Une doctorante observe le cerveau des somnambules

  • Forum
  • Le 5 février 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Le somnambulisme touche 1 enfant sur 5 et 1 adulte sur 25.

Le somnambulisme touche 1 enfant sur 5 et 1 adulte sur 25.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Marie-Ève Desjardins a consacré sa thèse de doctorat à l’étude du somnambulisme. Elle s’est intéressée à l’activité du cerveau des somnambules.

Le somnambulisme touche 1 enfant sur 5 et 1 adulte sur 25. Cette maladie peut provoquer des blessures graves – dues à des chutes dans des escaliers par exemple. Elle est vieille comme le monde, mais demeure encore mal connue de la science. Or, une équipe de l’Université de Montréal vient de démontrer, à l’aide d’outils technologiques de pointe, que les épisodes de somnambulisme sont «précédés de changements dans la connectivité fonctionnelle cérébrale qui indiquent le passage vers un état plus près de l’éveil», comme on peut le lire dans la thèse de doctorat de Marie-Ève Desjardins, déposée récemment au Département de psychologie de l’UdeM.

«On sait depuis longtemps que, durant une vingtaine de secondes précédant l’épisode de somnambulisme, le dormeur traverse un état mitoyen entre le sommeil et l’éveil. Cela le mène à l’action, alors qu’il devrait être immobile, plongé dans la phase du sommeil lent profond. Nous avons donc concentré nos observations sur ces 20 secondes», explique la jeune femme actuellement en stage d’internat à l’Hôpital Notre-Dame et à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont afin d’obtenir son droit de pratiquer la psychologie clinique.

Pour procéder à l’étude de ce phénomène, une première – les analyses de connectivité fonctionnelle cérébrale et la tomographie d’émission monophotonique sont largement utilisées pour décrire le sommeil normal, mais n’avaient jamais encore été employées pour parler du sommeil lent profond de somnambules –, la chercheuse a convaincu 10 somnambules de venir dormir dans son laboratoire de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. Elle a comparé leur sommeil avec celui d’autant de sujets témoins.

«Marcher en dormant»

Marie-Ève Desjardins

Crédit : Amélie Philibert

Souvent présenté de façon caricaturale – le mot somnambulisme viendrait d’une expression latine signifiant «marcher en dormant», alors que le phénomène ne se manifeste pas toujours de la sorte –, le somnambule souffre d’une maladie chronique incommodante. Son sommeil, souvent fragmenté, n’est pas très réparateur. Il s’expose à des risques de blessures, sans parler des cas où il pose des actes insensés. Des gens se rendent à leur bureau en pyjama ou écrivent des courriels sans queue ni tête…

Pour mieux comprendre cette parasomnie, la chercheuse a comparé l’activité cérébrale pendant les phases active et non active du sommeil chez 27 somnambules. «Nous avons pris des mesures deux minutes avant les épisodes, ce qui nous a donné un point de comparaison», mentionne-t-elle en entrevue à Forum. Ses résultats donnent à penser qu’on devrait considérer le somnambulisme comme une transition anormale entre le sommeil et l’éveil.

Mais son protocole recelait une exigence un peu spéciale… «Nous avons demandé aux sujets de se priver de sommeil la nuit précédente. Nous savons que, même chez les grands somnambules, il n’est pas garanti que nous pourrons observer un épisode de somnambulisme en direct. Le meilleur moyen d’augmenter nos chances, c’était donc qu’ils se présentent au laboratoire en état de grande fatigue.»

Comme on ne peut placer les sujets de recherche dans un appareil de résonance magnétique, puisqu’il limite les mouvements du dormeur, il a fallu recourir à un autre type d’imagerie médicale. La tomographie d’émission monophotonique permet de suivre l’activité cérébrale en fournissant des images des zones du cerveau exposées au moyen d’une injection de produit radioactif qui émet des rayons gamma.

Les deux articles de sa thèse ont été acceptés pour publication dans la revue Sleep, qui fait autorité dans le champ de la médecine du sommeil.

Du rêve à la réalité

Au terme de ses études de doctorat sous la direction du professeur Antonio Zadra, on peut dire que Marie-Ève Desjardins est elle-même passée du rêve à la réalité, puisque sa première rencontre avec son superviseur a eu lieu alors qu’elle était encore à l’école secondaire. «Dans le cadre d’un cours sur les choix de carrière, j’ai écrit à M. Zadra pour qu’il me présente son métier. Il avait accepté et m’avait reçue dans son bureau du pavillon Marie-Victorin.»

Pour la jeune élève de l’Académie Lafontaine, à Saint-Jérôme, qui avait toujours été intriguée par les états hypnagogiques (un état de conscience accompagné parfois d’hallucinations), cette rencontre a été marquante. Elle avait griffonné des notes sur son cahier en pensant que l’étude des phénomènes liés au sommeil, c’était quand même une aventure passionnante. «Il est devenu mon directeur de thèse 10 ans plus tard. Et c’est lui qui m’a suivie au cours de mes recherches», dit-elle.

Même si cette aventure scientifique lui a beaucoup plu, elle se destine à la psychologie clinique.