Régime universel de soins de santé du Canada: «The Lancet» publie une analyse critique

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Des mesures concrètes sont nécessaires afin de renouveler le leadership du Canada en matière de santé, particulièrement en ce qui a trait aux populations autochtones.

Dans un bilan complet du système de santé canadien, les auteurs d’une série d’articles qui paraît aujourd’hui dans The Lancet exhortent le gouvernement canadien à passer de la parole aux actes sur des enjeux dont l’importance s’accroît, comme les disparités au sein de la population canadienne en ce qui concerne surtout l’état de santé d’une majorité de personnes issues des populations autochtones, les réformes du système de santé des différentes provinces canadiennes et les effets du déclin des investissements dans l’aide internationale, s’il veut renouveler son leadership sur les plans provincial, fédéral et international en matière de santé. Après un examen de la couverture de santé universelle du Canada et le rôle du pays dans la santé mondiale, c’est la conclusion à laquelle en viennent les auteurs des deux articles principaux qui font l’objet de cette série spéciale.

Les auteurs des articles en compagnie de la ministre de la Santé du Canada, Mme Jane Philippot.

Les séries de The Lancet sur le Canada ont été lancées aujourd’hui à Ottawa et la parution des articles, écrits par des universitaires et intervenants de partout au pays, dont Bilkis Vissandjée, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’UdeM, s’inscrit dans les activités qui soulignent la présidence du G7 par le Canada en 2018.

L'analyse est accompagnée d’un résumé des discussions auxquelles a participé le premier ministre Justin Trudeau sur l’importance de l’équité entre les genres dans le gouvernement fédéral et sur la reprise du soutien financier du Canada pour la santé des femmes et des filles sur la scène mondiale. La ministre Jane Philpott expose quant à elle la vision du Canada en ce qui concerne la santé mondiale et l'égalité des sexes ainsi que les plans du pays pour améliorer la santé et le bien-être des autochtones.

Parmi les constats sur le système de santé canadien faits dans la première série d’articles publiée par The Lancet, voici les plus préoccupants :

  • les délais d’attente excessifs pour l’accès aux soins non urgents;
  • l’inaccessibilité des services non couverts par l’assurance maladie;
  • les inégalités de santé observées dans la majorité des populations autochtones.

Les auteurs y rapportent que «le plus déplorable, aux yeux de nombreux observateurs du système de santé canadien, est la persistance de ces problèmes historiquement». Ils ajoutent: «Si l’on ne peut diagnostiquer une crise dans le système canadien, on peut certainement affirmer qu’il souffre d’immobilisme.»

La professeure Bilkis Vissandjee.

Bilkis Vissandjée, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal et chercheuse à l’Institut de recherche en santé publique de l’UdeM, a coécrit le premier article sur le régime universel de soins de santé. Parmi ses champs d’intérêt en recherche, en tant que chercheuse au Centre SHERPA du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, figurent les défis que pose la prestation de soins de qualité dans un contexte ethnique et linguistique. À l’instar des populations autochtones, certaines catégories d’immigrants au Canada, principalement les réfugiés et les demandeurs d’asile, ont de la difficulté à accéder aux soins de santé en raison de facteurs comme la langue, certaines valeurs et perceptions liées à la culture du pays d’origine.

«Communiquer est l’essence même de la qualité des soins, spécialement dans une perspective d’équité, mentionne la professeure Vissandjée. Au Québec, les établissements de santé et de services sociaux peuvent faire appel à des interprètes par l’entremise de la Banque interrégionale d’interprètes, entre autres ressources. Cependant, il y a encore du travail à faire pour faire connaître de telles ressources tant auprès des personnes qui en ont besoin que de nos intervenants et décideurs dans les établissements, dont la responsabilité première est d’offrir des services et des soins qui seront compris par ceux et celles qui les reçoivent.»

Des actions à entreprendre pour éviter l’obsolescence du système de soins

Dans l’ensemble, les auteurs des deux articles publiés par The Lancet estiment que, afin de combler les carences ciblées du système de santé canadien, il est nécessaire de reconduire le contrat social soutenant le régime d’assurance maladie. Les gouvernements, les prestataires de soins de santé (plus particulièrement les médecins et, dans une perspective de collaboration, les infirmières praticiennes spécialisées et les autres professionnels de la santé qui agissent en première ligne) et la population canadienne devront renouveler ensemble leur engagement envers les valeurs d’équité, de solidarité et d’intendance partagée du système.

Afin de réaliser le plein potentiel du régime d’assurance maladie, des actions renouvelées sur les déterminants sociaux de la santé, notamment pour mieux joindre les populations les plus vulnérables du Canada, et une réelle réconciliation avec les populations autochtones doivent avoir lieu parallèlement aux réformes qui ont lieu à travers le Canada. Ainsi, sans une vision politique audacieuse et le courage d’élargir de façon innovante le système de santé national, la version canadienne de la couverture de santé universelle risque de devenir obsolète.

Pour lire les articles publiés dans «The Lancet»