De passage à l’UdeM, le roi des Belges réaffirme le rôle primordial des enseignants

Le roi des Belges à son arrivée dans le Hall d’honneur, accompagné du recteur Guy Breton.

Le roi des Belges à son arrivée dans le Hall d’honneur, accompagné du recteur Guy Breton.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Le roi Philippe de Belgique a visité l’Université de Montréal à l’occasion d’une activité qui a réuni des dirigeants d’établissements d’enseignement supérieur canadiens et belges.

«Au moment où toutes les connaissances sont disponibles sur le Web, le métier d’enseignant est plus que jamais nécessaire», a affirmé le roi Philippe.

Crédit : Amélie Philibert

«Les technologies numériques ne libèrent pas de la tâche d’enseigner: c’est au moment où toutes les connaissances sont accessibles sur le Web que le métier d’enseignant est plus que jamais nécessaire, il consiste à apprendre à penser et à trouver des repères, il consiste à transmettre des valeurs et des expériences qui aideront les étudiants à faire leur place dans la société.»

Telle est l’essence du message qu’a livré Philippe, le roi des Belges, au cours d’une visite qu’il a effectuée le 15 mars à l’Université de Montréal. Deux cent cinquante personnes s'étaient rassemblées dans le Hall d’honneur à cette occasion.

Accompagné d’une délégation composée de dirigeants de plusieurs universités et hautes écoles de Belgique, le roi Philippe a assisté aux conclusions de trois tables rondes où les responsables d’établissements d’enseignement supérieur belges et canadiens ont discuté des défis de l’intégration des technologies numériques dans l’apprentissage.

«Ces technologies démultiplient la force de communiquer et d’être informé, et la manière d’enseigner, a ajouté le monarque. Il faut apprendre à gérer [l’information] et à garder le meilleur dans une démarche critique qui consiste d’abord à s’étonner et à s’émerveiller, pour ensuite prendre du recul et départager l’essentiel du détail, l’important du superflu, le vrai du faux, comme les fausses nouvelles.»

Incitant les enseignants et les étudiants à «profiter des extraordinaires possibilités» qui leur sont offertes grâce à la présence des technologies numériques – dont l’adaptation accrue de l’enseignement aux besoins des étudiants –, le roi des Belges a souligné que «la finalité de l’enseignement est de susciter des vocations, d’apprendre ce qu’est un métier et de lui donner une valeur par la manière de s’y consacrer, par l’état d’esprit et la qualité de cœur qu’on y met».

La transformation des pratiques d’enseignement par les technologies numériques

Les responsables d’établissements d’enseignement supérieur de la Belgique et du Canada ont discuté des défis que posent les technologies numériques pour les enseignants et les étudiants.

Crédit : Amélie Philibert

Quelques heures avant la visite de Philippe de Belgique, les dirigeants d’établissements d’enseignement supérieur avaient pris part à une activité organisée conjointement par l’Université de Montréal et l’Université libre de Bruxelles, avec l’appui de Wallonie-Bruxelles Campus, de l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur et du Vlaamse Interuniversitaire Raad.

Trois tables rondes ont permis d’aborder certains aspects de la transformation des pratiques d’enseignement par les technologies numériques.

L’évaluation de la qualité des cours en ligne ouverts à tous – les MOOC (massively open online courses) – constitue un enjeu de taille, ont affirmé les participants de la première table ronde. «Le problème du taux d’abandon ou d’échec est alarmant, a indiqué le recteur Guy Breton, qui rapportait les débats de l’atelier. Il témoigne de la faible qualité des dispositifs d’évaluation, différentes études citant des taux de réussite de 5 à 10 %.»

En fait, la qualité doit être mesurée en fonction des intentions qui conduisent les gens à s’y inscrire. Or, celles-ci sont «très diversifiées et parfois surprenantes». Et, pour y parvenir, il faut tenir compte des points de vue à la fois des enseignants, des étudiants et des établissements d’enseignement.

S’il y a beaucoup à faire pour améliorer la qualité des cours en ligne ouverts à tous et leur évaluation, les prochains pourraient devenir adaptatifs en intégrant les analyses d’apprentissage et l’intelligence artificielle.

À la deuxième table ronde, on s’est penché sur l’environnement d’apprentissage des étudiants, qui représente un autre élément important dans la façon dont on fait appel aux technologies pour enseigner.

«Il existe un mythe autour des digital natives, qui seraient par essence et intuition des experts dans l’utilisation des technologies numériques: la recherche montre qu’il n’en est rien, qu’ils les utilisent mal!» a souligné le recteur de l’Université libre de Bruxelles, Yvon Englert.

Si la majorité des étudiants disposent des outils pour accéder à l’information, ils demeurent «noyés dans l’information sans savoir comment bien l’exploiter: la difficile maîtrise de la littératie numérique des jeunes est démontrée», a poursuivi M. Englert.

Selon les participants de cette table ronde, il importe notamment de former les étudiants «dès la petite enfance aux outils bibliothécaires et à une utilisation critique de ces technologies». De plus, avec l’émergence de l’intelligence artificielle, il existe désormais la possibilité de «se servir des empreintes numériques que laissent les étudiants lors des évaluations pour élaborer une pédagogie personnalisée en fonction des améliorations souhaitées».

Enfin, la troisième table ronde portait sur l’importance de former les enseignants eux-mêmes aux outils numériques afin d’optimiser leurs pratiques d’apprentissage.

«Il faut se méfier du technocentrisme et se tourner plutôt vers l’utilisation des technologies: tout ce qui est technologiquement possible n’est pas nécessairement souhaitable», a rappelé Caroline Pauwels, rectrice de la Vrije Universiteit Brussel.

Au dire des panélistes, les établissements d’enseignement ont intérêt à consacrer une part importante des investissements technologiques à la formation des enseignants qui, de leur côté, doivent «créer de nouvelles zones de confort» pour faciliter leur apprentissage, notamment «en acceptant que les plus jeunes peuvent aider les plus vieux».

Une journée historique pour l’UdeM

Pour Guy Breton, la visite du roi des Belges à l’Université de Montréal a été «historique».

«La dernière visite royale que nous avons eue remonte à 1951, alors que nous avions accueilli la princesse Elizabeth, qui a été couronnée reine l’année suivante. Ce 15 mars 2018 est historique parce que vous êtes le premier monarque à nous rendre visite», a-t-il dit au roi Philippe.

Plus encore, cette visite royale a permis de «renforcer l’amitié entre les peuples du Québec et de la Belgique et particulièrement entre l’Université de Montréal et les universités belges, au bénéfice de nos chercheurs, de nos étudiants et de nos sociétés», a conclu le recteur.

  • Le roi des Belges a signé le livre d’or de l’Université de Montréal.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Une douzaine d’étudiants de l’UdeM et d’autres établissements d’enseignement ont pu échanger avec le roi Philippe à l’occasion d’une rencontre privée.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Le recteur a remis au roi une sérigraphie de Jacques Newashish, mentor au sein de l’équipe Tapiskwan – un projet réunissant le Conseil de la Nation Atikamekw et le groupe de recherche Design et culture matérielle de l’Université du Québec à Chicoutimi et de l’UdeM.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Le roi Philippe entouré de la chancelière de l’UdeM, Louise Roy, et des recteurs Guy Breton (UdeM) et Yvon Englert (Université libre de Bruxelles).

    Crédit : Amélie Philibert

Signatures d'ententes

La visite du roi de Belgique a permis à l’UdeM de conclure trois ententes avec des universités belges. Ainsi, le 16 mars, le roi Philippe et la reine Mathilde ont participé à une séance de signatures, à l’hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth, en présence de ministres belges et canadiens, du recteur Guy Breton et du vice-recteur aux affaires internationales et à la Francophonie, Guy Lefebvre.

Les documents signés sont les suivants:

  • le renouvellement de l’entente générale avec KU Leuven;
  • la nouvelle entente avec l’Université de Gand, qui concerne la Faculté de médecine;
  • un protocole d’entente tripartite avec le groupe Altissia International et l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal pour la mise en commun d’expertises au service de la création d’outils facilitant l’apprentissage des langues. La Faculté des sciences de l’éducation est partie prenante de ce projet.