Une nuit entre songe et réalité

  • Forum
  • Le 21 février 2018

  • Hélène Roulot-Ganzmann
Oriol Tomas, Jean-François Rivest, Emmanuel Hasler et Lila Duffy au cours d’une répétition.

Oriol Tomas, Jean-François Rivest, Emmanuel Hasler et Lila Duffy au cours d’une répétition.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Jean-François Rivest et l’équipe de l’Atelier d’opéra de l’UdeM ont choisi «Le songe d’une nuit d’été», version Benjamin Britten, pour la production opératique annuelle de la Faculté de musique.

«C’est un chef-d’œuvre rare, intemporel, décrit Jean-François Rivest, chef de l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM). Le songe d’une nuit d’été est l’une des pièces de théâtre les plus célèbres de tous les temps. Elle a été adaptée à la télé et au cinéma, elle est devenue une comédie musicale, elle a été montée de toutes les façons possibles et impossibles à travers les époques, et donc en œuvre lyrique également. La version la plus connue est celle de Mendelssohn. Mais Benjamin Britten en a fait un opéra extraordinaire qui mériterait d’être joué plus souvent.» L’Atelier d’opéra de l’UdeM et l’OUM présenteront cette œuvre début mars.

Contrairement à d’autres pièces du compositeur britannique, le chef souligne que Le songe d’une nuit d’été (A Midsummer Night’s Dream dans sa version originale anglaise) est tout à fait abordable, même pour un public non averti. Il explique qu’il colle «comme un bas de nylon» à la pièce de Shakespeare.

«C’est très compliqué à mettre en place, dit-il, parce que la musique est déhanchée, syncopée, faussement désorganisée pour donner l’impression d’être toute croche. Il y a de la folie dans cette forêt.»

Un chaos complètement déjanté

Car la situation est parfaitement rocambolesque. Obéron, le roi des elfes, et Titania, la reine des fées, se disputent les services d’un page indien. Aucun des époux ne veut céder et leur querelle bouleverse l’ordre du monde. Obéron charge le lutin Puck de cueillir une fleur magique dont l’extrait versé sur des paupières fermées rend amoureux du premier être aperçu au réveil.

La potion rendra alors Titania amoureuse de l’âne Bottom et fera et défera deux couples d’amoureux, Lysandre et Hermia ainsi que Démétrius et Hélène, venus se réfugier dans la forêt mystérieuse. Au même endroit, au même moment, des artisans se retrouvent pour répéter la pièce de théâtre qu’ils joueront au mariage du duc d’Athènes, Thésée, avec la reine des Amazones, Hippolyte.

«Le rêve permet de créer l’unité de l’œuvre, commente Oriol Tomas, metteur en scène collaborant avec l’Opéra de Montréal et l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, qui travaille pour la première fois avec l’Atelier d’opéra de l’UdeM. C’est un chaos complètement déjanté, délirant. On ne sait pas ce qui appartient à la réalité ou au songe. Les fées côtoient les dieux de la mythologie, les artisans font du théâtre dans le théâtre, les jeunes nobles se courent après dans une forêt, lieu de tous les possibles, de tous les mystères, lieu de fuite.»

La production propose un décor surnaturel de racines en décomposition représentant le dérangement de la nature. Tout comme Benjamin Britten a choisi des tessitures et des instrumentations très singulières pour chacun des groupes de personnages, le metteur en scène les caractérise en les parant de costumes bien reconnaissables.

«Ils sont nombreux sur scène, souvent en même temps, raconte-t-il. Il fallait trouver un moyen de les repérer facilement. Je suis surpris de la qualité du travail produit par les étudiants. Il y a une part dramatique très importante. Ils sont toujours au moins cinq ou six à se répondre. Ça joue vraiment!»

Des personnages profondément humains

Malgré la difficulté, Jean-François Rivest tenait à cet opéra pour profiter de la qualité des voix dont il dispose cette année. Il souligne notamment la performance du jeune ténor Emmanuel Hasler, qui interprète Lysandre, l’un des amoureux en fuite.

«C’est un sacré défi, admet lui-même Emmanuel Hasler. Lysandre est impétueux, mû par ce désir de s’émanciper, de transgresser les règles. Il ressent une très large palette des émotions qu’on peut éprouver pour une femme et, en même tant, il doit rester calme par rapport à ce débordement, qui est traduit tant dans la musique que dans le texte.»

Très large palette de sentiments également du côté de la reine des fées Titania, interprétée par la soprano Lila Duffy.

«C’est un rôle rêvé, lance-t-elle. Un rôle féroce. Titania a de multiples facettes. Au début, elle est fâchée, il y a une colère fière. Mais il y a un côté très doux et très protecteur vis-à-vis de ses fées. Une énorme sensualité aussi, notamment lorsqu’elle tombe amoureuse de l’homme-âne Bottom. Mais il n’y a pas de trivialité, ça reste éminemment poétique.»

Un personnage attachant et tout en dualité, comme presque tous les autres. Car bons ou méchants, ils sont tous profondément humains, note Jean-François Rivest.

«Il n’y a pas de personnages secondaires, mentionne pour sa part Oriol Tomas. Tous sont importants. Le geste de l’un a des conséquences sur l’autre. Et musicalement aussi, tout s’imbrique, tout est tissé très serré. Ça donne une sorte de vivacité sur scène.»

  • L'OUM, dirigé par Jean-François Rivest, et l'Atelier d'opéra de l'UdeM présentent au public cette année «Le songe d’une nuit d’été», version Benjamin Britten.

    Crédit : Amélie Philibert

En savoir plus

A Midsummer Nigth’s Dream, de Benjamin Britten, sera présenté, en version originale anglaise avec surtitres français et anglais, les 1er, 2 et 3 mars à 19 h 30 à la salle Claude-Champagne, 220, avenue Vincent-D'Indy, à Montréal. Billets en vente sur admission.com.