Le contrôle locomoteur analysé sous toutes les coutures

  • Forum
  • Le 16 mars 2018

  • Martine Letarte
Quand survient une lésion de la moelle épinière, comment peut-on favoriser une réorganisation du système nerveux central pour redonner un maximum de fonctions?

Quand survient une lésion de la moelle épinière, comment peut-on favoriser une réorganisation du système nerveux central pour redonner un maximum de fonctions?

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Le 40e Symposium international du Groupe de recherche sur le système nerveux central de l’Université de Montréal se tiendra le 7 mai en présence de sommités mondiales.

Une longue tradition de recherche en neurosciences est ancrée à l’Université de Montréal et c’est en partie grâce aux travaux du chercheur Serge Rossignol. Alors qu’il vient de prendre sa retraite après 42 ans d’enseignement – il poursuit cependant son travail de chercheur! –, le 40e Symposium international du Groupe de recherche sur le système nerveux central (GRSNC), qui se tiendra le 7 mai, lui rendra hommage. Des sommités internationales des neurosciences de la motricité ainsi que des collaborateurs y présenteront leurs plus récents travaux en sciences fondamentales, qui ont des répercussions sur l’élaboration de traitements des déficits moteurs entraînés par des lésions du système nerveux.

«Serge Rossignol a dirigé le GRSNC de 1996 à 2003, il a été titulaire d’une chaire de recherche du Canada pendant 14 ans et il a obtenu entre autres le prix Ipsen pour la plasticité neuronale en 2003 ainsi que le prix et la médaille Christopher Reeve, des distinctions internationales extrêmement prestigieuses», déclare Numa Dancause, professeur au Département de neurosciences de la Faculté de médecine de l’UdeM et membre du comité organisateur du symposium avec les Drs Trevor Drew, Réjean Dubuc et Jean-Pierre Gossard.

Avant d’entreprendre sa carrière à l’Université de Montréal, Serge Rossignol a fait un postdoctorat au début des années 70 avec Sten Grillner, chercheur au département de neurosciences de l’Institut Karolinska, en Suède. Grande pointure de la recherche en neurosciences dans le monde, ce professeur est l’une des têtes d’affiche du symposium du GRSNC.

Numa Dancause

Crédit : Amélie Philibert

Ensemble, les deux chercheurs avaient découvert que le chat avec une lésion complète de la moelle épinière, responsable de la paralysie des pattes postérieures, pouvait avec le temps et grâce à certaines stimulations recommencer à les faire bouger.

«C’est un réseau neuronal de la moelle épinière, dans la région lombaire, qui est capable de se réorganiser pour produire une marche automatique, explique Numa Dancause. C’est aussi vrai chez l’humain. C’est pour cette raison qu’on est capable de marcher en pensant à autre chose.» Ces capacités motrices spinales joueraient un rôle prépondérant dans la récupération locomotrice chez une personne spino-lésée.

Le symposium sera l'occasion de découvrir les avancées récentes en recherche fondamentale qui permettent de mieux comprendre les mécanismes en jeu dans le contrôle de la locomotion chez différentes espèces. «On commencera par la lamproie, un animal parmi les plus anciens doté d’un modèle de contrôle locomoteur simple qui a permis d’en apprendre énormément sur les grands principes de base de la locomotion, indique M. Dancause. Et l’on finira par l’humain.»

Comment favoriser la récupération motrice?

Il sera aussi grandement question de récupération de la fonction locomotrice. Quand survient une lésion de la moelle épinière, comment peut-on favoriser une réorganisation du système nerveux central pour redonner un maximum de fonctions?

Plusieurs scientifiques de renom aborderont ce sujet, dont Robert M. Brownstone, de l’Institut de neurologie de la University College de Londres, Lorne Mendell, de l’Université Stony Brook, et Larry Jordan, du Centre de recherche sur la moelle épinière de Winnipeg. Marina Martinez, du Département de neurosciences de l’UdeM, présentera une série de travaux sur les changements à l’échelon du cortex cérébral qui peuvent faciliter la récupération motrice. «De nombreux patients ont une lésion partielle de la moelle épinière, qui peut faire suite à un accident de voiture, et une réorganisation est nécessaire dans le système nerveux central pour que le patient récupère», dit Numa Dancause.

Il faut donc examiner ce qu’on peut faire, étape par étape, pour favoriser la récupération. «Le but ultime est d’arriver à mettre au point de nouveaux traitements qui amélioreront significativement la récupération des patients qui ont une lésion spinale», mentionne Numa Dancause, dont la communication au symposium portera sur le contrôle de la récupération locomotrice après une lésion corticale, par exemple dans l’accident vasculaire cérébral.

La force de la recherche translationnelle

Il ne sera pas seulement question de recherche fondamentale au cours de ce symposium, on discutera aussi de retombées concrètes en considérant différentes approches thérapeutiques.

«On part de la recherche fondamentale pour comprendre les mécanismes qui ouvrent des pistes de traitement pour aider à la récupération», affirme Numa Dancause.

Serge Rossignol, qui a été reçu officier de l’Ordre national du Québec en 2002, est un pionnier dans cette recherche de type translationnelle avec son équipe de recherche en réadaptation sensorimotrice, qui réunissait des cliniciens et des chercheurs fondamentaux.

«Il a été très influent au Québec avec cette façon de faire qui implique un échange des connaissances entre ces gens qui, trop souvent, ne se parlaient pas, résume Numa Dancause. Il reste encore du travail à accomplir pour améliorer la collégialité malgré les structures différentes, mais je crois que c’est la voie à suivre pour être plus efficace et ultimement mettre au point des traitements pour les patients.»

Il se pourrait d’ailleurs que l’on commence prochainement à voir le fruit de ces décennies de recherche. «La neuroréadaptation est un domaine en émergence grâce à notre compréhension accrue des mécanismes de la récupération et à toutes les nouvelles techniques qui ont vu le jour récemment, conclut Numa Dancause. Plusieurs approches prometteuses, qui combinent par exemple la réadaptation, la pharmacologie et la stimulation électrique ou magnétique, en sont actuellement à l’étape des études cliniques. On espère arriver prochainement à des traitements qui vont vraiment améliorer la récupération.»

L’inscription au 40e Symposium international du Groupe de recherche sur le système nerveux central est gratuite. On s’attend à réunir pour l’occasion plus de 200 chercheurs, cliniciens, étudiants et personnes du grand public.

À savoir

«Le contrôle locomoteur sous toutes ses facettes – Hommage à Serge Rossignol»
Le 7 mai 2018 au pavillon 3200, rue Jean-Brillant, à Montréal
Inscription gratuite mais obligatoire sur le site Web du symposium avant le 20 avril