Montréal célèbre près d’un siècle de recherche en botanique

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  • Le 1 mars 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Cette murale où l'on peut voir la silhouette du bâtiment qui abrite l'IRBV et celle du pavillon emblématique de l'UdeM ainsi que la citation du frère Marie-Victorin est signée Jean-Nicolas Pitre.

Cette murale où l'on peut voir la silhouette du bâtiment qui abrite l'IRBV et celle du pavillon emblématique de l'UdeM ainsi que la citation du frère Marie-Victorin est signée Jean-Nicolas Pitre.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Les chercheurs de l’Institut de recherche en biologie végétale ont souligné récemment la reconversion d’une ancienne bibliothèque en salle multifonctionnelle.

«À mes collaborateurs de l’Institut botanique de l’Université de Montréal et du Jardin botanique de Montréal, je rends le témoignage qu’ils m’ont toujours servi avec dévouement et désintéressement, écrit le frère Marie-Victorin dans son testament daté du 17 février 1944. Ils ont été ma famille et ont remplacé celle dont j’avais fait le sacrifice. Je les en remercie une dernière fois du fond du cœur! Et je leur demande aussi, maintenant que je ne suis plus là, d’unir leurs forces, fraternellement, pour faire des deux institutions de grandes et durables œuvres pour le service du vrai et du bien.»

Un extrait de ce texte posthume figure désormais sur une murale à l’entrée de la salle E-328, récemment rénovée, du pavillon où loge l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) au Jardin botanique de Montréal. «Nous cherchions un message qu’aurait pu nous transmettre le fondateur de l’Institut botanique et, miracle, nous l’avons trouvé», s’est exclamé Jacques Brisson à l’inauguration de la nouvelle salle multifonctionnelle. Reprenant le style Art déco qui caractérise l’ensemble du bâtiment, elle servira prioritairement au personnel et aux étudiants de l’IRBV et aux Amis du Jardin botanique de Montréal, qui ont participé au financement de son réaménagement.

Ils étaient venus en grand nombre à la cérémonie du 23 février, répondant à l’invitation de la directrice de l’Institut de recherche, Anne Bruneau. La vice-rectrice à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation de l’Université de Montréal, Marie-Josée Hébert, le doyen de la Faculté des arts et des sciences, Frédéric Bouchard, le directeur général d’Espace pour la vie, Charles-Mathieu Brunelle, le directeur du Jardin botanique, René Pronovost, et la présidente du conseil d'administration des Amis du Jardin botanique de Montréal, Paule Lamontagne, ainsi que la directrice du regroupement, Maud Fillion, ont chaleureusement applaudi les organisateurs au moment du dévoilement de la murale signée Jean-Nicolas Pitre. Outre la citation, l’œuvre comprend sur une ligne les silhouettes de l’Institut botanique et du pavillon Roger-Gaudry.

Une histoire de la recherche

C’est en 1920 que Conrad Kirouac, alias le frère Marie-Victorin (1885-1944), crée l’Institut botanique de l’Université de Montréal. Unité départementale de la toute nouvelle faculté des sciences, il ne compte alors qu’une poignée d’individus sous la direction de cet autodidacte (il obtiendra son premier diplôme universitaire en 1922) qui influencera profondément l’histoire des sciences au Canada français. Le professeur Luc Brouillet a présenté l’histoire de cette unité universitaire qui a grandi sur les terrains d’une administration municipale.

C’est par la botanique que la recherche en sciences naturelles a fait ses premiers pas à l’Université de Montréal, a-t-il rappelé. Le frère Marie-Victorin, qui avait publié une trentaine de textes scientifiques entre 1908 et 1920, principalement dans Le naturaliste canadien, sera le premier titulaire de la Chaire de botanique. Il crée aussitôt l’Institut botanique, qui s’imposera peu à peu dans son champ disciplinaire. En 1922 paraît le premier numéro des Contributions de l’Institut botanique, une revue révisée par les pairs avant la lettre qui survivra au frère plusieurs années.

L’Institut botanique, qui logera longtemps dans des locaux exigus et insalubres du pavillon de l’Université rue Saint-Denis, déménage en 1939 au Jardin botanique de Montréal, où se trouve aujourd’hui l’IRBV. On y installe aussi l’herbier constitué par l’auteur de la Flore laurentienne, conservé au Centre sur la biodiversité depuis son ouverture, en 2011.

Une histoire commune

Il n’est pas exagéré de dire que l’histoire de l’UdeM et celle du Jardin botanique de Montréal sont liées. C’est grâce à l’influence exercée par Marie-Victorin sur le maire de Montréal Camillien Houde (son ancien élève) que le Jardin botanique voit le jour en pleine crise économique. La recherche et l’enseignement en biologie végétale s’y développent. On y verra de grands noms de la science y planter leurs racines: Jacques Rousseau, Jules Brunel, Pierre Dansereau, Marcelle Gauvreau, Cécile Lanouette, James Kucyniak, Ernest Rouleau…

Après un relâchement dans les années 60 et 70, l’Université de Montréal relance la collaboration entre la Ville et l’Université à l’initiative du botaniste André Bouchard (1946-2011). L’IRBV voit le jour en 1990 avec le soutien du doyen Robert Lacroix et du directeur du Jardin botanique Pierre Bourque, et l’appui des élus municipaux.

Luc Brouillet a conclu sa présentation en montrant un graphique de la progression régulière du nombre de chercheurs et d’étudiants diplômés dans la discipline depuis 1982, et surtout du nombre d’articles scientifiques, de monographies et de rapports produits au cours des 30 dernières années par l’Institut de recherche.

Une nouvelle génération de chercheurs (Étienne Laliberté, Pierre-Luc Chagnon, Daniel Kierzkowski, Anne-Lise Routier) sont venus depuis 2014 donner un air de jeunesse au centre de recherche dont on célébrera en 2020 le 100e anniversaire.

  • Luc Brouillet a présenté l'histoire de la recherche en botanique à l'UdeM, intimement liée à celle du Jardin botanique de Montréal.

    Crédit : Amélie Philibert