Il faut faire plus de place aux femmes en recherche

  • Forum
  • Le 12 mars 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
On souhaiterait voir plus de femmes devenir patronnes de laboratoire.

On souhaiterait voir plus de femmes devenir patronnes de laboratoire.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Le Comité conseil sur la diversité en recherche invite la communauté universitaire le 19 mars à une conférence-midi sur le thème de la place des femmes en recherche.

«Les femmes ont obtenu la moitié des diplômes en sciences et en médecine depuis 1990, mais elles ne représentent encore qu’un chercheur sur trois», dit Vincent Larivière, professeur à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante.

Dans une synthèse d’études qu’il présentera le 19 mars à l’occasion d’une conférence-midi sur le thème de la place des femmes en recherche, le professeur Larivière signale que le problème de la disparité des genres n’est pas propre au Québec, loin de là. Au terme d’une étude sur quelque 5,5 millions d’articles dans 12 000 revues, il a constaté que les femmes étaient largement sous-représentées parmi les auteurs et coauteurs. C’est dans le domaine de la psychologie qu’on s’approche le plus de la parité (46 %). En arts, lettres et sciences humaines, la proportion d’auteures demeure élevée (39 %), mais en mathématiques, physique et génie, on compte moins d’une auteure sur cinq.

«Il est important de faire plus de place aux femmes en recherche parce qu’elles apportent leur regard particulier sur la science, leur énergie et leur créativité; la diversité est un facteur d’innovation en recherche», commente la vice-rectrice à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation de l’Université de Montréal, Marie-Josée Hébert. Avec Vincent Larivière, elle participera à la causerie intitulée «Diversifier l’excellence», organisée par le Comité conseil sur la diversité en recherche. Caroline Aubé, de HEC Montréal, François Bertrand, de Polytechnique Montréal, Louise Nadeau, professeure de psychologie, et Tania Saba, de l’École de relations industrielles de l’UdeM, seront aussi présents.

«Les femmes, peut-on lire dans la description de l’activité, ont réalisé d’importants progrès dans la carrière de recherche et ont fait leur marque, mais des écarts avec les hommes sont toujours observés à plusieurs égards: accès, publications, citations, financement, internationalisation et reconnaissance, pour ne mentionner que ces aspects. Les indicateurs disponibles révèlent également des pratiques collaboratives distinctes.»

Peu de femmes titulaires de chaires de recherche

Marie-Josée Hébert

Crédit : Amélie Philibert

À son arrivée en poste en 2015, Marie-Josée Hébert a remarqué que les femmes n’occupaient que 20 des 99 chaires de recherche du Canada à l’UdeM. «De multiples facteurs pouvaient expliquer une telle situation, mais cela demeurait un problème auquel nous avons cherché des solutions», mentionne-t-elle.

Peu après, c’est la ministre fédérale des Sciences qui a abordé le problème de front et exigé des universités canadiennes qu’elles prennent des mesures pour accroître la présence des femmes dans ce programme prestigieux de chaires. «Nous avons quelques mois d’avance sur d’autres universités où les femmes sont sous-représentées à ce chapitre, puisque nous sommes parmi les premiers à avoir soulevé la question en toute transparence. Mais le temps presse malgré tout pour nous aussi», poursuit la vice-rectrice.

Ainsi, l’ensemble du processus d’évaluation des candidatures aux chaires de recherche du Canada a été modernisé à l’UdeM en 2017 de manière à susciter des candidatures plus diversifiées et à contrer les biais implicites. Le défi est maintenant d’opérer un réel changement de culture afin de favoriser des environnements de recherche variés qui sont, en eux-mêmes, porteurs d’innovation.  

Y a-t-il des secteurs où le rehaussement de la présence des femmes est plus urgent? «C’est urgent partout, répond Mme Hébert. Notre plan d’action sur la diversité, publié en décembre 2017, vise avant tout les chaires de recherche du Canada. Or, nous voulons agir partout et pour l’ensemble de notre communauté de recherche. Nous y gagnerons tous.» Le Comité conseil sur la diversité en recherche, qui a été créé en 2016, se réunit justement une fois par mois pour trouver des solutions au problème global de l’équité, de la diversité et de l’inclusion en recherche.

Marie-Josée Hébert admet qu’elle s’est heurtée à un plafond de verre durant sa carrière, même si elle a gravi les échelons et reçu notamment avec Mélanie Dieudé le titre de personnalité de l’année 2017 en matière scientifique par La Presse. «Nous souhaitons que toute femme désireuse d’occuper un champ de recherche et d’y progresser puisse le faire non seulement sans obstacle institutionnel, mais surtout avec l’appui de l’UdeM», résume-t-elle.

En savoir plus

Conférence-midi «Diversifier l’excellence»
Le 19 mars de 12 h à 14 h
Entrée libre (réservation requise)
Hall d'honneur du pavillon Roger-Gaudry
2900, boulevard Édouard-Montpetit