Les saules antipollution livrent leurs secrets

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  • Le 8 février 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
C'est ici que le processus de phytoremédiation arrive à son terme. L'analyse de ce substrat révélera les performances des différents cultivars.

C'est ici que le processus de phytoremédiation arrive à son terme. L'analyse de ce substrat révélera les performances des différents cultivars.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

L’équipe de l’Institut de recherche en biologie végétale attend les premiers résultats de l’expérience de phytoremédiation menée à grande échelle sur des terrains contaminés de Montréal.

«Notre plus grande surprise, c’est que nos arbres ont poussé dans un sol pauvre jusqu’à une hauteur d’un mètre environ dès la première année; nous avons bon espoir d’obtenir des résultats intéressants en matière de décontamination», confie le postdoctorant Cédric Frenette Dussault, qui mène ses travaux au laboratoire de l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal.

Il retire d’un support une éprouvette remplie au quart d’un liquide jaunâtre qui laisse voir, après séchage, broyage et trempage dans un bain d’acide, le substrat provenant de divers cultivars de saules et de peupliers recueillis sur un terrain contaminé de l’est de Montréal. Après son analyse par spectrométrie de masse, il révélera les qualités antipollution de ces biofiltreurs naturels que sont… les végétaux.

Sous la direction de Michel Labrecque, professeur au Département de sciences biologiques de l’UdeM et conservateur du Jardin botanique de Montréal, l’équipe universitaire est engagée depuis deux ans dans un projet de phytoremédiation unique au monde. Son but: sélectionner les plantes les plus efficaces pour puiser dans le sol des contaminants accumulés durant des décennies d’activité industrielle. À l’aide de leurs racines, qui agissent comme des pailles dans cette mixture de contaminants, les variétés de saules et peupliers ainsi que les autres espèces végétales utilisées sauront aspirer les polluants et épurer les sols.

L’équipe a travaillé sur un premier hectare de terrain dès 2016. Et chaque année elle s’approprie un nouvel hectare. À terme, le projet permettra l’enracinement de végétaux sur quatre hectares contaminés. «Nous bâtissons sur les succès d’une année pour mieux désigner l’approche de l’année suivante», indique Michel Labrecque, qui effectue actuellement une mission en Chine.

Partenariat universitaire

C’est grâce à une subvention de 780 000 $ pour quatre ans accordée en 2015 par la Ville de Montréal que les chercheurs ont pu lancer ce projet, qui comporte une importante composante interdisciplinaire. Géographie, microbiologie, mycologie et botanique sont mises à contribution dans le volet scientifique. Mais on a aussi fait appel à une architecte de paysage, Myriam Lapierre, qui a orchestré l’agencement des divers végétaux employés. «Plutôt que de planter les arbres en rangs linéaires, elle a conçu un design complexe qui a transformé le lieu en un véritable jardin tout en respectant les exigences d’un bon design expérimental. Ça a beaucoup contribué à l’acceptabilité sociale du projet.»

Pendant tout l’été 2017, Cédric Frenette Dussault a coordonné l’équipe comptant jusqu’à sept personnes à temps plein. Il a fallu entretenir le terrain pour éviter, notamment, que le roseau commun (phragmite) l’envahisse. Ce n’est qu’au terme de la période végétative que les chercheurs ont récolté les précieuses tiges et leurs feuilles.

À la suite de l’analyse, ils pourront déterminer lesquelles des plantes ou des combinaisons de plantes s’avèrent les plus efficaces pour décontaminer les sols. «On s’attend à voir apparaître des spécialistes, soit des génotypes plus doués pour tel ou tel métal lourd – plomb, cuivre, zinc –, alors que d’autres montreront leurs forces dans la dépollution organique, soit l’élimination de dérivés de produits pétroliers.»

La phytoremédiation ou dépollution par les plantes demeurera une solution de décontamination à long terme (les végétaux sont à l’œuvre de 5 à 10 ans au moins), mais pourrait être la voie de l’avenir et à faible coût pour traiter les milliers de terrains contaminés du pays.

  • Cédric Frenette Dussault et Yves Roy.

    Crédit : Amélie Philibert