythmes de travail diffèrent. Diane relève d’ailleurs avec amusement que c’est… sur le quai du métro qu’il leur arrive le plus souvent de se croiser, par hasard.

Denyse et Diane ont également pour point commun leur alma mater. Toutes deux ont en effet étudié à l’UdeM à la fin des années 70. Elles se souviennent d’une époque marquée par la contestation, époque où Denyse «tenait des tables anti-impérialistes à côté de la cafétéria». Quel regard portent-elles sur les étudiants d’aujourd’hui? «Ils vivent des situations personnelles plus difficiles. Beaucoup sont parents, travaillent, vivent loin de leur famille, remarque Denyse. Ils sont en outre plus pragmatiques. À notre époque, on ne pensait pas trop à la carrière, on étudiait un peu pour la beauté du geste.» Elles mentionnent aussi les changements apportés par le courriel. «Les étudiants attendent par exemple qu’on leur réponde très rapidement, ce qui n’est pas toujours possible», dit Diane.

Les sœurs Baillargeon s’accordent pour souligner leur bonheur de travailler en milieu universitaire. «C’est intéressant d’être dans un monde étudiant, où l’on se promène parmi des jeunes qui sont en train d’apprendre, on le sent particulièrement dans les périodes d’examens, où on les voit étudier», indique Diane. Sa sœur abonde dans le même sens. «L’Université nous garde jeunes! Et c’est un milieu très valorisant. Mais c’est également un peu déprimant, car les étudiants ont toujours 20 ans alors que nous, nous vieillissons d’année en année. Je pourrais maintenant être leur grand-mère!»

  • Denyse et Diane Baillargeon

    Crédit : Amélie Philibert