Le vécu des patients est au cœur de la formation des futurs professionnels de la santé

  • Forum
  • Le 2 mars 2018

  • Martin LaSalle
Dès la première année de leur baccalauréat, les étudiants sont placés dans des situations cliniques fictives pour discuter des enjeux de collaboration interdisciplinaire, en partenariat avec un patient.

Dès la première année de leur baccalauréat, les étudiants sont placés dans des situations cliniques fictives pour discuter des enjeux de collaboration interdisciplinaire, en partenariat avec un patient.

Crédit : Murielle Ladouceur

En 5 secondes

Grâce à une formation unique avec de vrais patients, les futurs professionnels de la santé et des services sociaux inscrits à l’UdeM optimiseront le travail en équipe et la qualité des soins.

Chaque année, 1500 nouveaux professionnels de la santé formés à l’Université de Montréal arrivent dans le réseau de la santé et des services sociaux. Ils ont reçu une formation unique axée sur le travail en équipes interdisciplinaires faisant place à la participation de patients partenaires qui les préparent à tenir compte de l’expérience et du vécu des personnes qu’ils soignent.

«Les patients – dont ceux qui vivent au quotidien avec une maladie chronique – possèdent des connaissances dont les futurs professionnels de la santé ne peuvent faire abstraction, dans un contexte où le réseau de la santé et des services sociaux est appelé à intégrer une approche interdisciplinaire de soins», explique Isabelle Brault, professeure à la Faculté des sciences infirmières et présidente du Comité interfacultaire opérationnel (CIO) de formation à la collaboration interprofessionnelle et au partenariat de soins de l'UdeM.

L’idée d’adopter cette approche en sciences de la santé à l’Université est liée aux grands défis sociaux et technologiques qui se posent dans le réseau de la santé. «D’une part, les gens vivent plus longtemps, et parfois avec une maladie chronique qui implique divers autres troubles qu’un seul professionnel ne peut traiter», indique Annie Descoteaux, gestionnaire de projet à la Direction collaboration et partenariat patient de l’UdeM et vice-présidente aux relations avec les patients au CIO.

D'autre part, les patients s’informent désormais auprès de sources diversifiées pour tenter d’améliorer leur état de santé. «En dialoguant avec leurs patients, les professionnels de la santé peuvent évaluer la qualité de ces informations, en tirer profit quand elles sont exactes et rectifier celles qui ne le sont pas, et tenir compte de l’expérience que chaque patient vit au quotidien», ajoute Mme Descoteaux.

Une formation unique

Isabelle Brault et Annie Descoteaux

Crédit : Amélie Philibert

L’unicité de cette formation repose grandement sur l’enrichissement par les patients partenaires des connaissances qu’acquièrent les futurs professionnels de la santé et des services sociaux, et sur l’interaction entre les premiers et les seconds.

«Nos patients partenaires ont réfléchi sur leur parcours de soins, ils ont du recul et ont souvent siégé à des comités d’amélioration de la qualité des soins dans des hôpitaux, poursuit Mme Descoteaux. Ils sont formés pour aider les étudiants à parfaire – et à humaniser! – leurs approches cliniques.»

Ainsi, dès la première année de leur baccalauréat, les étudiants sont jumelés à des patients et sont placés dans des situations cliniques fictives pour discuter des enjeux de collaboration en partenariat avec le patient. En deuxième année, ils apprennent à désigner les professionnels qui sont le mieux placés pour aider le patient en fonction de son problème de santé. Et, en troisième année, ils mettent leurs connaissances en pratique au cours d’ateliers de simulation et d’activités interprofessionnelles dans des milieux cliniques.

«En plus de voir un patient dès le début de leur parcours, les étudiants apprennent rapidement à communiquer entre eux, à prévenir et à résoudre les conflits que l’utilisation de jargons peut entraîner, mentionne Isabelle Brault. Un référentiel de compétences a d’ailleurs été créé et la formation permet l’acquisition et le développement de leurs compétences d’année en année pour une meilleure compréhension mutuelle.»

Lors de son implantation comme projet pilote en 2008, cette formation visait l’amélioration de la collaboration entre étudiants de quatre disciplines. Le succès a été tel qu’aujourd’hui, ce sont près de 4500 étudiants de 13 baccalauréats en sciences de la santé et en sciences psychosociales de l’UdeM qui en bénéficient annuellement: médecine, médecine dentaire, sciences infirmières, pharmacie, kinésiologie, ergothérapie, physiothérapie, nutrition, audiologie, orthophonie, optométrie, psychologie et travail social.

«J’ai désormais une perspective plus globale»

Stéphanie Fafard, étudiante de troisième année en pharmacie

«Les cours de collaboration interprofessionnelle avec les patients partenaires sont les seuls qui m’ont permis d’interagir avec des étudiants issus d’un autre programme de la santé, et ça m’a permis d’en apprendre davantage sur les responsabilités de chacun et de comprendre les limites de chaque profession, dit Stéphanie Fafard. J’ai désormais une perspective plus globale du rôle de chacun qui me permet de diriger un patient vers le professionnel indiqué selon sa situation.»

L’étudiante de troisième année à la Faculté de pharmacie considère aussi avoir élargi ses horizons grâce aux patients partenaires. «J’ai beaucoup aimé qu’un patient nous raconte son parcours en commençant par le diagnostic, puis en nous parlant des rendez-vous qu’il a eus avec différents professionnels de la santé et de toutes les émotions qu’il a vécues durant le processus, déclare la jeune femme. J’ai surtout retenu qu’un patient souhaite d’abord et avant tout être traité avec respect, c’est-à-dire se faire saluer à son arrivée, être écouté et, surtout, être impliqué dans son traitement.»

Aider le patient à mieux se prendre en charge

Édouard Voyer, étudiant de quatrième année en médecine

Pour Édouard Voyer, le contact avec les patients partenaires lui a fait comprendre la multiplicité des besoins qu’une personne peut avoir. «Un spécialiste qui voit le patient une fois par année ne peut tout régler à lui seul, observe l’étudiant de quatrième année à la Faculté de médecine. Les problématiques propres aux personnes ayant, par exemple, des troubles de santé mentale ou souffrant de diabète sont complexes et requièrent plusieurs intervenants, qui soigneront le patient tout en l’aidant à mieux se prendre en charge.»

Apprendre à travailler en équipes interdisciplinaires a aussi servi le futur médecin dans ses stages. «En milieu hospitalier, les changements s’effectuent graduellement et parfois lentement, mais dans certains milieux, l’organisation des soins tourne autour d’éléments particuliers et tous y participent, conclut-il. Je crois également que la présence accrue de femmes dans les domaines de la santé et des services sociaux contribue à l’implantation d’une approche interdisciplinaire axée sur la communication et le dialogue.»

Une influence dans le réseau de la santé… et dans le monde

Non seulement les 1500 nouveaux diplômés qui intègrent annuellement le réseau de la santé recherchent des milieux de pratique où le travail interdisciplinaire est à l’avant-plan, mais ils deviennent eux-mêmes des agents de changement et contribuent à en accentuer le recours là où ils exercent leur profession après leur formation.

En parallèle, la Direction collaboration et partenariat patient de la Faculté de médecine de l’UdeM accompagne les milieux de soins dans l’intégration de cette approche, notamment les centres intégrés de santé et de services sociaux et les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux qui en ont fait la demande.

«À terme, nous souhaitons aussi établir une accréditation en partenariat patient pour les différents établissements de santé, ce qui représentera un attrait pour les futurs professionnels», dit Isabelle Brault.

Plus encore, «l’Université de Montréal est un leader mondial en matière d’intégration de patients partenaires dans la formation des professionnels de la santé», affirme Mme Brault. De fait, elle et sa collègue sont fréquemment invitées à prononcer des conférences, entre autres aux États-Unis, en Angleterre et en Belgique, pour faire connaître l’expertise qui distingue l’UdeM.

Rappelons que la formation à la collaboration interprofessionnelle et au partenariat de soins s’inscrit dans les efforts déployés par l’Université pour mettre en place un pôle des sciences de la santé axé sur l’innovation et l’interrelation des savoir-faire, et sur la collaboration active entre les facultés et départements associés à la santé.