À la découverte des littératures francophones d’Afrique et des Caraïbes

  • Forum
  • Le 21 février 2018

  • Catherine Couturier
Léopold Sédar Senghor est un des pères fondateurs du mouvement de la négritude. Il est ici en compagnie du recteur Roger Gaudry, lors de sa visite officielle à l’UdeM en septembre 1966 en tant que président du Sénégal.

Léopold Sédar Senghor est un des pères fondateurs du mouvement de la négritude. Il est ici en compagnie du recteur Roger Gaudry, lors de sa visite officielle à l’UdeM en septembre 1966 en tant que président du Sénégal.

Crédit : Division des archives de l’UdeM

En 5 secondes

À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, la professeure Christiane Ndiaye esquisse un tableau des littératures francophones d’Afrique et des Caraïbes.

Longtemps inféodées à la littérature française, les littératures francophones d’Afrique subsaharienne et des Caraïbes sont aujourd’hui multiples et florissantes. C’est le constat que fait Christiane Ndiaye, professeure au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal. «C’est extrêmement vaste! Ces littératures tirent leur origine d’une production très ancienne et sont très riches.» On compte ainsi, par époque et par région, de nombreux genres et des centaines d’auteurs. Malgré tout, la production littéraire d’Afrique subsaharienne, des Antilles et d’Haïti reste encore peu connue du grand public, ce qui désole Mme Ndiaye.

Comme toutes les littératures, celles de ces régions ont été influencées par l’histoire. Si chaque pays d’Afrique subsaharienne et des Caraïbes a la sienne, Mme Ndiaye relève un point commun: la colonisation et l’esclavage. «On trouve donc, dans ces pays, une littérature de protestation, même si depuis une cinquantaine d’années les formes et les imaginaires se sont diversifiés», souligne la professeure.

Haïti ou la richesse d’une tradition

Haïti, de par son accession à l’indépendance il y a plus de 200 ans, a pris une certaine longueur d’avance sur le reste des Caraïbes et de l’Afrique. «Haïti est un pays de poésie», rappelle Mme Ndiaye. Ainsi, la littérature haïtienne fait ses premiers pas entre 1804 (année de l’indépendance) et 1915, caractérisée par la quête de légitimité de la révolution haïtienne, à travers des romans historiques, des essais engagés et de la poésie lyrique. 

La période de l’occupation américaine, entre 1915 et 1934, sera marquante pour les Haïtiens, selon Mme Ndiaye. «Dans les années 20, le mouvement indigéniste vient s’opposer à la domination américaine et française, et l’on cherche à se tourner vers la culture d’origine, créole.» Jean Price-Mars, Jacques Roumain et Jacques Stephen Alexis seront les chefs de file de cette révolution culturelle.

Affirmation de l’africanité

Alors qu’en Haïti l’indigénisme prenait racine, le mouvement de la négritude jouera un rôle primordial peu après dans le développement des littératures francophones d’Afrique subsaharienne et des Caraïbes dans les années 30. C’est l’époque de la contestation du colonialisme, de la prise de position du Noir contre le monde imaginé et défini selon les valeurs du Blanc. Du point de vue littéraire, on observe une rupture avec les littératures coloniales et exotiques produites par les Européens. Plusieurs écrivains des Antilles et d’Afrique font partie du mouvement où prédominent la poésie et les essais, dont les fondateurs Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, qui exaltent dans leurs écrits l’Afrique mère.

Vient ensuite le roman réaliste à partir des années 50, qui fait connaître cette littérature de contestation, précise la professeure de l’UdeM. L’esthétique de ces romans reste souvent proche de la longue tradition orale africaine et leur structure s’approche de celle des contes par la narration chronologique et les personnages types. Depuis les années 60, on note toutefois que les tendances et les genres se diversifient.

Les Caraïbes et la créolité

Contrairement à Haïti l’indépendante, les petites îles des Antilles comme la Guadeloupe et la Martinique sont encore aujourd’hui sous contrôle français. Après les influences de la négritude, un mouvement de créolisation suivra: d’abord le courant de l’antillanité dans les années 60, puis la créolité dans les années 80: «On encourageait les écrivains à s’inspirer des traditions orales et à écrire en créole. On sentait que le créole était menacé, ce qui n’était pas le cas en Haïti ou en Afrique, où ni les langues ni les cultures d’origine n’étaient en danger.» Raphaël Confiant, Jean Bernabé et Patrick Chamoiseau publieront ainsi en 1989 le manifeste idéologique Éloge de la créolité, qui revendique une vision nationaliste de la culture créole ancrée dans les Antilles.

Une explosion des genres

Les littératures de ces régions du monde sont donc multiples et diversifiées, y compris à l’intérieur d’une même région, sans compter les écrivains faisant fi des courants et des modes, ou ceux plus en marge ou marginalisés, comme les femmes pendant longtemps. Ainsi, en Afrique, «on remarque une tendance vers le roman populaire qui n’existait pas avant les années 70. C’est le reflet d’une augmentation et d’une diversification du lectorat», mentionne Mme Ndiaye.

À découvrir

Difficile de choisir, mais voici quelques auteurs qui vous permettront peut-être, de fil en aiguille, de découvrir ces littératures francophones… et pas seulement durant le Mois de l’histoire des Noirs!

  • Jacques Roumain, Haïti
  • Patrick Chamoiseau, Martinique
  • Gisèle Pineau, Guadeloupe
  • Lyonel Trouillot, Haïti
  • Gary Victor, Haïti
  • Kettly Mars, Haïti
  • Maryse Condé, Guadeloupe
  • Alain Mabanckou, Congo
  • Calixthe Beyala, Cameroun
  • Ahmadou Kourouma, Côte d’Ivoire
  • Boubacar Boris Diop, Sénégal
  • Aminata Sow Fall, Sénégal

Pour en savoir plus

Christiane Ndiaye (dir.), Introduction aux littératures francophones, Les Presses de l’Université de Montréal, 2004, 284 pages.