En restant propres, les poissons de mer conservent leur intelligence

Un chromis épineux attend patiemment pendant qu'un labre nettoyeur inspecte ses nageoires et son corps pour les débarrasser d'éventuels parasites.

Un chromis épineux attend patiemment pendant qu'un labre nettoyeur inspecte ses nageoires et son corps pour les débarrasser d'éventuels parasites.

Crédit : Simon Gingins

En 5 secondes

Le «service de nettoyage» offert par les petits poissons est essentiel pour maintenir les barrières de corail en santé.

Une équipe internationale de chercheurs dirigée par une biologiste de l’Université de Montréal a découvert que l’infection par des parasites affecte les capacités de raisonnement des poissons coralliens.

L’étude réalisée à la Lizard Island Research Station, en Australie, et conduite par Sandra Binning, professeure adjointe au Département de sciences biologiques de l’UdeM, est parue cette semaine dans la revue Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences.

Ces travaux soulignent l’influence déterminante à la fois des parasites et des organismes nettoyeurs sur les capacités de prise de décision des poissons coralliens.

Sandra Binning et son équipe ont constaté que les poissons de mer malades peuvent guérir grâce à d’autres animaux comme le labre nettoyeur à rayures bleues, un poisson d’aquarium commun qui mange les parasites nuisibles sur ses «patients» et les aide ainsi à rester en santé.

«Nous avons prélevé des poissons-demoiselles sauvages qui interagissaient ou non avec des labres nettoyeurs et avons testé leurs capacités à résoudre un test d’alimentation en laboratoire, rapporte la professeure. Ensuite, nous avons comparé leurs résultats avec ceux de poissons que nous avions infectés par des parasites dans le cadre de cette expérience. Nous avons noté que l’infection par des parasites, surtout s’ils sont nombreux, affaiblit réellement les capacités d’apprentissage des poissons.»

Ces résultats ne surprendront certainement pas les gens qui, alors qu’ils étaient malades, ont essayé de faire des activités qui nécessitaient de la réflexion et de la concentration. «Quand on est malade, le corps détourne des ressources du cerveau pour combattre l’infection», explique Mme Binning. Cela nous empêche de penser et de réfléchir correctement.»

Les êtres humains peuvent aussi avoir intérêt à se tenir éloignés des parasites. «Des études montrent que les enfants qui ont des parasites intestinaux réussissent moins bien les tests scolaires normalisés que ceux qui n’en ont pas, mentionne la biologiste. Lorsqu’on soigne ces enfants avec des médicaments antiparasitaires, leurs résultats scolaires s’améliorent.»

Vétérinaires des mers

Bien que les poissons ne puissent pas prendre de médicaments quand ils se sentent patraques, ils peuvent requérir l’aide de labres nettoyeurs pour les aider à se débarrasser de leurs parasites. L’accès à ces services de nettoyage peut grandement favoriser le poisson à un test d’apprentissage.

D’après Sarah Binning, «les labres nettoyeurs jouent le rôle de vétérinaires des mers. Leurs patients leur rendent visitent pour se défaire de leurs parasites et cela renforce leurs capacités à réfléchir et à résoudre le test».

On sait aussi que les interactions avec les labres nettoyeurs réduisent le stress de ces patients et augmentent le recrutement local de poissons coralliens.

Toutefois, cette fonction essentielle au maintien de la santé des communautés coralliennes pourrait être menacée: les labres nettoyeurs font partie des espèces marines les plus capturées pour les aquariums, en raison de leurs motifs colorés et de leur comportement altruiste.

«Il est important de comprendre les conséquences d’un accès limité aux labres nettoyeurs pour les autres poissons, fait remarquer Sarah Binning. Ils ne sont peut-être pas les plus gros ni les plus abondants de la barrière de corail, mais ils influent sur le bien-être de milliers d’autres poissons. Il faut en tenir compte quand on détermine les quotas de capture et qu’on organise la gestion des parcs marins.»  

L’étude a été réalisée en collaboration avec plusieurs groupes de chercheurs: Derek Sun et Alexandra Grutter, de l’Université du Queensland en Australie; Dominique Roche, Simona Colosio et Redouan Bshary, de l’Université de Neuchâtel en Suisse; et Joanna Miest, de l’Université de Greenwich au Royaume-Uni.

  • Les poissons sont capturés près du récif de corail à partir de navires de recherche comme celui-ci et relâchés, si possible, après les expériences.

    Crédit : Simon Gingins
  • La chercheuse Sandra Binning s'assure que l'un de ses poissons se porte bien et lui sert un savoureux repas de flocons de poisson pour le petit déjeuner.

    Crédit : Dominique Roche
  • Les parasites dits isopodes gnathiidés sont les moustiques de la mer, sortant des débris des récifs de corail la nuit pour sucer le sang des poissons.

    Crédit : Nico Smit
  • L'île Lizard, située sur la Grande Barrière de corail, en Australie, abrite une station de recherche qui accueille chaque année des centaines de scientifiques du monde entier.

    Crédit : Simon Gingins

À propos de cette étude

L'étude intitulée "Cleaner wrasse indirectly affect the cognitive performance of a damselfish through ectoparasite removal" a été écrite par Sandra Binning et ses collègues de l'Université de Montréal, l'Université de Neuchâtel (Suisse), l'Université de Queensland (Australie) et l'Université de Greenwich (Royaume-Uni). L'étude a été publiée le 7 mars 2018 dans le journal Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences.

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