Mieux instruire les hommes pour améliorer la santé des femmes dans les pays du Sud

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Dans beaucoup de pays d’Afrique et d’Asie, plus un homme est instruit, plus sa compagne est susceptible d’utiliser un moyen de contraception ou d’obtenir de l’aide médicale pendant sa grossesse.

Les organismes de santé publique soulignent depuis longtemps l’importance d’instruire les femmes pour améliorer leur santé et celle des jeunes mères dans les pays en développement. Or, ils mettent moins l’accent sur les hommes qui partagent la vie de ces femmes et surtout sur l’incidence que le niveau de scolarité ou le manque d’éducation des compagnons et des pères a sur la capacité des femmes à prendre soin d’elles-mêmes en tant que personnes sexuellement actives et lorsqu’elles sont enceintes.

Aujourd’hui, une étude réalisée par un démographe africain de l’Université de Montréal montre que plus un homme est instruit, plus sa compagne fera attention à son corps avant et après sa grossesse en utilisant des moyens de contraception, en effectuant des examens prénataux ou en accouchant avec l’aide d’un professionnel de la santé. Ces résultats reposent sur l’analyse de questionnaires normalisés auxquels ont récemment répondu des couples dans 32 pays d’Afrique subsaharienne et 5 pays d’Asie.

«Quand je me suis lancé dans cette étude, mon hypothèse était que beaucoup d’hommes jouent un rôle essentiel dans la santé reproductive et maternelle de leurs compagnes», explique l’auteur principal Vissého Adjiwanou, un immigrant du Togo qui passe la moitié de son année universitaire à l’UdeM et l’autre moitié au Centre de recherche actuarielle de l’Université du Cap, en Afrique du Sud. «Ce que j’ai trouvé surprenant, c’est que pour avoir une influence majeure, les hommes doivent effectivement avoir reçu une meilleure instruction en ayant suivi des études secondaires ou supérieures.»

En revanche, si les femmes sont moins éduquées, cela a moins de répercussions. Si elles ne vont qu’à l’école primaire, elles prendront quand même soin de leur corps avant et pendant leur grossesse, bien que dans des proportions un peu moindres que les femmes plus instruites.

Juste une année d’études supplémentaire

«Dans l’ensemble, 32 % des femmes dont les compagnons avaient poursuivi leurs études après le secondaire étaient plus susceptibles d’avoir utilisé des contraceptifs modernes, 43 % d’avoir passé au moins quatre examens prénataux et 55 % d’avoir mis au monde leur dernier enfant avec l’aide d’un professionnel de la santé, par rapport aux femmes dont les compagnons n’étaient pas instruits», rapporte Vissého Adjiwanou dans son étude parue en ligne dans la revue Social Science & Medicine.

Si les hommes faisaient juste une année d’études supplémentaire, même les femmes dont les compagnons sont peu instruits seraient plus enclines à recourir à un moyen de contraception, à effectuer des examens prénataux et à accoucher dans une clinique ou un hôpital avec l’aide de professionnels, peut-on lire dans l’étude rédigée en collaboration avec les démographes Moussa Bougma, de l’Université Ouaga I, le professeur Joseph Ki-Zerbo, du Burkina Faso, et le professeur Thomas LeGrand, de l’UdeM, récemment nommé à la tête de l'Union internationale pour l’étude scientifique de la population.

Poursuivre les études après l’école primaire

«Cette étude démontre l’importance d’instruire les hommes pour façonner le comportement de leurs femmes en matière de santé dans les pays en voie de développement, et elle encourage fortement les hommes (tout comme les femmes) à poursuivre leurs études après l’école primaire, ce qui n’était pas avancé auparavant dans les discours politiques», conclut l’étude. M. Adjiwanou, professeur associé à l'UdeM, ajoute: «C’est un plaidoyer général pour continuer la recherche sur le rôle qu’ont les hommes dans la santé des femmes.»

Les données proviennent de questionnaires normalisés distribués dans le cadre de l’Enquête démographique et de santé d’ICF International, financée par l’Agence américaine pour le développement international et menée dans 37 pays. Au nombre des cinq pays sondés en Asie se trouvent ceux parmi les plus peuplés du monde, soit l’Inde et l’Indonésie, ainsi que le Bangladesh, le Cambodge et le Népal. En général, ce sont les femmes qui remplissent les questionnaires, les hommes ne répondant qu’à un tiers, voire à la moitié d’entre eux.

Autres conclusions

  • En moyenne, seule une femme sur quatre utilise un moyen de contraception moderne, ce qui représente 3 % des femmes en Guinée et 61 % des femmes au Zimbabwe.
  • Globalement, les femmes qui ont terminé leurs études secondaires sont 83 % plus susceptibles d’employer des moyens de contraception, 61 % de passer des examens prénataux et 2,3 fois plus sujettes à accoucher avec l’aide d’un personnel soignant qualifié.
  • Si l’homme et la femme sont tous les deux plus instruits, ils ne recourent pas davantage à la contraception. Beaucoup d’entre eux sont plus âgés quand ils commencent à avoir des enfants et n’utilisent donc pas de moyens de contraception.

À propos de l’étude

L’article «The effect of partners’ education on women’s reproductive and maternal health in developing countries», écrit par Vissého Adjiwanou, Moussa Bougma et Thomas LeGrand, est paru le 5 décembre 2017 dans Social Science & Medicine.

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